Cette année, Explosions In The Sky aura plus fait parler de lui pour un concert agendé le 11 septembre que pour son dernier album, Take Care, Take Care, Take Care. Une photo fait le tour du net, un disque sort en toute discrétion. Normal, me direz-vous. Dans le premier cas, la juxtaposition de la date et du nom du groupe fait un effet humour noir plutôt poilant (ou fâcheux, c'est selon). Alors que dans le second, le mariage de formules connues et d'orfèvreries étudiées crée un effet de redite un poil ennuyeux. Certes, mais...
Si ce cinquième ne recèle guère de surprise, chantre d'un post-rock classique fait de tressages mélancoliques pour six-cordes, de crescendos attendus et de climax épiques, presque héroïques, la qualité d'écriture reste au rendez-vous. Surtout, au contraire de campistrons comme Mono ou Red Sparrowes, Explosions In The Sky cultive son propre sillon, mélange hybride qui marie les brumes cold-wave à des rythmiques façon militaire, les saturations musclées à des orfèvreries délicates. Il y a à la fois un souffle puissant et un art subtil de la mélodie chez les Texans. Et si l'effet est moins éclatant sur disque qu'auparavant (ma préférence ira toujours à Those Who Tell The Truth Shall Die/Live Forever), Explosions In The Sky reste un bon groupe de scène, intense et électrique, à télécharger légalement et gratuitement ici par exemple et à (re)découvrir le 8 novembre aux Docks de Lausanne (avec en plus, bonus non négligeable, leurs excellents compagnons de label The Drift en première partie).
Parfois, le net recèle de vrais trésors. La semaine dernière, je vous parlais du concert de The Ex with Brass Unbound à la Dampfzentrale. Dans les commentaires, un lecteur rencontré à un précédent concert du groupe hollandais donnait son avis et partageait un lien pour télécharger le concert. Merci à lui. Car en plus d'offrir un bootleg - au son plutôt moyen - du concert de mardi dernier, Swiss Tapes a des airs de caverne d'Ali Baba, du moins pour les mélomanes suisses d'aujourd'hui et d'hier, comme une terre promise pour Helvète underground.
En vrac, ce blog plein à rabord de bootlegs proposent des enregistrements rares et précieux, de Sonic Youth à la Grande salle d'Entrebois à Lausanne (1983) à Gun Club au Kaufleuten à Zurich (1988), de Bérurier Noir au Dachstock à Berne (1988) à Grinderman aux Docks à Lausanne (2010). Sans oublier Swans, Iggy Pop, The Fall ou encore Melvins, tous capturés sur bandes lors de leur(s) passage(s) en Suisse. La qualité n'est pas toujours au rendez-vous - entre broadcast FM, audience recordings et autre DAT - mais c'est aussi ça le charme du bootleg. Surtout quand c'est historique, ou presque. C'est gratuit, pas forcément légal, mais on ne va pas s'en priver pour le coup.
Souvenez-vous, il y a 5 ans, je vous proposais une compilation regroupant quelques uns de mes artistes suisses favoris. Parmi eux, Opak, duo veveysan, entre electro et post-rock (et quelques autres styles encore). Depuis, le groupe n'a plus donner de nouvelles, si ce n'est quelques concerts ces derniers mois, annonciateurs d'une reformation... ou d'une conclusion plus belle.
Dépouillés, presque nus, ces 6 titres laissent la vedette aux six-cordes acoustiques, renforcées par quelques arrangements discrets à l'arrière-plan, mais presque orphelines de rythmes, à l'exception de quelques clappements sur Mosses et Seeding. Reste que malgré ce canevas économe, l'effet dégagé évoque à nouveau quelques héros d'Ici d'ailleurs (Madrid, Matt Elliott) - à l'image de l'hypnotique et magnétique Deforestation- sans pour autant tomber dans le piège du mimétisme. Plus planant qu'atmosphérique, léché mais sans esbrouffe, jamais minimaliste malgré les apparences, The Cherry Wood EP s'avère aussi accueillant qu'hanté, entre la parenthèse apaisée et un retour aux affaires sans prétention mais qui laisse présager le meilleur pour la suite. On se réjouit.
Paléo bouclé, un vent de calme souffle sur la Suisse romande... pour quelques semaines au moins, avant la grande réplique aoûtienne. En attendant le For Noise, le Jval et autre Nox Orae, on en profitera donc pour revivre quelques uns des meilleurs moments de la semaine dernière. Et on cliquera sur le site des festivals de la RTS, riche en enregistrements audio et vidéo, librement écoutables, voire téléchargeables. Beirut, Ventura ou encore Anika font partie de cette sélection. Pour ma part, je ne me lasse pas du très bon concert de BEAK>, plein d'une électricité noire et de structures hypnotiques, à la façon d'un krautrock contemporain. Un concert qui s'écoute sur cette page et se télécharge par là.
