Livres

02/10/2008

Un bon chanteur est un chanteur mort

Da Dominique A Pas encore mort, ni démissionnaire, le Nantais publie un essai sur son travail, excédant largement le cadre du nombril.

"Andreï Siniavski, un auteur russe, a dit un jour de son compatriote Varlam Chalamov: "Il écrit comme s'il était mort" (il faut être russe pour sortir un truc pareil). En le paraphrasant, on pourrait tout aussi bien dire de certains chanteurs qu'ils chantent ou ont chanté comme s'ils étaient morts, eux aussi. La gloire posthume de certains chanteurs et la perrenité de leur aura ne tiennent-elles pas à ça? N'éprouve-t-on pas de leur vivant cette impression qui se confirmeune fois où ils ont rendu les armes? Nick Drake, Nina Simone, Léo Ferré, Ian Curtis... En les écoutant aujourd'hui, ne doute-t-on pas
rien qu'un peu qu'ils aient été un jour vivant? Lorsqu'ils chantaient, ne le faisaient-ils pas comme s'ils n'étaient plus parmi nous, ne nous donnaient-ils pas déjà des nouvelles de l'autre côté?"

Piochée au milieu d'Un bon chanteur mort, ce paragraphe donne son titre au livre, à défaut de lui donner un ton. La postérité n'est qu'une parenthèse parmi de nombreuses autres dans cet essai que le chanteur Dominique A consacre à son art. Invité par les éditions La machine à cailloux à rédiger un texte autour de sa manière d'écrire et de composer, le Nantais brasse large tout au long des 79 pages qui font son livre, donnant à voir de nombreuses portes entrouvertes que l'on ignorait jusqu'ici. Un discours dense, digeste grâce à un style minutieux et rythmé, libéré de tout argumentaire trop ampoulé. Dominique A écrit comme il chante: en des phrases de peu de mots, libérées de l'inutile, préférant les questions en suspension aux vérités martelées.

Empruntant des chemins détournés, Un bon chanteur mort remplit sa mission sur la longueur. Dominique A avoue ainsi sa tendance à l'alexandrin, réfléchit à la musicalité boiteuse de la langue française (condamnée par son déficit d'accentuation naturelle), s'offre une chronologie d'enregistrement du magnétophone à cassettes à l'enregistreur 8 pistes, saisit ses marottes mélodiques, au sein desquelles naît le besoin de remettre l'ouvrage sur le métier, de composer encore, d'avancer. A cette feuille de route attendue s'ajoutent nombre de chemins de traverse. Des éléments biographiques (l'enfant dont la voix fluette atténue la dureté des chansons qu'aiment ses parents lorsqu'il les chante), les rapports étranges entre texte et musique, l'attitude face aux réussites des autres (a) prendre une voie contraire pour ne jamais s'y mesurer b) mettre le genou à terre, reconnaître le choc subit puis se remettre en route pour viser ces mêmes sommets), la scène temple de l'instant et donc ennemie de l'artiste qui a engagé un conflit avec Chronos (""Moi je veux mourir sur scène", chantait Dalida: un comble! On n'y fait que ça, mourir, sur scène...) ou encore son premier concert enfant, Carlos qui quitte la scène un instant pour revenir costumé interpréter Rosalie.

Surtout, Dominique A tord le coup au grand mythe de l'artiste martyr et torturé au moment de la création. "Je ne souffre pas quand j'écris" avoue-t-il ainsi en début d'ouvrage. "Quand j'écris, je ne transpire pas, je garde ça pour la scène, ô combien. Barbara disait que, si au bout de la première chanson sur scène on n'avait pas la chemise trempée, ce n'était pas la peine d'y mettre les pieds. Au bout d'une seule chanson, ça suppose d'avoir une faculté d'élimination des toxines supérieure à la moyenne mais, bon, j'aurai du mal à ne pas souscrire tant la sueur sur scène me dédouane presque à mes yeux de celle qui n'a pas coulé quand j'écrivais." Bel arrangement entre mythe et travail.

