L'automne dernier, mon coeur a battu à 300 à la minute durant quelques secondes. Jim O'Rourke était annoncé au festival Présence électronique Genève. Mais quelques clics ont suffi à faire retomber l'excitation. L'hyperactif musicien américain ne viendrait pas en Suisse. Ni ailleurs d'ailleurs. Il vit aujourd'hui au Japon et n'en sort plus. Mais signe des compositions que d'autres interprètent pour lui, d'un festival expérimental à l'autre (en l'occurence What Is Cold Is New Again).
Dommage donc. Surtout quand je tombe sur une vidéo de Jim O'Rourke enregistrée à Tokyo, le soir même où Christian Zanési interprétait sa composition à Genève. Un titre magnifique tiré de l'album Bad Timing, véritable bijou de folk instrumental, acoustique et aérien. Pour peu, on voudrait presque s'offrir une chaise à Tokyo, comme dirait l'autre...
Puisqu'on est au rayon rattrapage des sorties digitales des dernières semaines, on ne passera pas sous silence un "charity download" qui fait plaisir. Silencieuse depuis presque 4 ans et le joli Jukebox, Cat Power revient sur la pointe des pieds, le temps d'une reprise... d'un de ses propres morceaux. Vous me direz, l'Américaine nous a déjà habitué à cette spécialité, puisqu'en plus de deux albums remplis à rabord de reprises (Jukebox, donc, et le plus dépouillé The Covers Record), elle s'était déjà essayé à l'excercice de revisitation - plutôt que d'auto-célébration - en s'emparant du bon vieux Metal Heart, tiré de Moon Pix, il y a 4 ans.
Rebelote donc avec ce King Rides By, retrouvé sur le très bon What Would The Community Think? (dont je vous reparlerai à l'occasion, tiens). Plus musclé et saccadé que l'original, cette nouvelle version évite pourtant les détours bluesy-soul où Cat Power s'est parfois égaré, notamment sur le surrestimé The Greatest (l'album, hein, pas la chanson, qui, elle, est une merveille). Et si la vidéo met en scène un boxeur (remember le gant de boxe clin d'oeil à Mohamed "The Greatest" Ali), c'est pour la bonne cause également, puisque l'athlète qui s'échine n'est autre que Manni Pacquiao, boxeur philipain également élu au Congrès de son pays (bon, d'accord, moi non plus, je ne savais pas qui c'était avant d'aller sur Wikipédia). Ceci dit, l'important, finalement, c'est ce retour inespéré. Qui s'est doublé hier matin d'une très bonne nouvelle: l'Américaine sera en Europe pour trois dates cet hiver. Et fera halte à Genève le 7 février prochain - entre Helsinki et Istanbul - dans le cadre du festival Antigel et de l'écrin classieux du Victoria Hall. Un événement à ne pas manquer en attendant un possible nouvel album d'ici la fin de l'année.
PS: Et pour celles et ceux qui voudraient faire une bonne action, le MP3 de cette chanson est vendu au profit des associations The Festival Of Children et The Ali Forney House. Et peut s'acheter ici.
S'il y a bien une denrée internet qui ne connaît pas la crise, c'est la session musicale. Blogs spécialisés, médias traditionnels, réseaux sociaux divers et variés ou encore opérateurs téléphoniques, tout le monde y va de son concert "exclusif", entre showcases promotionnels et imitations maladroites des fameux Concerts à l'emporter de La Blogothèque. A tel point qu'on s'y perd... et qu'on perdrait presque de vue les meilleures séries du genre, des Daytrotter Sessions aux Black Cab Sessions.
A ce petit jeu, Télérama.fr tire son épingle du jeu en ce mois de novembre. Ici, point de mise en scène ou de mise en boîte inutiles. Juste deux caméras et une réalisation classique. Car c'est sur scène que ça se passe. Plus précisément sur celle du Trianon à Paris, quelques heures avant le concert qu'y donnait Bonnie 'Prince' Billy y donnait le 3 novembre dernier. Le barbu de Louisville se prête au jeu du "concert privé" et offre trois titres de haute tenue au magazine français. Le tout à l'image de sa récente tournée européenne, savant mélange de country à l'ancienne et de folk plus méditatif. D'un classique country enlevé (You Ask Me To) à un Quail & Dumplings au ralenti, en passant par un Cows parfait de retenue, l'ensemble se déguste avec délectation, dans la lignée du récent (et très bon) Wolfroy Goes To Town. C'est beau, poignant et plein d'un magnétisme rare.
