C'est un divorce banal, mais qui risque d'en laisser beaucoup orphelins. Kim Gordon et Thurston Moore se séparent, après 27 ans de mariage, et c'est tout Sonic Youth qui tremble. Dans un communiqué lapidaire, Matador annonce que le groupe honorera ses prochaines dates prévues en Amérique du Sud, mais que la suite du groupe - sur scène comme sur disque - est "incertaine". On aura beau avoir été habitué à la garde partagée (avec les multiples projets de Thurston Moore, notamment), on en reste pas moins sonné par la nouvelle.
Le mal nommé The Eternal sera donc peut-être le dernier album du groupe new-yorkais. Cruelle ironie, tant nous étions nombreux à croire en l'éternité de cette jeunesse sonique. Personnellement, Sonic Youth fut d'abord pour moi un nom. Sans doute le meilleur nom qu'ait jamais porté un groupe de rock. Je n'avais jamais entendu la moindre chanson du groupe et pourtant ce nom m'avait déjà marqué. Puis ce fut un clip. Un skater zigzaguant dans la rue, une fête adolescente dans la maison familiale, un groupe figé dans cette image d'une jeunesse qui me ressemblait. Enfin, ce fut un disque, A Thousand Leaves, premier album du groupe acheté, après plusieurs K7 échangées.
Très vite, ensuite, les choses se sont enchaînées. Le besoin de posséder tous les albums du groupe. Les voyages dans les sorties parallèles du label SYR. Les concerts, nombreux, dès la tournée de NYC Ghost & Flowers. Et même des interviews, plus tard encore, dont l'une à Bruxelles fin 2007, qui m'aura offert l'un de mes plus beaux souvenirs musicaux. Dans les imposantes Halles de Schaerbeek, le privilège d'observer Sonic Youth lors du soundscheck, interprétant Pink Steam pour une salle vide où j'avais pu me glisser. Une émotion rare. Et jamais égalée depuis, musicalement du moins.
Désormais, c'est fini, peut-être. Et c'est presque naturel, finalement. Sonic Youth aura duré 30 ans et ce qui est déjà pas mal pour une jeunesse sonique. Restent une quinzaine d'albums "officiels", pas mal de trésors cachés et surtout, malgré les apparences, des chansons. Tordues, touffues ou abrasives. Une langue en soi, dans la marge de 30 années de rock, marquée par les songwritings variés des membres du groupe, Moore et Gordon, bien sûr, mais également Lee Ranaldo et sa plume unique, capable de multiplier les tiroirs mélodiques.
Il y a 2 ans, pour la sortie de The Eternal, je m'étais risqué à une sélection bio-chronologique parmi ces chansons. Aujourd'hui, je me limiterai à une petite playlist personnelle. Mon modeste hommage à un groupe qui aura compté plus que beaucoup d'autres. Et qui continuera à compter, suite ou non à cette première trentaine d'années.





























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