PS: Dans la même collection, à noter également Un beau siècle de légendes d'Arman Méliès, plus académique dans son approche du sujet, mais riche également en interrogations bienvenues.

27/08/2008

3 x Cash

Cash1 De la gloire à la renaissance Reinhard Kleist raconte en BD la trajectoire de Johnny Cash, avec le concert de Folsom en pivot omniprésent.

Cinq ans après sa mort, Johnny Cash collectionne les hommages, jusqu'à prétendre au statut de légende. C'est mérité. Mais parfois énervant. Comme me le disait un jour un ami, ça la fout mal de voir certains se vanter d'être "fans" du Man in Black. N'y voyez pas ici de mépris ou autre, mais plutôt un agacement légitime à découvrir des pseudo-exégètes, nouveaux venus au culte du Cash mais prompts déjà à s'emparer du bâton de maître de cérémonie, à se donner l'air en une phrase-slogan de connaître le personnage sur le bout des doigts.

Ceci dit, ce culte nouveau - en Europe du moins - n'a de loin pas que de mauvais côtés. Ainsi, après une adaptation cinématographique (Walk The Line, biopic classique mais tout à fait regardable), voici venu le Cash en bande-dessinée. Intitulé Johnny Cash - I See A Darkness (foutue traduction française qui lui préfère Johnny Cash - Une vie (1932-2003)!), l'ouvrage est signé de l'Allemand Reinhard Kleist, peu connu par ici, mais déjà auteur d'un projet similaire autour d'Elvis Presley.

Dans un noir et blanc aux dégradés multiples, Kleist dessine le Man in Black en des plans où la lumière est reine ou tamisée, tandis que l'ombre dévore la case. Le trait est fort, le style réaliste, les scènes se délitent en zoom ou panoramiques. Quant à l'histoire, elle mêle chronologie biographique et mise en images de chansons emblématiques (Folsom Prison Blues ou A Boy Named Sue, notamment), le tout au rythme d'un fil déroulé par Glen Sherley, taulard de Folsom aux talents de songwriter, dont la route croise celle de Cash.

Troquant les paillettes hollywoodiennes contre les recoins sombres du roman graphique, Reinhard Kleist dresse un portrait cru et poétique à la fois de Johnny Cash, évitant les pièges du mélo comme ceux de l'hagiographie. Le voile se lève un peu. Un peu seulement. Les ténèbres rongent ce que l'on entrevoit, s'estompent parfois, à l'image de la chanson de Bonnie 'Prince' Billy qui donne sont titre à l'ouvrage, la préférée de Kleist, confie-t-il.

De quoi s'offrir un petit juke-box du Cash des dernières années, celui qui boucle la narration dans le livre. Le Cash d'American Records, de Rick Rubin, découvrant Hurt de Nine Inch Nails et regrettant de ne pas avoir écrit ces paroles. Le Cash de mes premières écoutes, sur le tard, à la sortie d'American IV. Ce Cash-là, nu, spectral, chapitre parmi tant d'autres d'un personnage dont on n'aura jamais fait le tour.

1. I See A Darkness (extrait de American III)
2. Hurt (extrait de American IV)
3. One (extrait de American III)

17/06/2008

Le sillon sans fin

LockgrooveLes disques qui s'écoutent sans fin Ou comment JC Menu démontre la suprématie du vinyl sur le mode fanzine.

Si la littérature française n'a jamais paru capable de s'approprier le rock - au contraire de l'Anglais Nick Hornby - la BD hexagonal semble plus apte à s'attaquer au sujet, comme le rappelait récemment Le petit livre rock d'Hervé Bourhis. Optant pour le fourre-tout fanzine plutôt que le manuel d'histoire subjective, JC Menu enfonce à son tour le clou avec Lock Groove Comix paru chez L'Association.

