Ah, novembre... Mois de la déprime pour certains, mois romantique pour d'autres, mois de trop pour ceux qui guettent la fin de l'année. Et pour ceux qui aiment traîner dans les salles de concerts, c'est sans doute le meilleur mois de l'année. A tel point qu'il faut souvent faire des choix... ou savoir placer ses vacances. Petit "live report" à mi-parcours.
Other Lives - En route vers les sommets?
C'est sans doute l'une des révélations de l'automne. Avec son second album, Tamer Animals, Other Lives s'est imposé comme le principal challenger de Fleet Foxes, dans la catégorie folk hippie pour barbus à jaquette. Sauf que le groupe américain s'avère moins scolaire que ses prédécesseurs et sait relever son songwriting d'incises psychés et d'une palette instrumentale qui évoquerait presque Bon Iver. Restait à voir s'il était capable de confirmer sur scène.
Dans le décor façon bar de nuit de l'Abart à Zurich, Other Lives doit composer avec un son très moyen, compensé par un public acquis à sa cause. Avec une setlist au 3/4 dévolue à Tamer Animals, le groupe contente son audience. Mais fait mieux que réciter sa leçon. Malgré quelques temps morts, l'ensemble gagne encore en ampleur et en magnétisme, notamment grâce aux incessants changements d'instruments (la palme au guitariste-choriste-violoniste-trompettiste... tout ça dans le même morceau). Et si on pourra regretter que la voix du chanteur soit parfois un poil trop mise en avant par rapport aux instrumentations, on révisera son jugement pour les rappels, entre une belle ballade au piano (Black Tables) et une reprise inspirée de The Partisan. Il reste encore quelques réglages à faire, mais Other Lives a de l'or au bout des doigts. Ce qu'a bien compris Radiohead, qui vient d'inviter le groupe à ouvrir ses concerts pour la première partie de sa prochaine tournée nord-américaine.
Wilco - Lentilles et auto-conviction
Le meilleur groupe sur scène actuellement avec sous le bras son meilleur album depuis 10 ans. Que demander de plus? Pour son unique date suisse, Wilco a choisi la Kaserne à Bâle. Un club ou plutôt une grande salle sans âme avec une scène critiquement basse... au point de ne plus distinguer grand-chose une fois dépassé le 5e rang. Mais bon, le groupe de Chicago a les moyens de faire oublier tout ça. Quoi que...
Dès les premiers morceaux se dégage l'impression d'un groupe pas vraiment là. Le visage creusé, les traits tirés, Jeff Tweedy ressemble au Dylan actuel, caché sous un large chapeau. Surtout, Wilco boude ses classiques d'ouverture (One Sunday Morning, Art Of Almost) pour tenter un démarrage pied au plancher (Dawned On Me, I Might), avant d'alterner avec quelques titres plus composites (I'm Trying To Break Your Heart, Bull Black Nova). Enfin, Tweedy prend le micro et explique en quelques phrases qu'il ne faut jamais s'arrêter sur une autoroute française pour manger des lentilles, qu'il ne s'est jamais senti aussi mal durant un concert, qu'il espère ne pas vomir sur le public... mais qu'il est persuadé que ce sera un concert incroyable.
Bluff ou force de l'auto-conviction, la prophétie se réalise. Comme libéré après cette annonce, le groupe retrouve ses repères et la suite tutoie les sommets. Entre Thurston Moore pour le bruitisme et Mark Knoplfer pour les solos héroïques (ah, Impossible Germany), Nels Cline fait vibrer l'électricité, tandis que Tweedy dirige les opérations. Quelques ballades classieuses (Capitol City, Radio Cure), quelques éclairs rock (Standing O, Country Disappeared, I'm The Man Who Loves You) et, surtout, d'incroyables morceaux de bravoure (l'enchaînement One Sunday Morning, Poor Places, Art Of Almost en fin de set), Wilco est à nouveau Wilco. Et offre six titres en rappel, comme pour s'excuser encore un peu de ce faux départ, d'un Via Chicago plus sismique que jamais (rah, les fûts de Glenn Kotche!) à un Heavy Metal Drummer toujours aussi efficace, en passant par un rare et appréciable Forget The Flowers. Difficile après ça de faire la fine bouche. Ou alors simplement en regrettant l'absence d'I'll Fight, d'Ashes Of American Flag ou de Spiders. Trois bonnes excuses pour retourner voir le groupe américian à Zurich en mars prochain.
