Rédigé le 24/04/2013 à 06:00 dans R.I.P. | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
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Un nom croisé maintes fois, mais jamais exploré. Malgré mon amour sans faille pour des songwriters comme Will Oldham ou Bill Callahan, pendant longtemps je n'ai pas goûté à l'univers de Jason Molina, sous son nom ou sous ceux de Songs: Ohia ou Magnolia Electric Co.
Heureusement, une bonne âme m'a un jour offert Let Me Go, Let Me Go, Let Me Go. Un disque poignant, trésor de songwriting sur le fil, à vif presque, rachitique dans ses arrangements, vertigineux par sa profondeur. De quoi me permettre de pénétrer dans cette musique, visiter enfin ses autres albums et ajouter un nom à la longue liste des songwriters discrets et précieux.
Aujourd'hui, c'est à une autre liste que s'ajoute le nom de Molina. Malheureusement. Celle des songwriters trop tôt disparus, aux côté de Mark Linkous ou Vic Chesnutt, pour n'en citer que deux, décédés récemment. Et dont le destin brisé, entre succès d'estime et démons intérieurs, rappelle celui de Jason Molina. Triste fin d'hiver.
Jason Molina - Let Me Go, Let Me Go, Let Me Go
Rédigé le 18/03/2013 à 18:05 dans R.I.P. | Lien permanent | Commentaires (1) | TrackBack (0)
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Lui qui aimait les anglicismes, il avait quelque chose de "bigger than life", comme ils disent là-bas. Quelque chose d'un personnage. Lors d'une interview, pour la sortie d'Amours suprêmes, il avait déliré là-dessus, s'imaginant en héros d'un comic Marvel, façon Daniel Darc vs Dany Brillant.
Punk emblématique des eighties françaises, il restera l'interprète, avec son groupe Taxi Girl, d'un des meilleurs hits en français de l'époque, Cherchez le garçon. Avant de disparaître, entre projets passés inaperçus (une collaboration avec Bill Pritchard, notamment), année de dope et passage par la case prison.
Sa renaissance avait quelque chose d'inespéré. Un Crève-coeur salué, adulé même, un Amours suprêmes moins à la hauteur, mais émaillé de belles rencontres (Bashung, Wyatt), puis La taille de mon âme, qu'on n'aurait jamais pensé devoir être son dernier album.
Privilégié, j'avais pu le rencontrer un jour, pour une interview que je ne suis pas prêt d'oublier. Une belle rencontre, tout simplement, à fleur de peau, sur le fil, mais passionnante. Je vous la glisse à la suite de ce bref texte. Et comme beaucoup le célébreront à raison avec un peu de Taxi Girl ou de Crève-coeur, j'y ajoute un morceau rare, issu des années d'oubli. Un duo avec Diabologum en 1997. La rencontre de deux vies souterraines. L'hommage d'une nouvelle génération à un héros passé. L'éternelle curiosité d'un passionné de musique.
Daniel Darc & Diabologum - Et si nous n'avions pas été là l'histoire aurait été la même mais racontée par d'autre
* * *
Janvier 2008
Mi-décembre 2007, locaux d'Universal Music, Paris. Assis dans une petite salle de conférence, j'attends Daniel Darc, pour une rencontre à l'occasion de la sortie de son nouvel album, Amours suprêmes. Punk dans les années 80, perdu pour les années 90, le chanteur français connaît un retour en grâce miraculeux depuis 2004 et l'album Crève-coeur.
Le voici qui entre, accompagné de son manager et d'un employé de Barclay. Veste en jeans usée, liquette aux couleurs de l'I.R.A., cheveux épars gominés et silhouette voûtée, il pénètre dans la pièce d'un pas hésitant. Puis se fige et lève les yeux, ne me voit pas et soudain:
- Y en a quand même pas treize!
Silence gêné.
- Des chaises. Y en a quand même pas treize!
Le mec de Barclay le rassure, lui dit qu'il y en a quatorze. Le chanteur se calme. Puis reprend:
- Tu dis ça pour me rassurer, hein?