Tandis qu'Arcade Fire s'époumonait en vain sur la scène du Montreux Jazz Festival, on pouvait découvrir sur le net un très bon concert en studio de Radiohead. Enregistré pour l'émission From The Basement, ce live devrait permettre à quelques uns de réévaluer le récent The King Of Limbs, un peu vite taxé de décevant par certains médias.
Les huit chansons de l'album gagnent en magnétisme et en énergie ici, complétées par deux inédits tout à fait dans l'esprit, l'un ancien (Daily Mail), l'autre tout neuf (Staircase). Radiohead est maître de son art, renforcé ici par un second batteur, Clive Deaver, également aux fûts pour Portishead. C'est fin, précis, hypnotique et parfois aérien, d'une richesse instrumentale sans esbroufe, traversé d'influences parfaitement digérée. Et ça se regarde avant qu'il ne soit trop tard, puisque les gardiens de la Toile semble bien décidé à renvoyer cette vidéo dans les limbes...
EDIT: Comme prévu, YouTube vient de dégager cette vidéo. En voici donc une autre, piquée chez DailyMotion. En espérant qu'elle durera plus longtemps...
Il y a comme ça des injustices. Vous pouvez retourner dans tous les sens les affiches des festivals suisses de l'été, vous n'y trouverez pas Okkervil River. Et si vous secouez un peu la carte de l'Europe, ce ne seront que trois dates qui en sortiront (en Norvège, en Allemagne et à Saint-Malo). Un peu comme ce printemps, où la feuille de route du groupe d'Austin se limitait à sept dates européennes, plantées au milieu d'une impressionnante tournée américaine. Un drôle de paradoxe, au moment où I Am Very Far récolte des lauriers sur le Vieux continent, imposant enfin comme ils le méritent Will Sheff et ses acolytes. Mais bon, allez savoir si ce sont les salles européennes qui n'en veulent pas ou eux qui n'aiment pas voyager...
Pour ma part, j'ai eu la chance d'assister par hasard, ou presque, à l'un des concerts printanniers d'Okkervil River. En vacances à Stockholm en mai dernier, je jetais un oeil au programme des concerts de la capitale suédoise sur Last.fm, pour découvrir que le groupe de Will Sheff jouait dans un club, juste en face de mon hôtel. L'occasion de constater que le public suédois est formidable de respect et d'énergie, et, surtout, que même sans Jonathan Meiburg, Okkervil River tient toujours très très bien la route sur scène. Pour peu, le concert était presque aussi bon que la formidable prestation du groupe à Fri-Son en 2007. L'effet de surprise en moins, mais le charisme de Sheff un cran au dessus - dans le genre troubadour geek, il fait très fort - le combo d'Austin a fait parler sa science folk-rock pendant près de 2 heures, alternant titres tirés de I Am Very Far (dont certains gagnent sur scène) et ritournelles increvables (de Unless It Kicks à Our Life Is Not A Movie, en passant par l'incontournable Lost Coastlines Or Maybe). Sans oublier l'irrésistible John Ally Smith Sails et son final emprunté à la tradition populaire - la même où avait pioché Brian Wilson pour son Sloop John B - hymne à reprendre en choeur, malgré le décalage des paroles. Car oui, un concert d'Okkervil River, c'est tout sauf "The worst trip I've ever been on".
Hier c'était la Fête de la musique. Avec une majuscule. Une invention de Jack Lang, en 1982, censée fêter la musique. Mouais... Des groupes pas très bons jouaient dans la rue et les gens faisaient des blagues sur l'annulation du concert d'Amy Winehouse à Paléo (au choix saoul music, bois un coup c'est un conseil d'Amy ou encore c'est les barmen qui vont tirer la gueule).
Hier Ici d'ailleurs... lançait son nouveau site internet. Avec une majuscule et trois petits points. Un label qui fut, à la fin des années 90, avec Lithium et quelques autres, l'un des fers de lance d'une nouvelle scène française (rien à voir avec la nouvelle chanson française que certains s'évertuent à appeler nouvelle scène, hein). Madrid, Bästard, Yann Tiersen ou encore The Married Monk, le catalogue Ici d'ailleurs... avait plus de gueule que 30 Fêtes de la musique réunies.
Discret un temps, revenu sur la pointe des pieds ces derniers mois, le label nancéen offre une e-compilation gratuite pour marquer le coup, en échange d'une simple inscription. Des remixes et des titres rares ou inédits de quelques historiques (Yann Tiersen, Matt Elliott), des nouveaux venus inespérés (Dälek), des projets spéciaux (This Immortal Coil) ou le dernier venu Chapelier Fou. Mieux qu'une madeleine, une bonne nouvelle, preuve de la vitalité retrouvée d'un label d'exception. On attend maintenant suite avec impatience... avant la prochaine Fête de la musique.