Le "Lock Groove". Perso, je ne connaissais pas le terme avant de lire l'ouvrage de menu. Trop jeune ou trop éloigné du temps du vinyl, je n'en sais trop rien. Et pourtant, moi aussi j'ai mon petit "Lock Groove" à la maison. Sur le premier album de Godspeed You! Black Emperor, d'où son titre F#A#∞. L'infini pour conclusion, le sillon terminal tournant sans fin sur la platine. La première fois que j'ai entendu parler du subterfuge, ça m'a bluffé. Et puis je n'y ai plus trop pensé, jusqu'à ce que j'achète le vinyl. J'ai écouté une fois et puis ça m'est passé. Sans que je soupçonne toute l'histoire du truc.

C'est cette histoire que JC Menu a le bon goût de raconter. Du Sgt Pepper Lonely Hearts Club Band des Beatles au RR500 et ses 500 "Lock Groove" - en passant par Lee Ranaldo ou The Residents - le sillon terminal nécessaire à chaque vinyl a fréquemment été transformé en sillon sonore infini. Une prouesse impossible sur CD, encore moins sur MP3 (ainsi, la fin d'A Day In The Life telle qu'on la connaît sur CD est en réalité un "Lock Groove" enregistré sur vinyl, véritable quatorzième piste de l'album, car séparée du morceau qui la précède par un bout de sillon silencieux (si vous ne suivez pas, tout est expliqué en dessin dans le livre).

Ceci dit, la brève histoire de cet artifice n'est pas le propos unique de ce Lock Groove Comix. Elle sert plutôt de point de départ à une brève histoire, entre souvenirs de gosse et fanzine actualisé. On saute ainsi des premiers 45 tours et du Hit Parade radio aux récents concerts parisiens de Neil Young et Pere Ubu. Le dessin est varié, rythmé, au même titre que la narration qui ne s'embarrasse pas forcément des liens de causalité d'un épisode à l'autre. Menu ne disserte pas, ni ne raconte vraiment. Il préfère partager sa passion pour le rock sur le mode paradoxal de l'obsession subjective. Ceux qui attendraient une leçon ex-cathedra n'y trouveront pas leur compte. Les autres, fans obsessionnels également prendront leur pied.

Quant à moi, je cours réécouter ma face B de F#A#∞...

28/02/2008

Punk et New Wave dans un tiroir

UjpunkPunk's not dead? Dead et bien raide - 1975-1981 - selon Christophe Bourseiller.

De prime abord, ça faisait envie. Couverture et titre punk (Génération Chaos écrit sur l'Union Jack), sujet plus large (punk ET New Wave), éditeur fiable (Denoël), auteur spécialisé dans les courants passés (maoïstes, situationnistes, "faux Messies").

Après quelques pages, l'excitation retombe déjà. Le postulat de départ étonne, puis énerve. Le punk et la New Wave durent 7 ans. Pas plus. Dès la fin de l'année 81, c'est fini.

Quelques pages plus loin, ça devient pénible. Le postulat n'est guère plus convaincant qu'auparavant, tandis que le texte se perd entre anecdotes dispensables et répétitions maladroites (au bout de la troisième fois, j'ai intégré l'idée que Throbbing Gristle est un collectif d'avant-garde).

Plus loin encore, c'est le fond. Le postulat n'a pas bougé, les anecdotes débordent, le style plonge et les termes deviennent tordus. L'après New Wave s'appelle Cold Wave et définit un New Wave commerciale et surgelée. Quant au Fade To Grey de Visage, il devient le symbole de cette déliquessence et se trouve rebaptisé... Respect The Grey. Erreur involontaire ou lapsus révélateur?

