MIDEM

24/01/2007

Un petit miracle canadien de plus

De Montréal à Toronto, la scène canadienne ne finit pas de séduire et étonner depuis quelques années. Après la galaxie post-rock révélée par le label Constellation, c'est la pop sous toutes ses formes que se sont attribués les groupes du pays à la feuille d'érable, de Broken Social Scene à Arcade Fire, en passant par Buck 65, Feist ou encore Wolf Parade.

WatsonPas étonnant donc de découvrir un nouveau prodige canadien au Midem. Sorti sur le tout jeune label Secret City Records, son second album s'est déjà écoulé à 22'000 exemplaires dans son pays et pourrait bien vite dépasser les frontières canadiennes.

Car Patrick Watson comme ses compatriotes s'amuse à distordre l'écriture pop, pour des alchimies inattendues et détonnantes. Une formule magnifiée encore sur scène, grâce notamment à un groupe dont la complicité apparaît comme éclatante. On mélange les genres, on varie les tempos, mais surtout on s'amuse, avec un plaisir largement communicatif. Quant à Watson, il est tour à tour rieur et mélancolique, parfaitement à l'aise dans son costume de nouvel espoir de la scène de Montréal.

En attendant que l'Europe s'amourache à son tour de ce songwriter pince-sans-rire, précipitez-vous sur le site du bonhomme pour découvrir quelques extraits de son univers. En amuse-bouche, Giver est un parfait exemple de cet pop inventive et rafraîchissante.

23/01/2007

De la musique, enfin!

Ce n'est pas un secret, au Midem on parle plus business que musique. On s'échange des cartes de visite, on annonce des accords en conférence de presse, on réfléchit à l'avenir économique de l'industrie. Heureusement, dès que la nuit tombe, on peut se presser dans les grands hôtels de la Croisette pour découvrir sur scène un peu de musique live.

Ainsi, lundi soir, pendant que le Swiss Music Club organisait avec l'Autriche une soirée raclette/musique folklorique au Carlton, les Anglais et Les Inrockuptibles se partageaient le Martinez pour une série de concerts alléchants. Au menu: des découvertes, des nouveaux talents et de futurs "blockbusters", à l'image de la soul bien-pensante de Amy Winehouse, promise aux premières places des charts à la suite d'une Joss Stone.

Parmi ces nombreuses prestations, on en retiendra deux au final, entre événement et intensité. Spleen tout d'abord, plus rock qu'attendu. Si tout n'a pas convaincu dans son concert, celui-ci est monté en puissance au fil des morceaux, jusqu'à un duo explosif et improvisé avec George Clinton himself, en vadrouille sur la Croisette. Beaucoup de bruit et pas mal d'émotion...

Dans un tout autre registre, c'est le songwriter anglais Scott Matthews qui aura réussi à tirer son épingle du jeu. Seul avec sa guitare, il a su créer un climat intense et captivant, mêlant arfaitement blues et folk. Quelque part entre un Jeff Buckley surgit du Mississipi et un cow-boy qui lorgnerait vers des trips interdits, Scott Matthews transcende sur scène les compositions de son premier album. Un musicien à suivre, assurément. Et pour patienter avant de probables concerts sur le continent, voici une petite vidéo pour se faire une idée du talent et de la puissance du bonhomme

22/01/2007

Stephan, reviens!

Dimanche soir, peu avant minuit. Grippe et rhume me poussent à reprendre le chemin de l'hôtel plus tôt que prévu. Dans le taxi qui me ramène passe Radio Azur et son slogan passe-partout: "La radio des hits d'hier et des tubes d'aujourd'hui". Stephan Eicher chante Déjeuner en paix. C'est presque ironique au sortir du Swiss Music Club de se rappeler que la musique suisse a produit des tubes par le passé.

Le Swiss Music Club donc, dans l'un des salons du Carlton comme seul ambassadeur live de la scène helvétique au Midem. Trois groupes dimanche: Manana, Lingworm et Lole. Rien de véritablement honteux. Seulement, il n'y a personne. Moins d'une centaine de curieux, tandis que la soirée EMI charrie son torrent d'invités au Martinez. De là à dire que la musique suisse n'intéresse personne, il n'y a qu'un pas, que l'on se gardera pourtant de franchir.

06grauzoneEn 2006, plusieurs artistes à croix blanche se sont vus tresser des lauriers à l'étranger. Fauve, Sinner DC ou encore Polar ont conquis la critique française ou anglaise. The Evpatoria Report, Opak ou Honey For Petzi se sont balladés sur les scènes allemandes, belges et hollandaises. Mais aucun d'eux n'a été jugé assez essentiel pour être invité sur la scène du Swiss Music Club. Aucun d'eux n'a été envisagé comme un nom susceptible d'attirer un peu plus qu'une centaine de curieux....

C'est bien dommage. Avec son Swiss Music Club, la Suisa tente maladroitement de présenter la musique suisse aux professionnels étrangers.