Brave Men Run (In My Family), Death Valley ’69, Sacred Trickster, Calming The Snake, Mote, ‘Cross the Breeze, Schizophrenia, Drunken Butterfly, Starfield Road, Flower, Sugar Kane, Teenage Riot.
Douze morceaux, dont certains en auront marqué pas mal d'entre nous pour longtemps. C'était lundi à Sao Paulo. Le dernier concert de la tournée sud américaine de Sonic Youth. Le dernier concert du groupe new-yorkais peut-être. Douze morceaux pour une fin qui n'a rien de happy.
Il va falloir s'y faire: Herman Düne n'est plus Herman Düne. Je sais, vous allez me dire, on le sait depuis un petit moment déjà. Depuis le départ d'André Herman Düne. Et vous aurez raison. Sauf que je suis d'un naturel optimiste. Enfin parfois. Et que j'avais bien aimé le folk léger, quouqu'un peu débonnaire, de Next Year In Zion, deux ans après un Giant à réserver aux enfants. Bien sûr, ça n'était pas Turn Off The Light ou Not On Top, mais c'était déjà pas mal.
Sauf que cette année, Strange Moosic m'aura laissé bien froid. A l'exception peut-être d'une chanson. Tell Me Something I Don't Know, micro-tube aux accents vintage. Mais bon, peut-être n'est-ce qu'à cause de sa vidéo, prompt à parler à un fan de Mad Men (et au petiot qui est en lui et qui aimait bien les peluches). Jon Hamm aka Don Draper et une boule de poil turquoise qui taillent la route, c'est plutôt bonnard. De quoi me convaincre d'aller poser une oreille sur Herman Dûne lors de leur prochain passage en Suisse, au Romandie à Lausanne, le 17 novembre. Ou pas. Ce sera à voir.
C'était il y un peu plus de 15 ans. Un album signé d'un seul nom de famille, baptisé d'un seul mot. Boire de Miossec. Treize chanson (enfin quatorze en comptant un morceau caché très rock après quelques minutes de silence) qui faisaient l'effet d'un grand coup de balais dans le paysage de la chanson française. Un peu comme La fossette de Dominique A, 2 ans plus tôt, mais dans une veine plus "traditionnelle", moins tournée vers une certaine pop anglo-saxonne.
De Non non non non (je ne suis plus saoul) à Que devient ton poing quand tu tens les doigts, en passant par Regarde un peu la France, Recouvrance ou encore Evoluer en 3ème division, Boire s'écoute - se déguste? - encore très bien, 16 ans après sa sortie. Sans doute grâce à l'alliage parfait de textes affûtés et d'instrumentations économes, mais raffinées. Mots qui claquent, cynisme bien senti, guitares acoustiques, percussions rares. Tout ce qui manque à la suite de la carrière du Breton, en somme...
Et ce n'est pas le récent- et bien nommé - Chansons ordinaires qui y changera grand-chose. Tournant en rond, Miossec y refait son numéro de pop-rocker, façon Baiser, la fraîcheur en moins. Malgré quelques titres bien torchés, l'ensemble est convenu. Ou mieux, entendu. A l'image de cette Chanson pour les amis, dont le riff de guitare - soutenu par un piano bancal - évoque celui de Wake Up d'Arcade Fire, juste un poil ralenti (c'est encore plus frappant en live). Rien d'étonnant si l'on se replonge, justement, dans les notes de pochette de Baiser. Goguegnard, Miossec y remerciait, notamment, "le Centre Eurock de Fanch Danion et ses song books grâce auxquels on a fait ce disque en changeant simplement les grilles d'accords". Ça ne s'invente pas. Et ça n'invente rien donc. Reste un bon clip à la mode Groland, drôle et poétique à la fois. C'est déjà mieux que rien.
Sur le papier, l'affaire était risquée. Les deux plus gros égos du hip-hop us actuel, réunis pour un disque entier. Attention à la sortie de piste, entre choc des titans et excès démonstratifs. Pourtant, Watch The Throne tient la route sur la longueur, malgré quelques écarts dû, notamment, à un trop plein d'auto-tune.
