Alice au pays des Stooges Poétiques, narratifs ou totalement en vrille, les récits dessinés de "Rock Strips" racontent un rock'n'roll Hall of Fame très personnel. Dommage que les playlists qui les accompagnent le soient moins.
Sur le papier, l'idée était belle: un dictionnaire du rock dessiné et raconté, parfaitement subjectif. Sur le papier, le résultat est un peu moins beau: bravo pour les dessins (enfin, la plupart), mais quelle manque de parti-pris pour ce qui les accompagne. Réunissant une trentaine de dessinateur sous la direction de Vincent Brunner, Rock Strips déçoit par son manque d'audace... musicale!
Au menu, pourtant, quelques grands noms, connus pour leur mélomanie avancée (en vrac, Luz, JC Menu, Serge Clerc) et pas mal d'autres moins connus, libres de se lâcher et de faire leur preuve. Mais si le trait ose (du minimalisme onirique de Morgan Navarro aux délires de Li-An, en passant par les volutes lettrées de Killoffer et le plongeon dans une pochette de Stanislas Gros), le choix musical reste frileux. Au point de transformer Charles Berberian en héros pour avoir oser ramener Elton John à ce banquet dont les invitations semblent avoir été postées par Rock & Folk pour les deux premiers tiers (disons jusqu'à The Stranglers), tandis que Les Inrocks auraient complété l'affaire (de New Order à LCD Soundsystem). Le livre a beau se vanter dans sa conclusion de ne pas avoir convié Bob Dylan, force est de constater que le reste du rock'n'roll Hall of Fame est de la partie, sans morveux pour les empêcher de radoter en rond.
Pire que cette tiédeur des choix toutefois, c'est l'impersonnalité crasse des playlists accompagnant chaque portrait qui termine de décevoir. Si les biographies idoines tiennent souvent la route, entre faits incontournables et écarts de style assumés, le listener digest tient le plus souvent du "Greatest Hits" et autre "Best Of" vendu dans le commerce. Un exemple? Radiohead. Sur 20 titres proposés, on compte pas moins de 15 singles, auxquels s'ajoutent 2 extraits de Kid A (Everything In Its Right Place et Idiotheque, bien sûr), 2 de In Rainbows et Where You End And I Begin. Pas une face B, pas un titre méconnu, alors que la discographie du groupe d'Oxford fourmille de petites merveilles du genre... Un autre exemple? Nick Cave. Deux titres de Birthday Party, 11 titres du "Best of" du groupe (sur 16, quand même) et les singles de lancement des quatre derniers albums.
Passé ce coup de gueule de compositeur de playlist compulsif - et oui, on se refait pas - Rock Strips reste plaisant, surprenant souvent et même mieux parfois. Les planches ont beau être inégales, on ne s'ennuie jamais vraiment et on craque plus d'une fois. Mes coups de coeur perso? L'amitié inattendue entre Luz et LCD Soundsystem, les Pixies en catalogue à monter soi-même, Metallica décrypté chevelu par chevelu et Elton John en gorille rejoignant les Stooges sur scène. Les bédéistes ne font pas forcément de bons playlisteurs, mais leur trait rattrape parfois l'affaire. C'est déjà ça.
Flammarion









































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