Une fois le livre refermé, il ne reste pas grand-chose. Comme un mauvais résumé du Please Kill Me de Legs McNeil utilisé pour démontrer l'indémontrable. Christophe Bourseiller tente d'enfermer punk et New Wave dans un même boîte, puis joue le rôle de videur au moment d'ouvrir les portes. On sépare le grain de l'ivraie. The Cure est New Wave, Orchestral Manoeuvres In The Dark est abject. On invite quelques artistes hors du sénacle musical (David Lynch, Thierry Mugler, Kiki Picasso), mais on oublie d'expliquer pourquoi. Le punk et la New Wave se résument à une joute anglo-américaine qui fonce dans le mur et tout ce qui pourrait venir ensuite serait un succès fortuit, sans rapport aucun avec le sujet du livre.

Dans la multiplication des ouvrages consacrés à la période 77-87, on préférera clairement l'imposant Jean-François Bizot présente la New Wave, sorti aux éditions du Panama. Moitié-iconographique, moitié-recueil d'articles parus dans Actuel, ce livre-somme donne à voir, dévoile des pistes, mais refuse de faire la leçon, de plier au maximum pour faire rentrer l'histoire dans un tiroir. Comme dit Jean Rouzaud, l'un des auteurs, "On n'aurait pas idée de simplifier la physique nucléaire juste pour faire plaisir. Un mouvement artistique est une équation! Si on enlève un chiffre, alors elle devient fausse."

Petit bonus: un débat entre Bourseiller et Jean Rouzaud (coauteur du New Wave dirigé par Bizot), dans le cadre de l'émission de France 3 Ce soir ou jamais (ça débute à la 58ème minute).
 

21/02/2008

Hervé Bourhis et son "Petit livre Rock"

Lpr C'est un petit livre rouge Mais il a la forme d'un 45 tours et préfère la six-cordes électrique au marteau et à la faucille.

Scénariste et dessinateur BD, Hervé Bourhis offre une jolie antidote aux dictionnaires et autres livres de cuisine consacré au rock, sortis ces dernières années (des morts les plus glauques aux 1001 disques à écouter avant d'être mort).

Point de leçons ou de grandes théories ici, mais un parcours sensible, entre vignettes et anecdotes. Né en 1974, Bourhis y raconte son rock: celui vécu (des années 90 à aujourd'hui), celui appris en auto-didacte (de 1951 à la fin des années 80) et celui fantasmé (deux pages rigolotes sur 2051). Les exégètes y trouveront des infos rares et des clins d'oeil malins, tandis que les béotiens verront leur curiosité titillée sans avoir l'impression de subir un cours magistral. Quant à Hervé Bourhis, il a gentiment accepté de se prêter au jeu de l'interview autour de cinq disques, choisi par votre serviteur.

Sr The Stone Roses - The Stone Roses (1989)

"C'est une période où j'écoutais beaucoup de musique des années 60. The Stone Roses marque un passage: un groupe de la fin des années 80 qui revendique influences sixties. C'est aussi une période où je faisais un complexe. J'étais au lycée et je ne connaissais pas grand-chose à la musique pointue. Et il y avait un garçon qui m'impressionnait, me montrait le "NME" et me parlait de groupes dont je n'avais jamais entendu parler. Je me suis mis aux Stone Roses comme pour faire partie de la bande. Je n'ai donc pas vraiment un rapport affectif au groupe, même si j'aime beaucoup sa musique."

Td Tindersticks - Tindersticks (1993)

"Ce groupe correspond pour moi à la fin du grunge, à la mort de Kurt Cobain. Je commençais à grandir, j'avais dix-neuf ans et j'étais un peu lassé du bruit. J'avais besoin d'une musique un peu plus mûre. Tindersticks m'a offert une musique plus adulte ou littéraire, et m'a ouvert à tout un univers, de Nick Cave à Nick Drake. Il y a aussi dans leur musique une forme de romantisme. Ce premier album est un chef d'oeuvre à l'intensité épuisante. Il est très long et chaque chanson est fiévreuse, pleine d'une vie interne."