Surtout, Jay-Z et Kanye West réussissent l'impossible: sampler un la voix d'un mort et en tirer une vie nouvelle. Sur le bien nommé Otis, Otis Redding et son Try A Little Tenderness se muent en gimmick imparable, rythmant un numéro de duettistes du plus bel effet. C'est chic, choc et classe. Et si ça enthousiasme, ça rend encore plus regrettable les ratés de l'album, notamment l'insupportable New Day, qui dérape en tentant d'appliquer le même traîtement à Nina Simone et son Feeling Good... dont la version auto-tune pousserait presque à reconsidérer la pénible version opéra-rock du même morceau offert par Muse il y a une dizaine d'années.
En voilà un qui ne chôme pas! Depuis le début de l'année, Will Oldham a déjà pondu près d'une dizaine de disques. D'un 45 tours de reprises (Merle Haggard et Roy Harper) à une collaboration avec les psychés The Phantom Family Halo, en passant par deux 10" carritatifs, un livre-disque avec Ashley Macomber, un duo avec l'ami Matt Sweeney ou encore un audio-livre (Slow Fade de Rudolph Wurlizer), difficile à suivre le barbu de Louisville. Et même quand il annonce (enfin) un nouvel album - et donc un format plus normal - il faut encore faire une petite spécialité. Et sortir un single digital, garni de 2 faces B inédites.
La bonne nouvelle dans tout ça, c'est que Quail & Dumplings, le premier extrait de Wolfroy Goes To Town, est une jolie réussite. Alors qu'une bonne moitié des chansons publiées cette année sont anecdotiques, Bonnie 'Prince' Billy semble avoir retrouvé la forme, entouré par une nouvelle armada de musiciens (parmi lesquels Angel Olsen, Ben Boye et Emmett Kelly de The Cairo Gang, Danny Kiely de The Picket Line, Shahzad Ismaily, ou encore Van Campbell). Résultat, une ballade folk hantée et terreuse, traversée soudain d'une grâce quasi mystique, avant de s'éteindre à la façon d'une flamme apaisée. Comme un mariage entre les différentes teintes explorées par Oldham ces cinq dernières années, depuis le magnifique The Letting Go. Une réussite! Et le mieux dans tout ça, c'est que pour avoir eu la chance de recevoir un lien vers un streaming de l'album, Wolfroy Goes To Town dans son entier maintient le niveau. C'est annoncé pour début octobre et l'automne promet d'être beau.
Drôle d'année pour les Flaming Lips. Et drôle de récolte. En 2011, Wayne Coyne et ses hommes ont multiplié les sorties en catimini et en éditions limitées, entre concepts décalés (un crâne géant en bonbon renfermant une clef USB) et collaborations en pagaille. Et si les premiers projets partagés avec Neon Indian et Prefuse 73 laissaient franchement sceptique, leur dernière réalisation aux côtés de Lightning Bolt redonne le sourire. Et pas seulement grâce à son titre hillarant, I'm Working At NASA On Acid. Mêlant à la perfection psychédélisme en diable et fureur électrique, ce "supergroupe" vaut tous les Superheavy du monde (mais oui, l'union de M. Jagger, D. Stewart, J. Stone et D. Marley...). Et donne plus que jamais l'envie d'entendre le successeur du toujours fascinant Embryonic, signé à quatre mains de plus pour l'occasion.
Mea culpa. Malgré ma chronique de disque hebdomadaire, je suis passé à côté de Fucked Up et son puissant David Comes To Life. Une faute avouée, rattrapée aujourd'hui et donc pardonnée, au moins à moitié. Alliant harcore tonitruant et mélodies pop, le groupe canadien trouve une alchimie aussi explosive qu'addictive sur son troisième album. Et renoue presque avec l'esprit des Pixies.
Car si David Comes To Life force l'admiration par sa construction façon concept-album et son souffle quasi ininterrompu, il fascine surtout par l'opposition sonique entre le chant gutural et énervé de Pink Eyes (Damian Abraham) et les refrains plus doux et poppy de Mustard Gas (Sandy Miranda). Un contrepoint qu'a bien saisi le réalisateur du clip de Queen Of Hearts, premier extrait de l'album, petit bijou qui met en scène des écoliers chantants bien plus marrants que les andouilles de Glee. C'est malin, arty mais pas trop et on savoure sans peine cette version tronquée dans les voix, tant l'énergie originelle transpire encore.
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