C'est le genre d'histoire qu'on commence à connaître. Un(e) musicien(ne) enregistre un ou plusieurs albums, ne trouve pas son public, disparaît - renonce, meurt ou se suicide - avant d'être (re)découvert et adulé. La liste s'allonge d'année en année. Des perles, bien sûr - en vrac, Nick Drake, Karen Dalton, Bill Fay - mais aussi d'autres plus anecdotiques.
Que le cinéma s'en empare n'est pas nouveau non plus. Comment mieux écrire la légende? Surtout si elle est plus belle que l'histoire. Là aussi, du bon et du moins bon. Du poignant The Devil And Daniel Johnston au mythique Dig, en passant par le plus léger Story Of Anvil. Manière de décupler la reconnaissance souvent, de la faire passer des colonnes de Mojo aux rayons de la Fnac.
Rien de neuf, donc, au moment de découvrir Sugar Man, documentaire de Malik Bendjelloul consacré à Sixto Rodriguez. Et pourtant...
Si l'histoire de Rodriguez est aussi belle qu'une légende, elle méritait d'être écrite avant tout pour sa musique.
D'abord il y a cette musique, limpide, évidente, qui a le souffle d'un Dylan urbain, servie par des arrangements à la patine subtile. Dès le gimmick de Sugar Man, on retrouve l'émotion ressentie à la première écoute de Cold Fact, les frissons déjà.
Et puis il y a l'homme, humble, simple, sage. Raconté par ses proches et ses fans. Ses chansons, ses mots, sa voix seulement, sa silhouette un instant, jusqu'au dernier tiers du film, quand il parle enfin, homme de peu de mots.
Enfin, il y a cette histoire, unique, surprenante, si fantastique qu'elle semble inventée. Deux disques enregistrés qui ne trouvent pas leur public (six copies vendues à en croire l'ancien directeur de Sussex Records). Et la reconnaissance 30 ans plus tard. Sauf que cette reconnaissance-là ne doit rien à la vague des rééditions. Non. C'est un autre public qui plébiscite Rodriguez, inattendu. Une certaine jeunesse d'Afrique du Sud, où le disque se serait écoulé à plus de 500'000 exemplaires dans les années 70 et 80, jusqu'à y faire de Rodriguez l'égal d'Elvis ou des Beatles. Même si on ne sait rien de lui. Même si on croit qu'il est mort. Jusqu'à ce que quelques passionnés retrouvent sa trace.
C'est cette histoire que raconte Malik Bendjelloul, ni hagiographique, ni mythique. Une quête de fans, patiente et laborieuse, un peu folle aussi. Une quête d'avant internet, imaginez, atlas de dix kilos dans les mains, pochettes de disques et paroles de chansons pour uniques indices. L'enquête n'a rien d'un polar, mais on s'y attache, jusqu'au dénouement, la gloire enfin, aux antipodes de ses racines.
Couronné à Sundance, Sugar Man annonce une nouvelle résurrection pour Sixto Rodriguez, après l'Afrique du Sud et les rééditions de Light In The Attic. Venu discrètement en Europe il y a 4 ans - le temps d'un concert poignant aux Transmusicales, notamment - le musicien de 70 ans pourrait bien être la coqueluche des festivals 2013. Et prétendre au succès mainstream. C'est mérité pour l'homme. Et pour Sugar Man, Crucify Your Mind, I Wonder et toutes ses chansons qui connaissent enfin la gloire. Car si l'histoire est aussi belle qu'une légende, elle méritait d'être écrite avant tout pour sa musique.





























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