Je me suis assez souvent épanché ici sur ma lassitude devant les cris et autres crissements de Silver Mt. Zion à travers le temps, et ce quelles que soient la consistance et la longueur de leur nom. Reste que je n'en renie pas pour autant le groupe montréalais, ni le plaisir que me procurent encore ses premiers albums, He Has Left Us Alone but Shafts of Light Sometimes Grace the Corner of Our Rooms… et "This Is Our Punk-Rock," Thee Rusted Satellites Gather + Sing, en tête.
Le premier, d'ailleurs, restera comme un choc à l'époque de sa sortie, tranchant avec la puissance orchestrale de Godspeed You! Black Emperor, pour lui préférer un minimalisme froid, évoquant presque quelques compositeurs venus du froid hébergés chez ECM. Et si beaucoup relevaient à l'époque - et par la suite plus encore - l'apparition de voix dans la musique d'Efrim Menuck, peu furent attentifs aux textes, qui tranchaient pourtant avec le calme apparent de la musique. Sur Movie (Never Made), une brusque montée laisse ainsi l'auditeur cloué, entre espoir fou et vengeance sourde: "Let's kill first the banker with his professional demeanor. Let's televise and broadcast the raping of kings. Let our crowds be fed on tear gas and plate glass. 'cos the people united is a wonderful thing". C'est dit.
Certes, d'aucuns vous rétorqueront que l'image est un peu forte, trop jusqu'au-boutiste, manquant de nuance, un poil cliché, j'en passe et des meilleurs. Je ne leur donnerai pas forcément tort. Reste qu'on aurait pu dire pareil pour les paroles de Thirteen Blues For Thirteen Moons, tiré de l'album du même nom sorti en 2008. A la réécoute, pourtant, le chorus final prend une toute autre saveur, quasi prophétique en ces temps de scandale DSK, pour son enragé "The banker rapes a maid". Comme quoi... (Remarquez, vu la prononciation d'Efrim, pas sûr que cela se comprenne vraiment en live.)
Ceci dit, parmi la soixantaine de concerts du groupe canadien disponibles dans le grenier d'Archive.org, je vous recommanderai plutôt un set tiré de la tournée qui suivit la sortie de "This Is Our Punk-Rock" etc., ma préférée jusqu'ici. Non seulement, A Silver Mt Zion y semblait au meilleur de son art, mais les morceaux du futur Horses In The Sky y brillaient d'un feu perdu au moment de l'enregistrement studio. Comme sur ce live lyonnais, qui a maintes fois usés ma platine à l'époque.
Parmi les désormais "traditionnelles" reformations de l'année - de Pulp à Diabologum (un concert unique - "pour l'instant" - annoncé pour le dernier week-end d'octobre à Vendôme dans le cadre des Rockomotives) - le retour d'Electrelane n'a pas fait grand bruit. Peut-être parce que le hiatus même des quatre Anglaises n'avait guère fait parler de lui, malgré une poignée d'albums de bonne tenue, dont le très bon Axes en 2005, slalomant entre post-punk énervé (la reprise sonique de The Partisan), noise, krautrock et tango piazzollien bruitiste (Eight Steps).
Reste que le groupe de Brighton - contrairement à Pulp ou Diabologum ("pour l'instant") - sera en Suisse cet été, dans le cadre d'un festival qui lui aussi jusqu'ici n'a pas fait autant de bruit qu'il le méritait. Voisin du Heartland de Vevey, né la même année, le Nox Orae se tiendra cette année sur deux soirées, pour sa seconde édition, les 13 et 14 août prochain, dans le Jardin Roussy à la Tour-de-Peilz. Et si seul le nom d'Electrelane a pour l'instant filtré - pour le reste, le site du festival annonce la programmation du samedi "prochainement" et celle du dimanche "tout soudain" - on fera confiance à l'équipe de Nox Orae pour compléter avec goût une affiche résolument indie-rock, notamment si l'on jette un oeil sur la prog de la Route du rock de Saint-Malo le même week-end.
Et pour patienter, vous pouvez profiter d'un ancien live d'Electrelane, enregistré en 2005, en espérant que la tournée 2011 soit à la hauteur. En écoute et en téléchargement ici.
