Tiens, j'ai loupé les Victoires de la musique cette année. Pourtant, aux débuts de ce blog, j'aimais bien y aller de mon petit commentaire sur le sujet, après comme avant. Mais là, je n'y ai même pas pensé. Heureusement, d'autres s'en chargent pour moi. En tête Les Inrockuptibles, décidément prêts à tout pour avoir des réactions sur leur site (note pour plus tard, mettre Hot Chip et Massive Attack dans mon top 3 de l'année en décembre, histoire de faire le plein de commentaires).
Reste à saisir l'occasion pour vous proposer cette vidéo dont j'ai souvent parlé ici, mais que je n'avais jamais pu vous montrer. Ou comment Dominique A change en direct les paroles de son Twenty-Two Bar histoire de fustiger une institution ronflante, au point que personne ne réagit. La qualité est ce qu'elle est, mais au moins cela fait une archive digne du meilleur de l'INA.
Gaëtan Roussel est un drôle de personnage au sein de la chanson française. Avec Louise Attaque, il a vendu des brouettes comme peu avant lui au pays de Johnny, en citant Violent Femmes dans le texte. Avec Tarmac, il s'est offert une parenthèse à la mélancolie ensoleillée couronnée de succès. Pour Alain Bashung, il s'est fendu d'une collection de chansons minimalistes aux racines terreuses et au charme enfantin, banco à nouveau.
En solo aujourd'hui, il n'est pas en solitaire pour autant et convoque en une dizaine de chansons ses héros et amis, de Gordon Gano (Violent Femmes) à Joseph Dahan (Mano Negra), en passant par Renee Scroggings (ESG), le tout produit par Tim Goldsworthy (DFA, ex-Mo Wax) et Julien Delfaud (Phoenix). Une véritable auberge espagnole qui part dans tous les sens tout en trouvant sa cohérence propre. Et sans surprise, le succès devrait à nouveau être au rendez-vous. Ce qui n'arrangera pas les affaires d'un musicien souvent décrié dans les rangs des rockeux AOC - chevelus comme bigleux - qui l'accusant de faire de la chanson à texte, qui de ne faire que plagier Violent Femmes.
Mouais. C'est oublier un peu vite quelques très belles chansons du bonhomme (au hasard, La ballade de basse). Ou l'avant - la variété, les chanteuses à voix - et l'après - la nouvelle scène, les chanteurs sans voix - Louise Attaque et ses belles références. Ou ne pas avoir eu 15 ans à cette époque-là. Surtout, c'est ne pas vouloir voir que ni plagieur, ni voleur, Gaëtan Roussel est avant tout un fan de musique qui exprime sa passion avec plus de classe et de modestie que l'affreux Pascal Obispo (remember, "Etre faaaaaaaaaaaaaaaaaaaaan"). Sans doute parce qu'il a meilleur goût. Sans doute parce qu'il préfère faire profil bas. Comme dans ce premier clip qui le voit disparaître parmi la foule des coureurs. Comme sur ce premier album solo qui le voit s'effacer derrière des musiciens aimés ou admirés.
Peut-être est-ce mon récent stage de voile dans le port de Valence, peut-être pas, mais j'aime bien le nouveau clip de Liars, entre la lapidation marine et le Sisyphe nautique. Inquiétant, absurde, éprouvant. Un peu comme la musique du groupe new-yorkais, jamais là où on l'attends, mais toujours riche en émotions partagées. Après le monolithique Drums Not Dead et le plus direct Liars, Sisterworld - annoncé pour début mars, mais leaké sur la toile depuis décembre dernier - renoue avec les torsions des débuts, tout en prenant soin de changer un poil le décor. Hautbois, violoncelle et autres instruments inattendus viennent grincer et bercer le rock de Liars, en pleine lumière ou plus discrètement, à l'image de ce Scissor dont on aurait tort de ne retenir que les vocalises décalées du début et le riff de guitare tranchant du refrain.
Some toys singing Laborantine ludique, Joy Frempong concocte un festin électronique aussi épicé qu'organique.
Tiens, tiens... La semaine dernière, je vous parlais de la B.O. composée par Karen O pour le film Where The Wild Things Are, y voyant un consensus intéressant entre musique pour enfants et musique tout court. La tendance se poursuit cette semaine avec un premier album surprenant signé de la musicienne suisso-ghanéenne Oy (de son vrai nom Joy Frempong).
Sur Fist Box Then Walk, la jeune femme de 31 ans déborde d'idées et d'énergies, enchaînant 26 piste en un peu moins d'une heure, concassant bidouillages électroniques et comptines enfantines. On pense à Camille, un peu, pour l'élasticité insouciante de la voix, à Leila, parfois, pour les sonorités et les frictions synthétiques, à Micachu, aussi, pour la verve lo-fi et l'imaginaire au pouvoir. De belles références pour un album à la fraîcheur bienvenue dans cet fin d'hiver plutôt décevant pour les musiques électroniques (je pense bien sûr au ratage Hot Chip et au décevant Massive Attack). Et en attendant de le découvrir, je vous laisse avec ce bref trailer qui rend plutôt bien l'univers de Oy.