Il recompte alors, méthodiquement. Puis le compte est bon. Il me salue, s'assied en face de moi et attaque une canette de Coca. Il a mal aux dents. Il observe mon petit enregistreur, me demande conseil pour en acheter un. Sur la manche de son blouson en jeans, un tacon à l'effigie d'Elvis Presley. Je le lui fais remarquer.
- Tu veux voir ma carte?
Je fais oui de la tête, sans vraiment savoir à quoi il fait référence. De la poche de son pantalon, il sort un étui en cuir, l'ouvre sur la table. Dedans, une carte du fan-club français du King. Et une carte de prière. Un instant il la cache, puis la montre, sans plus développer. Le silence est un brin pesant. Je me lance:
- Quatre ans à peine se sont écoulés entre la sortie de Crève-coeur et celle d'Amours suprêmes. Alors qu'auparavant tu n'avais publié que deux albums solo en dix-sept ans. Tu travailles plus vite aujourd'hui?
- Tu crois? Je ne suis pas sûr. Deux albums en dix-sept ans. Peut-être. Mais ces silences n'étaient pas volontaires. C'est juste que personne ne voulait de moi. Voilà. Alors qu'aujourd'hui, avec Frédéric Lo, on peut travailler comme on veut.
Derrière son bout de table il s'est recroquevillé, gigote au rythme de ses phrases.
- Comment travaillez-vous ensemble?
- A l'époque de Taxi Girl, les autres trouvaient des suites d'accords. Et moi j'avais des textes que j'essayais de placer dessus. Ce qui fait que mes paroles ressemblaient plus à des nouvelles. Et que les mélodies étaient bizarres, parce que je n'essayais pas d'en trouver, mais m'adaptais à la musique. Avec Frédéric c'est un peu différent. Il amène des idées musicales. Mais j'en amène aussi. Et pour l'écriture, j'essaie de trouver des trucs. Enfin, je cherche plutôt. Je ne suis pas Picasso, je ne trouve pas. Par exemple, pour le prochain album, j'aimerais bien... Est-ce que je peux le dire... Allez, oui. J'aimerais bien écrire uniquement des sonnets.
Il s'enfonce dans sa chaise, remonte ses jambes, pose ses santiags sur la table.
- Est-ce que le fait d'écrire des textes pour d'autres te permet d'avancer dans ces recherches, d'expérimenter de nouveaux modèles?
- Non. Je ne crois pas. Enfin... J'écris pour des personnes. Je ne suis pas Gainsbourg. Ou plutôt, je ne suis pas Roda-Gil. C'est pas j'écris et puis je file. J'ai besoin que les gens soient intéressants. Si Carla Bruni me demandais un texte, je ne le ferais pas.
- Marc Lavoine, Thierry Amiel de La Nouvelle Star... Ils sont intéressants?
- Marc Lavoine c'est un mec bien. Vraiment. J'écouterai pas son ingérale à la maison, mais c'est un mec bien. Thierry Amiel, bien sûr que je ne cautionne pas l'émission dont il est issu. Mais je crois que c'est le petit côté pédé en moi qui a été attiré. Enfin, je dis pas qu'il est pédé. Il l'est pas. Mais il me faisait penser à moi jeune ou à Morrissey.
- Et Alizée, pour qui tu viens de faire deux chansons?
- Bon, là c'était plutôt de l'ordre du fantasme. Je me voyais Gainsbourg, je la voyais France Gall...
- Mais quand tu écris pour eux, tu t'adaptes à leur style ou tu travailles à ta manière?
- Je n'ai rien contre le fait qu'on me jette d'un projet, qu'on me refuse un texte. Pour Amiel, on m'a dit non au début. Qu'il était trop jeune pour chanter ça. Le texte parlait de remords et de regrets. C'était vrai. Alors je l'ai changé et c'était ok. Par contre, si on ne me dit rien d'intéressant, c'est différent. Quand on me dit c'est trop Darc, je ne sais pas quoi dire. Fallait demander à Dany Brillant.
- Pour que ce soit plus brillant?
- Ouais, voilà. Daniel Darc contre Dany Brillant, ça ferait un sacré Marvel Comics, non?
J'acquiesce et ris. Lui aussi.
- Dans l'autre sens, des musiciens comme Alain Bashung ou Robert Wyatt participent à ton nouvel album. Comment se sont passées ces collaborations?
