Peaufinage ou surplace? Avec "Trouble Will Find Me", The National se répète dangereusement. Et ne trouve son salut que dans la nuance.
The National - This Is The Last Time
Il y a comme un malentendu The National. Moins flamboyant qu'Arcade Fire ou The Black Keys, moins branché que Grizzly Bear ou Deerhunter, moins défricheur qu'Animal Collective ou Liars, le groupe de l'Ohio est étrangement le groupe rock le plus en vue des trois dernières années, collectionnant les louanges de la critique comme du public, capable de séduire l'adepte d'indie rock difficile comme votre collègue de bureau, de réconcilier les fans de Tindersticks avec ceux de U2, d'enchaîner les grandes scènes de festival comme peu avant lui, même en Suisse.
Pour sûr, Trouble Will Find Me ne devrait guère ébranler cette réussite. Les fans seront comblés. Et d'autres amateurs viendront à The National. Encore et encore. Les ennuis ne sont pas prêts de trouver les Américains. Et on le regretterait presque...
"Trouble Will Find Me" n'a pas à rougir face à la concurrence... si ce n'est devant "Boxer" et "High Violet". C'est là toute sa fatalité.
Car Trouble Will Find Me ronronne dangereusement. Du moins à la première écoute. L'apaisé et très pop I Should Live In Salt tient de l'honnête face B. Le mal nommé Demons peine à faire frissonner, jusqu'à sembler caricatural, Matt Berninger forçant trop sur l'effet baryton. Niveau entrée en matière, on a connu mieux, des galops de Boxer à la noirceur de High Violet.
Plus loin, on guette le coup de sang ou l'emballement. En vain. Pire, quand le tempo accélère un poil et que les Américains musclent le propos (Sea Of Love, Graceless), on a l'impression de tomber sur un ersatz des glorieux jours passés, quelque part entre Abel et Bloodbuzz Ohio.
Et puis, à mesure des écoutes, quelques chansons se détachent, tirant leur épingle du jeu moins pour leur originalité que pour leur perfection feutrée. Les lignes déliées de Fireproof et I Need My Girl insufflent une dynamique subtile. Les silences assumés de This Is The Last Time et Slipped hérissent délicatement le poil. L'étiré Humiliation réinjecte un soupçon de suspense dans cette mécanique bien huilée.
Album d'observation plutôt que de transition? Peaufinage d'une formule ou surplace obligé? Volonté de capitaliser sur son succès? Difficile de trancher. Reste le sentiment d'une stagnation chez un groupe qui avait habitué aux ascensions ces dernières années. Un jugement injuste, sans doute, tant Trouble Will Find Me n'a pas à rougir face à la concurrence... si ce n'est devant Boxer et High Violet. C'est là toute sa fatalité.





























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