Girl Power Si elles convoquent les saintes reliques post-punk (Wire, Joy Division, Siouxsie), les quatre Anglaises de Savages parviennent à en tirer un souffle neuf, loin, très loin de la concurrence.
Savages - I Am Here
Vous l'avez peut-être remarqué, cette année, j'ai parlé un peu de vieux disques et pas mal de vieux groupes. L'âge peut-être. Ou une certaine lassitude face à une nouvelle génération façon Des chiffres et des lettres polonais (BRNS, TRST, SBTRKT, etc.). Et puis, l'autre jour, comme par hasard, voilà qu'en écoutant le nouveau Queens Of The Stone Age (QOTSA en langage 2013, donc), je tombe sur Savages, également disponible en streaming sur la plateforme Matador. Et là, la claque. Inespérée.
Pourtant, le premier album de Savages est bâti sur des bases connues. Normal, quand on se revendique de l'étiquette post-punk, sans complexe. Une basse façon Peter Hook sous emphétamines, des riffs tranchants tendance Wire, un chant à l'emphase digne de Siouxsie Sioux, le tout assemblé avec un souffle arty certain. De (très) bonnes références, certes, mais du déjà-vu et revu ces dernières années. Oui. Sauf qu'ici, contrairement à tant de groupes, ça rocke. Et ça claque.
Savages trouve l'équilibre entre ses multiples références sonores, les agence sans en avoir l'air et tape juste. Toujours.
Un bref dialogue tiré d'Opening Night de Cassavettes passé, Silence Yourself démarre pied au plancher avec un Shut Up de circonstance. Basse et batterie dictent un tempo suffocant, tandis que les guitares tressent des lignes tranchantes et gentiment bruitistes. Un beau bordel sur lequel la voix de Jehnny Beth harangue le chaland avec science. Jusqu'à atteindre un acmé sonique du plus bel effet.
On pourrait mettre ça sur le compte de la chance du débutant, mais droit derrière, I Am Here réussit le même coup. A nouveau, Savages trouve l'équilibre entre ses multiples références sonores, les agence sans en avoir l'air et tape juste, entre une section rythmique martiale, une guitare obsédante, un chant habité et des sursauts explosifs... annonciateurs d'un final aussi sismique qu'épileptique.
Je ne vais pas vous faire l'affront de vous proposer un tour complet du propriétaire. Cette description du hall d'entrée devrait suffire à vous donner envie d'aller découvrir Silence Yourself par vous-même. Disons juste que si 2-3 titres de l'album ne tutoient pas ces sommets, c'est juste qu'ils sont déjà très bons, dénotant une écriture capable de varier les approches et les climats, pour preuve l'étiré Waiting For A Sign. Et qu'un Hubsands suffit à absoudre Savages pour son manque d'excellence passager. Ou que la clarinette basse qui ponctue l'album sur la quasi-ballade Marshal Dear laisse rêver à bien des horizons pour un groupe qu'on se réjouit déjà de retrouver... tout en savourant encore le plaisir de la découverte.
Savages
Silence Yourself
Pop Noire/Matador/Musikvertrieb
En concert: Lundi 20 mai, Kinski, Zurich





























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