- Je travaillais avec les producteurs d'Elvis Costello. Et on a parlé de Wyatt. J'adore Rock Bottom. Alors on l'a approché et il a dit oui. C'est un type tellement gentil, tu sais. Il est venu, a chanté et joué de la trompette, mais à la fin on a juste gardé la voix. La trompette collait mieux si je la jouais au synthé. Mais il m'a laissé l'enregistrement et je peux le réutiliser si je veux. Tu vois, avec les gens talentueux il y a toujours une grande générosité.
- Et pour Bashung? Vous étiez ensemble sur la tournée "Les aventuriers d'un autre Monde", avec Raphaël et Jean-Louis Aubert. Tu es un aventurier?
- Pfff. Le nom veut pas dire grand chose. Mais ce qui m'a plu, c'est de se retrouver tous ensemble sur scène. Comme dans les grands orchestres de jazz. Genre Jazz at the Philarmonic. Tu connais?
- Non.
- Il faut écouter ça, c'est incroyable.
Je grifonne le nom sur ma feuille de notes.
- Justement, en parlant de jazz, Amours suprêmes emprunte son nom au Love Supreme de John Coltrane. Pourquoi cette référence?
- C'est l'album que Coltrane a enregistré après être sorti de la dope et des addictions. C'est le sens que je voulais y donner. Mais je n'ai pas la prétention d'être aussi talentueux que lui.
Comme pour confirmer ce passé, voilà qu'il fait tomber la veste, dévoilant des bras aux multiples tatouages.
- Tu vois celui-ci? Le singe sur mon épaule... C'est pour symboliser le poids du manque quand t'es dépendant. "Monkey on the shoulder". Et celui-ci, sur mon bras? L'homme au bras d'or d'Otto Preminger...
Je regarde ses tatouages et il reprend en main la discussion. A son tour de poser des questions:
- Tu écoutes du jazz toi?
- Oui... un peu.
- T'aimes qui comme musiciens?
J'hésite, puis réponds timidement:
- Mingus, Melhdau, Jarrett, Miles...
Il n'écoute plus, puis s'exclame:
- T'aimes Jarrett!? Sérieux? Attends, tu vas pas me dire que t'aimes cette merde à Cologne!?!
J'acquiesce.
- Mais c'est pas du jazz. Et puis surtout, y a pas d'âme là-dedans.
J'essaie de défendre ce Köln Concert, mais en même temps je ne sais pas trop quoi dire.
- Enfin... j'ai jamais compris comment il s'en vend autant... Et Coltrane, tu écoutes?
Je suis obligé d'avouer que je connais peu. Une compilation. Un disque, une fois. Il commence à égrener les albums essentiels, une sorte de parcours initiatique pour l'inculte que je suis soudain. Pas de prétention pourtant. Juste des conseils. Je note, appliqué. Cherche une brèche pour rebondir. Heureusement pour moi, le voilà reparti sur A Love Supreme, l'addiction, la libération.
- Aujourd'hui tu es clean et protestant. Tu peux parler de l'importance de la foi pour toi?
- Si tu me poses des questions, je réponds...
- Ta conversion, d'où est-elle venue? Un long cheminement, une révélation, un satori...
- Tu lis Kerouac?
- J'ai lu quelques livres, dont Satori à Paris...
- C'est bien... A la base, j'ai été élevé dans la religion juive. Mais mon père m'a toujours laissé le choix et j'ai dit oui. Après, quand j'étais anarchiste, j'ai laissé tomber. La foi est revenue plus tard, vers 1996, au moment de la mort de mon père. Je l'avais mis dans un institut qu'il trouvait très bien, sauf qu'il craignait que ce soit trop religieux. Ce n'était pas le cas. Mais j'ai parlé avec une infirmière. Très gentille. Inbaisable. Mais très gentille, vraiment. On a passé une nuit a parlé de ma foi. Après la mort de mon père, on a pris rendez-vous, avec un religieux qui ressemblait à... euh... Maître Tuck... tu sais, le mec dans Robin des Bois.
- Frère Tuck?
