Ambiance très différente au moment de rencontrer Valgeir Sigurdsson. Si son nom est moins connu que celui de Bardi Johansson, le musicien islandais peut se targuer d'avoir officié comme producteur pour des artistes de renoms, de Björk à Múm, en passant par le récent The Letting Go de Bonnie 'Prince' Billy.
Moins taquin et stylé que Bardi en apparence, Valgeir Sigurdsson se rapproche de ses compatriotes de Sîgur Rós, avec son sourire empli de gentillesse et de timidité. Mais attention, malgré cette ressemblance d'attitude et des consonances communes dans leurs patronymes, Sigur Rós et Sigurdsson n'ont jamais travaillé ensemble, même si bon nombre de bios sur le net laissent imaginer que oui. "Je ne sais pas à quoi c'est dû, mais c'est souvent le premier nom qui revient quand on parle de moi ou de mon travail, reconnaît Valgeir amusé. Mais je peux le confirmer, nous n'avons jamais travailler ensemble, même si j'aime bien leur musique."
Autre différence notable entre Sigurdsson et Johansson, l'ambiance de leurs studios d'enregistrement respectifs. Si celui de Bardi tenait de la chambre adolescente transformée en home-studio performant, ceux de Valgeir dégagent un sentiment bien plus professionnel, prenant la forme que l'on attend d'un studio. Cependant, les fenêtres qui entourent la pièce laissent découvrir de magnifiques arbres d'automne et un ciel étrange, rappelant qu'on se trouve en Islande.
Calme et affable, Valgeir revient volontiers sur ses dernières productions en date, afin d'expliquer sa manière de travailler. Pour Laurence Revey comme pour Will Oldham, il insiste ainsi sur l'idée de rencontre et de collaboration qui seule peut permettre de travailler ensemble. "Je ne cherche jamais à imposer ma personnalité ou mes idées dans la musique de l'artiste. J'apporte des suggestions, mais le but est de mettre en commun nos envies." Dans cette optique, il explique comment il a eu l'idée des cordes sur le dernier Bonnie 'Prince' Billy, tandis que ce dernier a eu celle d'intégrer une voix féminine à l'ensemble. "L'autre volonté que j'ai au moment de produire un artiste, poursuit-il, c'est que l'on puisse varier les ambiances sur l'album, tout en conservant une vraie cohérence. Je suis là pour permettre à l'artiste d'emprunter des directions diverses, mais en évitant que l'ensemble ne sonne comme 10 artistes différents!".
A côté de son activité de producteur, Valgeir Sigurdsson est encore musicien (il se produira en solo ce jeudi au Iceland Airwaves, avant un album annoncé pour le printemps prochain), mais aussi patron d'un petit label, Bedroom Community. La plupart des musiciens gravitant autour du label sont d'ailleurs réunis autour de la table de la cuisine, préparant la soirée qui leur sera consacrée au Iceland Airwavews cette semaine.
Histoire que je puisse me faire une idée de leur travail, Valgeir m'offre un exemplaire du premier album sorti sur le label, Speaks Volumes de Nico Muhly. Le résultat est déroutant, démontrant s'il le fallait encore, l'éclectisme de la scène islandaise. Point d'electro, de pop ou même de folk ici, mais de l'ambient qui se serait acoquinée avec la musique contemporaine. Entre violoncelle, clarinette et harpe, Muhly et ses musiciens tressent des climats cotonneux et dissonants à la fois, dont les structures distendues caressent l'oreille dans le même temps qu'elles l'égarent.
Une première sortie qui donne envie de découvrir la suite de ce catalogue islandais - bien que Muhly soit un Américain exilé sur l'île - abrité par Valgeir Sigurdsson dans sa maison, "Green House", nichée un peu en retrait du centre de Reykjavik. Un lieu hors du temps, pour des musiques elles aussi hors du temps.
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