Quelque chose serait-il en train de se passer en Suisse? Depuis quelques mois, on sent poindre une scène indie qui se détache d'un sempiternel passé glorieux (Favez, Honey For Petzi) et des chemins FM balisés (Lovebugs), pour leur préférer une veine contemporaine, évoquant ce qui se passe chez nos amis britons et amerloques.
On avait eu le garage-rock estampillé Gibus des Mondrians, puis le post-punk interstrokes de Josef Of The Fountain, voici aujourd'hui la dream-pop shoegaze de My Heart Belongs To Cecilia Winter. Lancé l'année dernière avec un EP 5 titres, le trio berno-zurichois laissait augurer de bien jolies choses. Attendu dans une dizaine de jour avec un premier album, il fait mieux que confirmer cette première attente. Au point qu'un critique berlinois n'hésite pas à en faire les nouveaux Arcade Fire. N'exagérons rien. My Heart Belongs To Cecilia Winter évoque peut-être par instants la bande à Win Butler et Regine Chassagne, mais Our Love Will Cut Through Everything fait mieux que de surfer sur la vague, lorgnant aussi bien vers la scène indie rock us actuelle que du côté de Jesus and Mary Chain ou Sigur Rós.
J'en reparle très bientôt ici. Et vous laisse découvrir un premier extrait en attendant.
Avant de publier une interview d'Arnaud Fleurent-Didier demain, on s'écoute France Culture, petit tube de ce début d'année, qui divise, fait parler, un peu partout sur le net. Et on admire l'économie de moyen de la vidéo. Comme pour mieux coller à la tonalité neutre du chant, le déroulé de la liste, ou pour rompre avec la vidéo bling-bling, ressuscitée à l'ère de YouTube.
Une bonne manière d'en rester au texte, que je ne résiste pas à recopier in extenso ici:
Il ne m'a pas appris l'anglais, il ne m'a pas appris l'allemand, ni même le français correctement, elle ne m'a pas parlé des livres, de l'histoire des idées, pas de politique à suivre, pas de mouvements de pensée, elle ne m'a rien montré de pratique, ni cuisine, ni couture, faire monter une mayonnaise, monter une SARL, tenir un intérieur, il ne connaissait pas grand chose en mathématiques, ni équation de Schrödinger, mais pour être honnête, on avait veillé à que je perfectionne mon revers a deux mains, que je fléchisse bien sur mes jambes, mais ça n'est pas resté,
ça n'est pas rentré, on m'a donné un modèle libérale, démocratique, on m'a donné un certain dégout, disons désintérêt de la religion., mais il ne m'a pas dit à quoi servait le piano, ni le cinéma français qui pourtant le faisait vivre, elle ne m'a pas dit comment ils s'étaient mariés, trompés, séparés, ni donné d'autre modèle à suivre.
On ne m'a pas parlé de Marx, rival de Tocqueville,
ni de Weber, ennemi de Lukács,
mais on m'a dit qu'il fallait voter, elle ne m'a pas caché l'existence mais a tue celle de
Rousseau, de Proust, de Mort à Crédit, ils n'ont fait aucun commentaire sur mai 68, ni commentaire sur la société du spectacle, mais ils savaient que Balzac était payé à la ligne et qu'on pouvait en tirer un certain mépris, ils ne connaissaient pas d'histoires de résistance ou de Gestapo mais quelques arnaques pour payer moins d'impôts, ils se souvenaient en souriant de la carte du PC de leurs pères mais peu de De Gaulle, une blague sur Pétain, rien sur Hitler, ils avaient connu le monde sans télévision mais n’en disaient rien, ils n'avaient pas voulu que je regarde Apocalypse Now mais je pouvais lire Au cœur des Ténèbres,
je ne l'ai pas lu, on ne m'a pas dit que c'était bien.
On ne m'a pas dit comment faire avec les filles, comment faire avec l'argent, comment faire avec les morts, il fallait trouver comment vivre avec demi frère, demi sœur, demi morts, demi compagnes, maîtresses et remariés, alcoolique, pas français, fils de gauche, tu milites, milite, fils de droite,hérite, profite,
on ne m'a pas donné de coups, on m'a sans doute aimé beaucoup, il n'y avait pas de choses à faire, à part peut-être polytechnicien, il n'y avait pas de choses à ne pas faire, à part peut-être musicien, elle m'a fait sentir que la drogue était trop dangereuse, il m'a dit que la cigarette était trop chère, elle m'a dit qu'une fois elle avait été amoureuse, elle ne m'a pas dit si ça avait été de mon père.
