C'est sans doute l'un des hasards d'une époque guidée par une industrie sans idées, prête à râcler les fonds de tiroirs, mais cette fin de printemps offre la reconnaissance de la "reissue" - on peut essayer de voir ça comme une reconnaissance plutôt que comme un simple coup marketing - à deux albums qui auront connu des fortunes diverses lors de leur sortie originelle. D'un côté, Deserter's Songs de Mercury Rev, fréquemment placé sur les podiums de fin d'année en 1998. De l'autre, Dog Man Star de Suede, qui en 1993 marqua le début de la fin pour le énième "meilleur nouveau groupe du monde" venu d'Angleterre.
Ce qui est drôle, c'est que si un accueil poli, doublé d'une forme de reniement des lauriers attribués jadis, salue Deserter's Songs, on pourrait presque parler de reconnaissance posthume pour Dog Man Star, raconté par le menu dans Mojo et encensé sur Pitchfork. Presque car Brett Anderson a eu la sale idée de reformer Suede pour tourner dans des pays exotiques (Indonésie, Roumanie) au moment où cet album maudit revient dans les bacs. Pour le succès "posthume", on repassera, donc. Même si Suede sans le guitariste Bernard Butler finalement, c'est un peu comme The Smiths sans Johnny Marr. Plus vraiment Suede, à défaut d'avoir jamais vraiment été The Smiths.
Plus d'une fois en effet, Suede a été comparé au groupe de Manchester. Porté par le binôme Anderson/Butler, voix/guitare, âme lyrique/arpèges inspirés, le groupe londonnien aura au moins réussi à éviter les procès sans fin avec sa section rythmique... à défaut de laisser derrière lui une discographie aussi essentielle que celle léguée par le duo Morrissey/Marr. Reste qu'on aurait tort de faire la fine bouche devant Dog Man Star. Si ce deuxième disque n'est pas un chef-d'oeuvre, il reste toutefois largement au-dessus du tout venant brit-pop de l'époque, porté par une ambition - et un brin de démesure - servie par une écriture de belle facture.
Ainsi, à la réécoute, on retiendra surtout les morceaux les plus dépouillés, l'aérien The Wild Ones, le hanté Daddy's Speeding, ou encore l'allongé The Asphalt World, malgré, pour ce dernier, un abus flagrant de révèrbe sur la voix et d'effets pour la six-cordes, tendance Pink Floyd de la pire époque. On ne reniera pas non plus l'efficacité pop-rock de Suede, prince des chansons épiques et bien torchées, parfois un peu pompières, d'Héroine à New Generation, en passant par We Are The Pigs, un peu forcé quand même.
Ce qui fait déjà pas mal. Dommage que Dog Man Star révèle également les limites du groupe, criardes sur les morceaux les moins aboutis (This Hollywood Life, The 2 Of Us, Black Or Blue), mais surtout ses fautes de goût impardonnables, en tête la pièce-montée baroque Still Life, qui évoquerait presque des Flaming Lips qui auraient oublier leur second degré légendaire pour se vautrer dans une symphonie-rock dont ne voudraient même pas Muse et Yes réunis.
Pour la petite histoire, à la sortie de Dog Man Star, Bernard Butler claqua la porte. Brett Anderson recruta un nouveau guitariste et un clavier, et poursuivit l'aventure Suede. Sans surprise, aucun des albums qui suivirent ne retrouvèrent la grâce qui traverse par instant Dog Man Star. Pire, tandis que Suede simplifiait sa formule glam-rock pour torcher des hits prêts à écouter, Blur (son ennemi intime) puis Oasis lui piquaient sa place sur l'Olympe de la brit-pop. De là à pense que sans Butler, Anderson ne valait plus rien (au contraire de Morrissey, qui a fait quelques très bons disques), il n'y avait qu'un pas que de nombreux fans ont franchi. Jusqu'à la sortie du premier - et unique, merci - album de The Tears, qui marqua en 2005 les retrouvailles entre Butler et Anderson. Ceux qui l'ont écouté savent pourquoi il ne faut vraiment rien regretter.





























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