Depuis que je fais ce métier, j'ai dû réviser un brin ma manière de ranger mes disques. Sans pour autant renoncer à une forme de classement intuitif. Ainsi, point d'ordre alphabétique chez moi, ni d'utopique classement bio-chronologique (cf. High Fidelity pour les amateurs). A la place, j'ai choisi d'opter pour des associations d'idées, des familles fantasmées ou encore des généalogies en vrac (une suite Low - Joy Division - New Order - Depeche Mode - The Cure, par exemple, ou une autre Johnny Cash - Leonard Cohen - Robert Wyatt - Mark Hollis - Scott Walker - Christophe). Le sens de cela? Aucun. Si ce n'est m'y retrouver un peu. Et avec le temps, les étagères s'étant multipliées, cette boussole est devenue primordiale.
Dans ce classement personnel, on trouve également un coin "groupes américains adulés par Pitchfork et autres faiseurs d'opinion sans que j'y comprenne grand-chose". La liste y est longue. Et je sais qu'un jour je changerai d'avis, pour certains du moins. Reste qu'aujourd'hui y végètent des groupes comme Band Of Horses, The Fiery Furnaces, Modest Mouse ou encore Trail Of Dead. Ainsi que The Decemberists et The Veils. Deux groupes qui sortent leur nouvel album ce printemps, ce qui vaut bien un petit effort.
Premiers échoués dans ma boîte aux lettres, The Decemberists cuvée 2009 peinent à me faire changer d'opinion, malgré une production de toute beauté. Démarrant sur un silence pesant avant de laisser résonner les accords métalliques d'une guitare acoustique, The Hazards Of Love impressionne par son son ample et léché. Dommage que l'écriture ne suive pas. Les références sont là, mais les périodes mal choisies.
Ainsi, les ballades acoustiques - mélancoliques ou bien torchées - évoquent trop souvent le lyrisme typé, voire héroïque, de la série des MTV Unplugged. Plus orchestrées, les chansons de The Decemberists semblent lorgner du côté de Leonard Cohen. Mais préfèrent les boursoufflures clinquantes des dernières décennies live plutôt que l'épure touchante des débuts ou même le kitsch suranné des années 80. Un constant particulièrement pattant sur la guimauve Isn't It A Lovely Night. Appliqués mais mal inspirés, The Decemberists resteront prisonniers de l'étage incompris.
Plus élégants, The Veils nourrissent l'illusion le temps d'une première écoute distraite. Mais dévoilent vite leurs limites. Les regrets sont pourtant gros ici. Car lorsque le groupe laisse de côté sa propension à la diatribe mélodiste, le résultat est plutôt convaincant. Un songwriting tendu et sec juste ce qu'il faut, porté par une voix voisine du storytelling d'Okkervil River et autre Bright Eyes des bons jours.
Le hic, c'est que passé ces jolies choses, l'auditeur qui se perdrait dans The Sun Gangs devra subir quelques dérives rock-o-ricko qui ferait presque passer Bono et ses sbires pour des rois du bon goûts (sentiment à l'écoute du U2esquement lourdeau The Letter). Sans parler des dérives arty-indie-rock, façon Killed By The Boom (pénible tentative de muscler le débat malgré des lunettes) ou tendance Three Sisters (sprint électrique qui fleure mauvais les eighties précitées et la six-cordes stridentes genre Simple Minds). Rien que pour ça, The Veils méritent leur place dans la famille "se donne de la peine, en a et en procure".
Heureusement pour moi, ce rayonnage n'occupe pas tant de place parmi mes étagères. A ce petit jeu, c'est plutôt l'ami vieux jambon qui détient la palme. Entre Palace - et quelques noms accolés -, Will Oldham, Bonnie 'Prince' Billy et moult projets annexes, le barbu de Louisville est recordman en colonisation d'étagère. Et s'étend encore cette année, après Beware, The Chijimin EP et un split en compagnie de Young Widows.
Enregistré en compagnie de Cheyenne Mize, Among The Gold fait figure de parenthèse pastorale, rejouant tout en douceur le duo classique de la danseuse et du cowboy en piochant dans un répertoire située entre la fin du XIXème siècle et le début du XXème. Un exercice qui sent bon le Far West, sans pour autant rouler les mécaniques de diligence. Sobre, fragile et gentiment poussiéreux, l'ensemble ne change pas grand-chose à la discographie gargantuesque d'Oldham, mais s'écoute sans déplaisir, voire même avec plaisir. Et ça, c'est déjà quelque chose que The Decemberists et The Veils semblent ne jamais devoir m'offrir.
POUR LES OREILLES:
The Veils - The Letter (MP3)
POUR LE PORTE-MONNAIE:
The Decemberists - The Hazards Of Love (Rough Trade/Musikbertrieb)
The Veils - The Sun Gangs (Rough Trade/Musikvertrieb)
Bonnie 'Prince' Billy & Cheyenne Mize - Among The Gold (Karate Body Records)





























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