Elle ne m'a pas dit comment faire quand on se sent seul, il ne m'a pas dit qu'entre vieux amis, souvent, on s'engueule, on s'embrouille, que tout se brouille, se complique, qu'il faudrait faire sans, elle ne m'a rien dit sur Freud et j'ignore Lacan, pas de conseils ni de raisons pratiques, pas de sagesse des familles, pas d'histoires pour faire dormir les enfants, pas d'histoires pour faire rêver les grands, il ne soufflait mot de la nouvelle vague ni de ce qu'on voyait avant, mais parlait du Louvre comme d'un truc intéressant, on ne disait rien sur Michel Sardou, mais on devait aimer Julien Clerc, on m'a parlé d'un concert, sinon, je ne sais rien des pauvres, je ne sais rien des restes d'aristocrates, je ne sais rien des gauchistes, je ne sais rien des nouveaux riches, on ne parlait pas de cathos, ni de juifs, ni d'arabes.
Il n'y avait pas de chinois.
Elle trouvait que les noirs sentaient, elle n'aimait pas les odeurs.
Lui, lui s'en foutait.
Country à l'anglaise Un peu de folk hippie, un peu de lyrisme rock et un poil de mélodies limpides, Mumford & Sons tient plutôt bien la route.
Aux premières mesures, on se croirait chez Fleet Foxes. Puis soudain le carcan se fendille. La voix renie les pastorales, se veut plus emphatique, à la façon d'un Michael Stipe éduqué en Albion. Enfin, le feu d'artifice finale ose un lyrisme assumé, ample mais sans grandiloquence, à la manière d'Arcade Fire.
Avec ce cocktail, les Anglais de Mumford & Sons ont des beaux jours devant eux. Et un contrat chez Island dans la poche déjà. On ne s'en plaindra pas, tant Sigh No More, leur premier album, tient bien la route, dans la ligne actuelle mais avec une réelle qualité d'écriture.
Y a pas photo. J'ai écouté des milliers de chansons cette année et aucune ne m'a scotché comme celle-ci. Et pourtant... J'ai essayé de résister, j'ai fait la fine bouche, je l'ai entendue massacrée sur scène, mais j'y reviens toujours, pris dans cette transe où se télescopent basses maousses, rythmes tribaux, choeurs beach-boyesques et synthés technoïdes. Rien à faire. In The Flowers restera ma claque 2009 et peut-être même plus, morceau aux allures de feu d'articice sonore quand soudain tout se met en place après 2 minutes 30. Cette vidéo aussi bout de ficelles que la chanson est un bijou de production a finalement des airs de piqûre de rappel inutile...
Je ne m'étendrai pas ici sur l'importance du premier album de The Stone Roses. Ceux qui le connaissent savent très bien de quoi je parle. Quant aux autres, ils ont tort, vivent dans l'obscurité et feraient bien de réparer cette erreur. Ne serait-ce que parce que The Stone Roses évoquent des Beatles qui auraient engagé Jimi Hendrix à la guitare.
Je ne m'étendrai pas non plus ici sur la réédition de ce même premier album qui sort ces jours-ci. On peut être partagé sur l'intérêt du remastering, reste que cette fois-ci il fait sens. Le son est enfin à un niveau acceptable, plus clair aussi, moins "métallique", et l'équilibre entre les instruments - entre la part de pop et la part de groove - est réjouissant. Quant au CD de démo qui accompagne les éditions en coffrets, son intérêt est un brin anecdotique tant ce premier album se suffit à lui-même (quoique l'ajout de Fools Gold en bonus track le complète idéalement).
Je m'étendrai par contre sur le DVD qui accompagne également les coffrets. Passez les vidéos promotionnelles qui démontrent qu'on peut faire trois clips avec un seul tournage, le concert au Empress Ballroom de Blackpool vaut le détour. On y découvre The Stone Roses tels qu'ils étaient: quatre garçons dans le vent, insolents et indolents à la fois. A la manière d'un autiste, Reni apparaît recroquevillé sur sa batterie, le bob sur le regard. Tout aussi absent, Mani erre dans son coin de scène, accroché à son irrésistible basse. Quant à Ian Brown, il toise la foule d'un regard vide, presque ahuri, chante hors du ton mais avec une gouaille qui suffit à l'oublier. Enfant prodige aux mimiques simiesques, il termine le concert assis à même le sol, baguettes en mains, frappant des tam-tam comme en transe. Mais le plus fascinant des quatre reste toutefois John Squire, force tranquille et virtuose du groupe. Concentré, le guitariste enchaîne les riffs et autres orfèvreries, sans pose ni frime. Si la machine Stone Roses décolle, c'est grâce à lui, même s'il garde la tête basse.
Malgré une image crade, voire indigente, ces 45 minutes de concerts filmés justifient à elles-seules l'achat de la version remasterisée du premier album de The Stone Roses. Histoire, pour ceux comme moi qui n'ont jamais vu le groupe sur scène (j'avais 9 ans), de mieux comprendre encore la portée prophétique de ce combo alchimique.
Une scène de Blue Velvet, tel un petit sommet d'étrangeté lynchienne rehaussé d'une petite perle de Roy Orbison. Rien à ajouter (si ce n'est de vous recommander l'écoute de la version complète sur n'importe quelle bonne compilation de ce brave Roy.)
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