Gsl_2 Grandaddy - The Sophtware Slump (2000)

"Ils ont longtemps été mes chouchous. Une qualité d'écriture extraordinaire, un pont entre le grunge et... je sais pas quoi... disons une sorte de grunge avec un Bontempi, porté par une voix à la Neil Young. Surtout ils avaient ce côté plouc très attachant. Mais un peu comme Super Furry Animals, ils ont fait beaucoup de superbes albums sans avoir le succès qu'ils méritaient. Par exemple, les trois dernières chansons de ce disque sont juste superbes. J'ai de l'amour pour ce genre de groupes mal aimés."

Lcd1 LCD Soundsystem - LCD Soundsystem (2005)

"Quand c'est sorti, ça a été un choc. J'ai dû l'entendre "Losing My Edge" chez Lenoir et ce revival post-punk m'a ouvert à plein de groupes que je connaissais mal. Cette chanson raconte le rock, avec humour et mythomanie, inventant une façon intelligente de danser. Surtout, c'est l'amour du rock new-yorkais, une façon de danser raide, du Velvet Underground à Patti Smith.  Et si ce premier album était un peu décevant, le second est fantastique. Et puis de voir un type de 35 ans qui débarque comme ça, ça fait plaisir... quand on a mon âge."

Museprout_3Muse - Black Holes & Revelations (2006)

"Si dans mon livre j'ai choisi de parler des groupes que j'aimais, j'avais aussi envie de m'attaquer à des artistes que je n'aime pas mais qui sont placés sur un piédestal. Muse incarne un héritage du rock progressif avec tous ses défauts. Une sorte de mélange entre Genesis, Queen et d'autres. Même si leur premier album était pas mal. Mais ensuite, on se perd en technique et en effets, au détriment des chansons."

Quelques liens: le site d'Hervé Bourhis / le site du Petit livre Rock

15/03/2007

J'aime pas la chanson française

LuzPour bien digérer les récentes Victoires de la musique, laissons-nous aller à dire tout haut notre ras-le-bol de la chanson française, du moins de sa nouvelle scène. Et profitons-en pour en rire, en compagnie du dessinateur Luz.

Figure bien connue des lecteurs de Charlie Hebdo, le bonhomme est également un passionné de musique, DJ à ses heures, illustrateur dans Magic ou Les Inrockuptibles, ou encore auteur de livres consacrés au sujet (Claudiquant sur le dancefloor et Faire danser les filles). Le revoici aujourd'hui avec un nouvel ouvrage, consacré à la face obscure de la question: Je n'aime pas la chanson française.

Ou comment croquer Delerm, Bébabar, Cali et autres Grand Corps Malade à grand renfort de petites histoires, de satire et de mauvaise fois. Les anciens ne sont pas épargnés non plus. Renaud, Bashung, Les Enfoirés, tous ont droit à leur trombine dans ce livre qui venge tous les allergiques à la "nouvelle chanson française". Rencontre.

D'où te viens ce dégoût de la nouvelle scène française?

Depuis que je suis enfant, j'essaye de m'intéresser à la chanson française. J'ai écouté Ferré, ça m'a fait chier. Brassens, ça m'a cassé les couilles. Même Brel, ça va un moment et après j'ai l'impression de sentir son haleine de clope à travers ses chansons, alors que la mienne me suffit. En résumé, je n'ai jamais réussi à entrer dedans. Et le problème, c'est qu'aujourd'hui c'est la chanson française qui me rentre dedans. Partout. Dans les restaurants, à la télévision, à la radio… Par exemple, je n'écoute plus la radio depuis l'instauration des quotas pour la chanson française. Comme si on t'obligeait à aimer ça, aussi bien à cause des quotas que de la mode qui s'est construite autour depuis les succès de Delerm, Benabar et autre Cali. Genre, je me lève le matin et j'ai une chanson de Raphaël dans la tête. De quel droit!? (rires) Un autre exemple tout con, c'est quand l'année dernière James Brown et Pierre Delanoë sont morts en même temps. Résultat: une chaîne française a monté un prime-time autour de Delanoë et rien sur James Brown!