- Exactement. Je lui ai parlé de mes problèmes face à la religion catholique. Genre les indulgences. Il me disait oui, mais... Enfin. Un jour il regarde son agenda et il me dit qu'il peut me convertir la semaine suivante. Là, ça m'a bloqué. On aurait dit qu'il me disait, on a un trou dans une semaine, donc on peut y mettre ta conversion... Après je me suis tourné vers une église protestante. Y avait une fille très belle, qui m'a présenté son mari, pasteur.
Le manager entre dans la pièce, signe que le temps est écoulé. Un signe de la main, pour dire 5 minutes encore.
- Je t'emmerde là, t'as presque plus de temps. Tu veux qu'on passe à autre chose?
Je lui dis que non, qu'il peut continuer.
- A ce moment-là, je croyais que la seule différence entre catholiques et protestants, c'était la Vierge. Lui m'a fait saisir les autres différences. Il m'a emmené dans un truc, genre La vie est un long fleuve tranquille, "Jésus, Jésus, Jésus revient", tu vois le tableau. Comme je tirais une drôle de tête, il m'a proposé un truc plus strict. Et puis je me suis fait baptisé...
Il se lève soudain. Me tourne le dos et remonte sa liquette. Sur sa peau, une immense croix, entourée de deux mains. Je regarde, mais ne sais pas quoi dire. Un instant, mes yeux accroche un panneau sur la croix, où apparaissent les lettres D.O.A. J'en profite:
- Qu'est-ce que ça veut dire, D.O.A.?
- Ah, ça...
Il me prend une feuille de papier, mon stylo et dessine, la main hésitante.
- D'habitude je travaille avec un feutre noir et du Tipp-ex...
Une croix, avec deux barre horizontale. Puis il en referme une. Y inscrit à nouveau les trois mêmes lettres.
- Death On Arrival. C'est aux Etats-Unis, quand tu as un accident. L'ambulance t'emmène à l'hôpital. Et ceux qui décèdent durant le trajet, on inscrit ça. D.O.A. : Death On Arrival. Je vais faire une exposition bientôt avec ces dessins. Je t'inviterai...
Le temps presse, les 5 minutes sont écoulées. Il termine son dessin, signe en haut, puis en bas: "LUV XOPHE - Daniel D." Puis me le tend:
- Tiens, tu peux le garder. Et même le réutiliser, comme la trompette de Wyatt. Si t'arrives le revendre, te gêne pas.
Il éclate de rire et je le remercie, quitte la pièce après lui avoir serré la main. Je m'apprête à quitter les locaux d'Universal, mais le voilà qui me rattrape:
- Dis, en échange du dessin, donne-moi le nom d'un truc jazz que je ne connais pas
- Euh...
- Mais pas un truc d'aujourd'hui. Un machin des années 50 ou 40.
Je repense à ma rencontre avec Robert Wyatt, l'été dernier. A une autre leçon de jazz:
- Mutt Carey.
- Mutt...?
- Carey. C'est Wyatt qui m'en avait parlé. Un trompettiste des années 20, d'avant l'ère des solistes.
- Mutt Carey...
- Son style est peu syncopé, presque archaique.
Je lui note le nom sur une feuille. On se sert à nouveau la main. Puis je repars. Laisse derrière moi la légende. Le dernier punk de l'Hexagone.
Rédigé le 01/03/2013 à 06:00 dans R.I.P. | Lien permanent | Commentaires (2) | TrackBack (0)
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Ah, Louisville, Kentucky, et sa scène musicale, de Slint à Palace, entre post-rock ou post-hardocre et folk héritier des montagnes américaines. Un grand écart stylistique qu'incarnait à la perfection le discret Jason Noble, guitariste et chanteur de Rodan, puis fondateur de Shipping News et de Rachel's. Deux groupes emblématiques du label Quarterstick et de la grande époque de Touch'n'Go. Deux groupes aux styles diamétralement opposé, math-rock tranchant d'un côté, musique de chambre étudiée de l'autre, mais unis par une même approche minimaliste et portés par ce souffle si particulier, entre grâce et urgence.