J'écris peu sur les concerts que j'ai vus. Un peu plus sur les festivals, mais peu ou pas sur les concerts en clubs. Parce qu'il n'y a pas toujours de quoi noircir une page (alors qu'en festival, une ou deux anecdotes par groupe suffit déjà à faire un long texte) ou se répandre sans ennuyer ses lecteurs. Ou même pas de quoi raconter quelque chose d'exceptionnel, tant les prestations sont de plus en plus passe-partout, entre show bien rôdé, promo du dernier album ou performance anecdotique, fruit d'un artiste pas encore bien dégrossi.
Cette petite introduction pour vous faire remarquer combien ce petit texte sort de l'ordinaire ici. Et ce que le groupe qui l'a fait naître doit avoir d'extraordinaire. Un groupe qui, "dans un monde idéal serait le groupe préféré de tout le monde", selon la jolie formule de Mogwai. Low, donc, qui jouait lundi dernier au Lido à Berlin et que j'ai eu la chance de voir là-bas, vu que le groupe de Duluth ne passait pas par la Suisse ce printemps. A moitié convaincu par le récent C'mon, j'y allais persuadé qu'Alan Sparhawk et Mimi Parker avait toujours de grandes choses à offrir en live. Et j'allais être servi.
Pourtant, la soirée avait mal débuté. A l'entrée du Lido, une petite pancarte annonce que la première partie - les folkeux à suivre de Dark Dark Dark - est annulée (mais que le groupe se produira un mois plus tard dans une autre salle berlinoise). Dommage pour la découverte. Mais tant mieux pour les fans de Low, puisqu'Alan Sparhawk annonce la couleur dès son entrée en scène: le groupe fera deux sets, histoire de "meubler" un peu la soirée. On peine à y croire et on attend de voir tandis que le concert démarre avec une première poignée de chansons tirées de C'mon (l'album sera joué en intégralité au final). De l'obsédant Nothing But Heart au fragile You See Everything, les nouveaux titres gagnent sur scène, porté par un Sparhawk plus spectral que jamais, fendant la brume de sa six-cordes électrique.
Résolument tourné vers le présent, Low alterne avec quelques titres de The Great Escape (Pissing, California, Monkey), album joué de A à Z pour quelques concerts l'année dernière. C'est beau, atmosphérique et noir à souhaits, même si le groupe semble ne pas vouloir s'écarter de sa setlist habituelle, revenant à C'mon pour un joli Try To Sleep et un habité 20$. Avant de boucler l'affaire après un peu plus d'une heure, Sparhawk annonçant toutefois qu'il ne s'agit là que d'un break et que nous aurons bien droit à un second set d'ici un petit quart d'heure.
Chose promise, chose due: généreux, Low est de retour. Franchement, quel autre groupe se serait donner la peine de remplacer lui-même sa première partie! Avant de redémarrer, Sparhawk accueille tout d'abord un "ami", "qui a un message à communiquer". Suit un homme un peu timide, qui annonce être venu du Mexique pour voir le groupe, cite la phrase de Mogwai au passage, puis sort une bague et demande sa copine en mariage. Elle monte sur scène et dit oui, sous les applaudissements du public. Se marier sous l'égide de Low, c'est assez bizarre, mais bon, comme le crie un type au fond de la salle, "My love is for free, my love". On ne dira pas mieux.
Ce drôle de moment passé, le second set peut commencer, avec un poil de... C'mon, puis la magie. A la suite, (That's How You Sing) Amazing Grace et Sunflower, deux des meilleures chansons de Low, distillent un spleen magnétique, et libèrent soudain le groupe de sa feuille de route. A tel point qu'Alan Sparhawk ose ouvrir la porte à quelques "requests" (et rigole quand quelqu'un lui demande Canada, traditionnellement joué en rappel, notant que c'est un peu trop tôt pour s'arrêter). A la place, il accepte une demande - en allemand, s'il vous plaît, sur son insistance - et dépoussière Over The Ocean, ballade glaçante tirée du non moins glaçant The Curtain Hits The Cast. Avant d'aligner deux perles du méséstimé Drums And Guns, Murderer et Breaker. L'émotion est à son comble, mais ne retombe pas, au moment de dégainer Something's Turning Over, l'une des plus belles chansons du groupe et sans aucun doute ma chanson préférée entendue cette année. Le groupe aura joué presque deux heures et s'apprête à tirer sa révérence, malgré quelques nouvelles "requests", lorsque démarre la basse martiale de Canada, et sa rythmique monolithique. D'un coup, on retombe sur ses pieds, après avoir eu l'impression de vivre quelque chose d'unique. Ou du moins un petit moment de grâce. Pas sûr que ce texte soit à la hauteur de l'émotion qui m'a traversé lundi soir.
Et pour tous ceux qui n'auront pas eu la chance de voir Low cette année, un (bon) concert enregistré à Bruxelles est à télécharger librement et légalement ici. En attendant de les retrouver par chez nous cet automne peut-être...
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