Ch_franaise_p6_1Que cherches-tu avec ce livre?

L'idée c'est que la chanson française est sur un piédestal actuellement. Et comme tout ce qui est érigé de la sorte, j'ai envie de m'amuser à l'en faire tomber. L'industrie de la chanson française est tellement pleine de morgue, qu'elle a besoin d'un peu d'humour. En quelque sorte, je venge tous ceux qui en ont marre. Et si les autres se mettent à imaginer ces personnages tels que je les ai dessinés et mis en scène, c'est encore mieux.

Tu espères remettre dans le droit chemin les fans de Delerm et Bénabar?

Oh non! Je ne cherche à faire du prosélytisme ou à dégoûter les gens de la chanson française. C'est juste une manière de rétablir l'équilibre, en mettant la satire au service de la musique. Et aussi de me risquer sur un terrain complètement vierge, qui consiste à croquer ces personnages publics que l'on ne caricature jamais. Par exemple, je n'aurais jamais pensé trouver autant de plaisir à dessiner Vincent Delerm. Ou mieux encore: Michel Sardou. C'est une espèce de topinambour super-graphique à dessiner, un peu comme Bernadette Chirac.

Y a-t-il tout de même des musiciens français actuels qui te plaisent?

Bien sûr. J'aime Katerine, Dominique A, Arno ou encore Arthur H. Ce ne sont pas des sous-poètes et ils prennent la peine de mettre de la musique autour de leurs textes. Surtout, ils utilisent leur voix et ne se contentent pas d'être des chanteurs à textes.

GuillemetsJe suis sûr que Pascal Nègre n'écoute pas les disques qu'il produit chez lui. Car ce ne serait pas humain...

 

C'est important pour toi cette séparation entre voix et texte?

Très important. Par exemple, j'aime beaucoup la voix d'Alain Bashung. Mais ces textes… Ceux de Bergman en tout cas, pour moi c'est un peu du Raymond Devos. Des jeux de mots pas drôles. Le problème de la chanson française c'est qu'on l'écoute et donc qu'on est attentifs aux textes.

Ch_franaise_p48A ton avis, pourquoi accorde-t-on autant d'importance aux textes dans la chanson française?

Peut-être qu'il y a là une forme de prétention. Ou encore une certaine nostalgie de la grandeur de la poésie et la littérature française. Du coup, on fait notre gloriole de cette nouvelle chanson française, comme si c'était là que résidait aujourd'hui une sorte d'esprit prétentieux français.

Dans ce livre, tu ne te contentes pas de caricaturer ces personnages, mais tu crées des histoires et même des jeux. C'était important pour toi d'aller vers autre chose que ton travail de dessinateur de presse?

En fait, il y avait une matière géniale pour créer des histoires. Par exemple, d'imaginer Vincent Delerm réalisant que son inspiration vient de son nombril m'a permis de broder une vraie petite intrigue. Quand il tente de se lancer dans la chanson engagée, il est obligé de splitter avec son nombril. Quant aux jeux, c'était un moyen rigolo de se moquer de ces personnages. Le Sudoku permet d'être un juré pour la Victoire de la Musique du chanteur le plus emmerdant. Quand tu as rempli la grille… tu obtiens le vainqueur!

Tu ne t'attaques pas qu'aux musiciens, mais également à d'autres personnalités de l'industrie du disque, en particulier Pascal Nègre d'Universal Music…

Même si Pascal Nègre n'est pas un chanteur, c'était indispensable qu'il soit là. C'est un homme de l'ombre, qui donne une image de perfide, de type qui a tout compris. Mais je ne suis pas sûr qu'il écoute chez lui les disques qu'il produit. Ce ne serait pas humain (rires).

JplcfLuz
J'aime pas la chanson française
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