Si Rachel's n'avait plus donné de nouvelles depuis le sommet System/Layers en 2005, Shipping News s'était offert un ultime sursaut en 2010, avec One Less Heartless To Fear, publié chez Africantape. Une livraison qui restera malheureusement la dernière pour Jason Noble, emporté par un cancer samedi dernier, après 3 années de combat médicalisé. Resteront quelques disques à chérir (Flies The Fields, System/Layers, Handwriting), trop secrets, mais que la postérité rattrapera sans doute un jour.
Rachel's - Water From The Same Source
Rédigé le 06/08/2012 à 09:46 dans R.I.P. | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Tags Technorati: Jason Noble, Rachel's, RIP, Rodan, Shipping News, Water From The Same Source
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Beastie Boys - Sure Shot
Pour beaucoup comme moi, il s'appelait d'abord MCA, compagnon de route de Mike D et Ad-Rock au sein des Beastie Boys. Des trois, c'était celui au visage le plus sérieux. Le regard dur, mais l'ironie mordante. Le plus grand aussi, qui tenait la basse ou la contrebasse, en plus d'empoigner le micro à son tour, de son flow cool et posé.
Membre d'un groupe culte de l'adolescence, pour tous ceux qui ont grandi dans les années 80 ou 90, Adam Yauch était peut-être le Beastie Boy le plus emblématique. Celui qui se grimait en tyrolien vociférant - Hörnblower - pour saborder une remise de prix sur MTV. Celui qui était devenu bouddhiste et insufflait quelque musique shamanique parmi les samples du trio. Celui dont l'humour absurde et décalé inspirait les vidéos du groupe (il en avait d'ailleurs signé certaines).
Il y a 3 ans, un cancer de la gorge l'avait éloigné de la scène et des studios, et avait forcé les Beastie Boys à retarder la sortie de leur nouvel album. Et puis Hot Sauce Commitee Part Two avait vu le jour quand même. Mais il y a un peu moins de trois mois, rebelote: malade à nouveau, Yauch avait dû lâcher ses comparses, qui avaient renoncé à se produire au Rock'n'Roll Hall Of Fame.
Aujourd'hui, le crabe a bouffé Adam Yauch. A 47 ans. Et c'est sans doute une complice d'adolescence qui s'éteint pour certains d'entre nous. Resteront des albums auxquels on revient, sans nostalgie, juste par un plaisir jouissif. Le foutraque Licensed To Ill. Le sommet hip-hop Paul's Boutique. Le débordant Ill Communication. Ou encore le brûlant Aglio & Olio. Des disques increvables, incontournables, dont MCA portait un bonne partie de la paternité. Respect.
Rédigé le 04/05/2012 à 19:36 dans R.I.P. | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Tags Technorati: Adam Yauch, Beastie Boys, MCA
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Demain, elle fera la Une des tabloïds. Encore une fois. Et sans doute que ceux-ci lui tresseront des lauriers, multiplieront les superlatifs, tout en prenant soin de rappeler les étapes de sa "chute". Scandales, cures de désintoxication, huées du public serbe. Peut-être même qu'un encadré l'intronisera dans le "Club des 27", ces musiciens morts à 27 ans, de Jim Morrisson à Kurt Cobain, en passant par Janis Joplin, à qui on la comparera, bien sûr. Au moins, pour une fois, la référence sera musicale. Même si on ne parlera sans doute pas de musique.
Depuis la sortie de Back To Black en octobre 2006, on aura vite oublié l'artiste pour ne retenir que la people. Et en faire une icône d'une époque toujours plus exhibitionniste, interchangeable aux côtés de Paris Hilton, Lindsay Lohan ou encore Nicole Richie, documentant sa déchéance au jour le jour. Jusqu'à parler de sa mort programmée avec une légèreté indécente - ou en faire une grande loterie - en un match sordide avec Peter Doherty. Comme si le rock avait encore besoin d'un destin tragique de plus.
Ce printemps, pourtant, on avait voulu croire à un retour musical. De nombreuses dates à travers l'Europe et à la clef un troisième album, enfin. Un concert raté à Belgrade plus tard et le ballet des tabloïds pouvait reprendre, qui de pronostiquer le prochain forfait, qui de se frotter les mains en espérant un nouveau scandale. Une annulation générale aura su les faire taire. Heureusement. Mais sans doute trop tard. Comment se relever de cette traque constante?