Explosions In The Sky - L'avènement du post-rock FM
Près de 600 personnes un mardi soir! L'affluence impressionne pour le second concert lausannois d'Explosions In The Sky, un peu plus de 4 ans après une prestation mitigée au Romandie. A croire que le post-rock fait encore recette. Ou, du moins, qu'après Mogwai, un autre groupe du genre est capable de remplir des salles romandes. Sauf que si Mogwai a su varier les directions - quitte à se perdre parfois - EITS (comme on dit) reste fidèle à sa ligne. Quitte à lasser.
Mais avant cela, deux mots sur The Drift, compagnon de label et open act de cette tournée. Si le groupe de San Francisco n'est plus ce qu'il était depuis la disparition de son trompettiste, il laissait quand même espérer mieux qu'un concert appliqué et statique, du moins à l'écoute de son récent troisième album. Las, le projet de l'ex-Tarentel Danny Grody rappelle les côtés les plus ennuyeux de... Tarentel. De longues plages répétitives et éthérées, moins froides que vides, prisonnières de schémas maintes fois entendus.
On passe un tour, donc, et on se concentre sur EITS. Le son est bon, l'intensité également et le concert démarre sur le récent Postcard From 1952, avant d'embrayer sur Catastrophe And The Cure. Les Texans sont tournés vers le présent. Ou le passé proche. Et on regrette un peu ce choix, tant ce sont les premiers albums qui restent en mémoire. Surtout, comme sur disque, un certain art de la formule transparaît, jusqu'à agacer. On monte, on descend, on plane, on explose... et on recommence. Seules véritables variations... les plus vieux titres. Notamment un formidable enchaînement Greet Death (toujours aussi jouissivement lourd) Your Hand In Mine (et ses orfèvreries de guitares hypnotiques). Pour le reste, à part cet instant de grâce, EITS impressionne par son efficacité. Et contente son public. On se dit juste qu'on a passé l'âge. Et que ce post-rock là sonne plus "friendly" que jamais.
Bill Callahan - L'élégance de la sobriété
Des années qu'on l'attendait sur une scène suisse. Depuis l'abandon du masque Smog. Bill Callahan débarque au Romandie et logiquement la salle lausannoise fait le plein. A tel point que la file d'attente à l'extérieur empêche de voir le début du set de Devon Sproule. Et de rentrer dans la suite. Dommage. Mais c'est souvent comme ça, les événements attendus.
Sur scène, Callahan évolue désormais en trio. Lui à la guitare acoustique, Matt Kinsey à la six-cordes électriques et Neal Morgan à la batterie, de droite à gauche. La tonalité choisie est celle d'Apocalypse, entre folk sobre et inspirations jazz légères, et c'est sans surprise que le concert démarre sur une poignée de titres issus de ce dernier album (Riding For The Feeling, Baby's Breath, Universal Applicant), entrecoupés de quelques titres plus ou moins anciens (Too Many Birds, Honey Moon Child). Tout est dans le détail durant cette première partie, la finesse du dialogue des guitares, les inflexions légères du baryton Callahan, les balais sismiques de la batterie.
Et puis le concert s'emballe, sur America! Les rythmes s'accélèrent, la voix scande plus franche, les six-cordes musclent leur jeu. Le tout sans se départir d'une certaine économie de moyens et d'un son parfait (ce qui est assez rare au Romandie pour être souligné). Our Anniversary, Drover, Eid Ma Clack Shaw (tendance destructuration), Let Me See The Colts, Say Valley Maker (et un final... apocalyptique), les chansons et les époques s'imbriquent avec un naturel saisissant. Pour peu, on jurerait Bill Callahan heureux d'être ici, lui qui n'aura lâché que 5 phrases au public, histoire de noter qu'il n'était plus venu en Suisse depuis un bail. Quand le concert s'arrête, la salle ne bronche pas, applaudit, pendant près de 5 minutes, l'Américain sachant se faire désirer. Mais la patience est récompensée. Trois titres dont In The Vines et Bathysphere, Bill Callahan est généreux et laisse une forte impression, après près de deux heures de concerts. Aucun doute possible: c'est l'un des meilleurs songwriters de l'époque, sobre et élégant à la fois.





























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