Maladroitement, car en choisissant 3 artistes sans label, on perd l'occasion de faire d'une pierre deux coups et de présenter un artiste comme ambassadeur d'un catalogue. De Gentlemen à Little Jig, en passant par Mental Groove ou Damp Music, il y aurait pourtant de quoi faire.

Maladroitement encore, car en jouant la carte de soirées feutrées et anonymes, la Suisa se retrouve en concurrence avec les événementielles quotidiens, de la soirée EMI à celle des Inrocks. Les autres pays l'ont compris et préfèrent jouer la carte d'un événement unique et immanquable une fois tous les 2-3 ans pour faire connaître leur potentiel.

Maladroitement enfin, car en se résumant à une organisation (et une programmation) très "alémanique", la Suisa risque de se couper de la Romandie et de sa mission nationale.

C'est bien dommage... et on aurait presque envie de crier "Stephan!" pour qu'il revienne, en songwriter inspiré ou en punk electro, comme à l'époque de Grauzone...

21/01/2007

La jolie réponse d'Attali

Alors que le Midem, le vrai, ouvre tout juste ses portes, le MidemNet poursuit sa longue série de tables rondes et de conférences, consacrées aux différentes collaborations entre l'industrie musicale et Internet. Si on peut reprocher aux organisateurs d'avoir oublié d'inviter les artistes à s'exprimer ("Il y a WillI.A.M. des Black Eyed Peas!" m'entends-je rétorquer), le vrai défaut de ces débats est leur bipolarisation.

AttaliA ce petit jeu-là, la discussion entre Chris Anderson (rédacteur en chef de Wired Magazine) et Jacques Attali s'est clairement démarquée. Interrogés sur le futur de la musique, les deux hommes ont choisi de porter ensemble la réflexion plutôt que de se prêter à une joute verbale. Au menu, une discussion sur les changements d'habitude des consommateurs et l'obligation pour l'industrie du disque de les intégrer; une analyse des opportunités commerciales pour allier "music business" et gratuité de la musique; un embryon de problématique autour de l'opposition entre droits d'auteurs digitaux et taxe automatique.

Sans esbrouffe ni coup de gueule, les deux hommes ont posé les bases d'une théorie d'un mouvement en marche, dont l'issue reste incertaine. Qu'importe, au moins convient-il de bien en saisir les enjeux et de poser les bonnes questions. Quant au jour où l'issue sera connue, il serait intéressant de faire écrire l'histoire de cette révolution numérique par Jacques Attali, captivant et captivé par ces transformations et les challenges qu'elles soulèvent. Un livre qui pourrait reprendre la jolie réponse qu'Attali a offert en fin de conférence. Interrogé par le modérateur de la discussion sur sa vision du futur, l'écrivain français s'est vu proposer deux réponses: "Always look for the bright side of life" ou "Paint it blak". Par une jolie pichenette musicale, il s'est contenté de répondre: "Let it be". A bien y réfléchir, c'est peut-être l'héritage de la force tranquille...

20/01/2007

Le monde à l'envers

Première journée du MidemNet (déclinaison centrée sur Internet du Marchè international du disque et de l'édition musicale) consacrée à la difficile question des DRM (comment adapter les droits d'auteur aux technologies numériques) et à la place nouvelle faite au consommateur (pour la faire simple, disons qu'on pourrait le renommer consom'acteur).

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Au milieu des débats et des déclarations d'intentions, un représentant d'Universal rappelle le récent accord passé entre la major et le site YouTube. Désormais, les internautes auront accès légalement au catalogue d'Universal et d'en visionner clips et autres vidéos promotionnelles. Un accord sur lequel se greffe encore Sony, autre major du disque. Les nouveaux partenaires renfloueront leurs caisses grâce aux recettes publicitaires engrangées par la plateforme vidéo.

La réaction ne s'est pas faite attendre à l'occasion du Midem, qui réunit les principaux acteurs de l'industrie du disque. Réunis sous l'appellation Merlin; les principaux labels indépendants (PIAS, Beggars, Epitaph ou encore Tommy Boys) ont décidé d'engager des pourparlers avec YouTube, afin que leurs droits d'auteurs soient désormais respectés. "Clips ou autres, les contenus promotionnels sont avant tout du contenu."

La démarche rappelle celle entreprise il y a quelques années contre Mtv, par laquelle les labels indépendants demandaient d'être rétribués sur la même base que les majors. "Nous sommes obligés de nous unir pour avoir un réel poids. Pourtant, les labels indépendants représentent 80% de la production discographique mondiale et 30% du marché."

Surtout, cette réaction découle de l'étrange pas de danse d'Universal et des majors qui, après avoir maintes fois menacé d'assigner YouTube en justice, se sont soudain trouvés des intérêts communs avec la plateforme récemment rachetée par Google.

Les majors amies avec le web gratuit et les indés obligés de faire la police. C'est le monde à l'envers... ou peut-être juste la loi du marché. A méditer.

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