Une voix s'est éteinte. Une grande dame de la soul, sur disque comme sur scène, pour ceux qui auront eu la chance d'aller l'écouter dans un bon soir. A l'image d'un concert au Midem à Cannes, début 2007, où sa classe m'avait laissé soufflé, aussi ripolinée que brûlante d'àmotion. Ce soir, c'est cette émotion qui prévaut. Celle des chansons, meilleure - seule? - façon de parler de ces drames et ces addictions. Celle de cette fin tragique aussi. Pas besoin d'en écrire plus cette fois.
Rédigé le 23/07/2011 à 22:08 dans R.I.P. | Lien permanent | Commentaires (3) | TrackBack (0)
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Samedi dernier, j'ai manqué la finale de la Ligue des Champions pour aller voir Suuns, The Ex et The Walkmen au Kilbi festival. Une année plus tôt, ou presque, c'était le contraire. J'avais manqué le concert de Gill Scott-Heron au Montreux Jazz Festival pour voir la finale de la Coupe du Monde. Erreur. Le match était laborieux. Et jamais plus je n'aurai l'occasion de voir le slammeur américain, décédé vendredi dernier à l'âge de 62 ans.
Ce rendez-vous manqué renvoie à l'histoire même de Gill Scott-Heron. Une longue suite de rendez-vous manqués. Dans une interview récente, le patron de XL Records racontait ainsi comment il avait été rendre visite à Gil Scott-Heron en prison pour le convaincre d'enregistrer un nouvel album. Puis comment ce dernier avait replongé, s'était fait arrêté une fois encore, retour à la case prison, alors que le disque n'était pas encore en boîte. De quoi mieux comprendre l'attente avant la résurrection I'm New Here. Ou ce parcours à trous, de l'emblématique The Revolution Will Not Be Televised et son influence sur toute une scène hip-hop, aux romans noirs et autres tournées avec Stevie Wonder, en passant par la drogue, la prison et les combats politiques.
Pour peu, on regrettera presque que l'ultime oeuvre de l'Américain soit sa relecture anecdotique de I'm New Here aux côtés de Jamie XX, récréation moins marquante que les plus sommets de sa discographie. Mais on ne remerciera jamais assez XL, Kanye West et plusieurs autres encore d'avoir permis à Gil Scott-Heron de s'offrir une dernière esclandre auparavant, un album touchant et boîteux à la fois, loin des modes comme des revivals, petit précis de "spoken word" crépusculaire, sans pessimisme inutile ni la moindre aigreur. Car à sa manière, Gil Scott-Heron ne mentait pas lorsqu'il reprenait les mots de Bill Callahan. Et était toujours nouveau ici.
Gil Scott-Heron - I'm New Here
Rédigé le 31/05/2011 à 06:07 dans R.I.P. | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
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Celles et ceux qui ont été une fois au Bad Bonn ou au Kilbi Festival se souviennent sans doute de Bliss. Une chatte rousse, discrète et omniprésente à la fois, habituée à manger sur les genoux de Cat Power ou à lézarder au soleil pendant les belles journées d'été (quand Will Oldham ne lui balançait pas son frisbee par erreur). En 23 ans, elle en aura vu défiler des artistes, de Queens Of The Stone Age à Sonic Youth, en passant par Mogwai ou Sunn-O))). Et aura même eu l'honneur d'un festival dédié, le Fr-Katz, organisé au Bad Bonn en décembre.
Pour ma part, je me souviens d'une soirée d'automne 2007, où j'étais allé me mettre aux fourneaux du Bad Bonn, à l'occasion d'un concert de Deerhunter. Bliss dormait sur son petit fauteuil plein de poils, posé sur la table de la cuisine, par-dessus des photos de Johnny Cash, The Young Gods et Mike Patton. Après le concert, les membres de Deerhunter s'étaient succédés pour observer le petit animal, qui leur rappelait un peu maître Yoda, icône de sagesse miniature. Et chacun de la carresser et de poser des yeux plein de tendresse sur la bête.
