Allez savoir pourquoi, George Harrisson a toujours été mon Beatles préféré. Peut-être juste par goût de la contradiction au début, puisqu'il était de bon ton de choisir son camp entre Lennon et Macca, et que ma mère possédait des vinyles solo de Ringo (je reviens de loin, oui). Pour ses chansons ensuite, Here Comes The Sun d'abord, puis While My Guitar Gently Weeps, Something ou encore Taxman. Pour le personnage enfin, inventeur des concerts géants à vertus caritatives, producteurs des Monty Python, précurseurs des pélerinages en Inde, mais finalement toujours, ou presque, le plus discret des Fab Four.
C'est de l'homme plus que du musicien que Martin Scorsese tente de dresser le portrait et de percer le mystère dans George Harrisson - Living In The Material World, nouveau documentaire qui fait suite à ses travaux sur Dylan (No Direction Home) et les Stones (Shine A Light). Pourtant, c'est bien la musique qui sert de fil conducteur à la première partie du film. L'ascension des Beatles, la folie qui les entoure et George qui tente de composer des chansons comme ses aînés Paul et John, mais peine à les imposer. Les commentaires de ceux qui l'ont côtoyé à cette époque (Klaus Voorman, Eric Clapton, Paul et Ringo, of course), ainsi que quelques extraits d'interviews passées d'Harrisson n'en disent guère plus sur le personnage, laissant le mystère sur l'homme tandis qu'on se souvient du musicien.
Et puis il y a la seconde partie, celle consacrée à la vie post-Beatles. Et soudain, George Harrisson trouve un nouveau visage. Ou de multiples visages, plutôt. Il y a George le jardinier, s'occupant de son domaine de Friar Park. George le boulimique, alignant les albums, inspirés ou non, après tant d'années de frustration sous la coupe de Lennon et McCartney. George le spirituel, passant de la cithare à la méditation transcendentale, d'Hare Krishna au Monty Python. Ou encore George le paradoxal, récoltant des fonds pour le Bangladesh, fuyant le monde matériel, mais adorant les voitures et fraudant le fisc britannique (on écrit pas Taxman pour rien).
Reste qu'au final, c'est George Harrisson, l'homme, qui marque le plus les esprits. Celui que racontent ses amis, plus ou moins proches, à mesure que le film avance. Celui capable de réunir Roy Orbison, Tom Petty, Jeff Lynne et Bob Dylan pour enregistrer une simple face B (avant d'en faire Traveling Wilburys). Celui qui hypothèque sa maison pour produire en catastrophe La vie de Brian. Ou encore celui qui joue au mariage d'Eric Clapton avec... son ex-femme. Une "aura", comme aiment à le répéter nombre d'intervenants de ce documentaire. Un "ami" aux nombreux amis, capable de réunir autour de lui des gens d'horizons divers. Et de leur laisser à tous un souvenir marquant, un manque impossible à combler. De Jackie Stewart à Ringo Starr, on sent l'émotion dans leur voix au moment de raconter leur George Harisson. Après un peu plus de 3 heures, le mystère reste entier. Mais on l'aura approcher de tant de façons qu'on croit en avoir saisi un peu plus quand même.


























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