Bliss est décédée mercredi dernier, un peu plus d'un mois après avoir fêté son 23ème anniversaire (ce qui fait plutôt pas mal en années de chat). Comme quoi, la musique, la bonne, ça conserve. Et comme au Bad Bonn on ne fait pas les choses à moitié, la brave mascotte aura droit à un bel enterrement. Mercredi prochain, à 20h30, Bliss sera mise en bière dans le parking à côté du café, accompagnée dans ce dernier voyage par la musique du Reverend Beat-Man. Et puisque la tradition veut qu'on rie et qu'on danse quand c'est qu'on se fait mettre dans le trou, le bluesman bernois prendra possession de la scène du Bad Bonn dès 22h, pour un concert qui permettra à chacun d'oublier sa peine. Ou d'avoir une dernière pensée pour le chat le plus rock'n'roll de Suisse.
Quant à moi, toutes mes pensées vont à Duex, Patrick, George et à l'incroyable équipe du Bad Bonn. Et j'emprunte avec eux pour conclure ces paroles de Cat Power, reproduites sur l'avis mortuaire de Bliss: "We know your house so very well / And we will make you once we've walked up all your stairs (...) / We're so glad you will come back / Every living lion will lay in your lap"
Rédigé le 15/04/2011 à 14:16 dans R.I.P. | Lien permanent | Commentaires (1) | TrackBack (0)
Tags Technorati: Bad Bonn, Bliss, Fr-Katz, Kilbi
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Décidément, les mois se suivent et se ressemblent, malheureusement. En début d'après-midi, Warp a annoncé le décès de Trish Keenan, chanteuse de Broadcast. L'Anglaise était hospitalisée depuis plusieurs jours, suite à une pneumonie. Et s'est éteinte ce matin, à 9 heures.
J'avoue être un peu passé à côté de Broadcast, malgré les recommandations et la passion de nombre de mélomanes croisés sur le net. Un seul album dans ma discothèque - ou une compilation plutôt - témoignage des premières années du groupe (Work And Non Work). Un album, mais surtout une chansons, aimée depuis l'adolescence, entendue une première fois sur Mtv (sans doute dans Alternative Nation). The Book Lovers, bijou de pop rêveuse et brumeuse, aux teintes sépias. J'en parlais ici, il y a un peu moins d'une année. Je n'en dirai donc pas plus. Et regretterai ce décès tragique et prématuré.
Rédigé le 14/01/2011 à 15:35 dans R.I.P. | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Tags Technorati: Broadcast, Décès, The Book Lovers, Trish Keenan, Warp
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La postérité retiendra sans doute de Solomon Burke l'image d'un roi de la soul. Et il l'avait bien cherché. Prêcheur, ami de Martin Luther King, le chanteur popularisé dans les années 60 avec le tube Everybody Needs Somebody, avait depuis longtemps troqué son physique de boxeur contre celui d'un monarque de contes de fées, sorte de Jabba le Hutt à paillettes. Encastré dans son trône d'or et de velours, le crâne luisant, essuyé par des nymphettes qui auraient pu être ses petites filles, il incarnait un spectacle unique, presque démesuré.
La postérité aurait pourtant tort de ne garder de Solomon Burke que le phénomène de foire, aussi à l'aise dans l'écrin feutré du Casino de Montreux que sur les scènes titanesques des plus grands open air. Revenu d'une discographie en dents de scie au début des années 2000, il nous avait gratifié d'un très beau Don't Give Up On Me, produit par le discret mais fantastique Joe Henry, épaulé par une armada de songwriter parmi lesquels Bob Dylan, Tom Waits ou encore Elvis Costello.
Pour ma part, je retiendrai une performance magistrale lors d'un concert au Montreux Jazz Festival en 2006. Succédant à un Donovan anachronique, Solomon Burke donna une leçon de show, bouillonnant au sens propre comme figuré sur son fauteuil, la voix toujours aussi puissante, le swing affûté malgré l'immobilisme. Et parvint l'espace d'un concert à concilier racines gospel et devanture bling bling, magnétisme soul et spectacle millimétré. Un géant soul à sa manière, kitsch et génial à la fois, maître d'un cirque aussi atemporel que mélomane. C'est à ce titre-là qu'on pouvait faire de Solomon Burke un roi de la soul.
Rédigé le 10/10/2010 à 15:24 dans R.I.P. | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
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