La lalala lalala Fin de concert et hymne imparable pour Clues, l'une des belles découvertes du Festival des musiques émergentes d'Abitibi-Témiscamingue.
Vous vous en doutez, mon passage au FMEAT ne se limitait pas à faire joujou avec mon iPod et à écouter des disques dans l'avion. Je suis aussi aller voir des concerts (oui, je dis voir, n'en déplaise à Christophe Gallaz, choqué de ce que les gens aillent voir des concerts plutôt que les écouter). Et le moins que je puisse dire, c'est que je n'ai pas été déçu par la scène québécoise, malgré le décalage horaire.
Mercredi
Et pourtant, les choses avaient mal commencé avec le concert de Alfa Rococo, sorte de mélange entre le pire des eighties niveau mélodies (Indochine, Lio, Partenaire particulier) et le militantisme démago de Tryo dans les textes. Oui, j'exagère un peu, mais pas tant que ça. Heureusement, Ariane Moffat relève le niveau de cette première soirée en extérieur - froide, malgré les nombreux Québécois en T-shirt. Varié et dynamique, son show rend justice à son récent troisième album Tous les sens. Entre ritournelles tubesques (en tête Je veux tout) et compositions plus léchées (La fille de l'iceberg), Ariane Moffat parvient à insuffler un brin de pop à un univers de chanson, à la manière d'une Camille qui respecterait un peu mieux les formats canoniques.
Jeudi
Après cette soirée de mise en bouche, le festival semble bien lancé. Une impression confirmée par les Français Montgomery, l'un des quelques groupes étrangers invités au festival. Depuis leur premier album, les Rennais ont fait du chemin. Leur pop-rock carré et puissant fait mouche et leur manière de manier le français fonctionne aussi bien que... leurs hôtes québécois. Une posture plus efficace que leurs cousins ontariens Hollerado, perdus dans un rock poussif et désuet, évoquant des nineties mal digérées. De quoi réveiller mon jetlag mal digéré et me pousser à l'hôtel, tandis que débute le concert de Xavier Caféine, étrange mélange entre un punk, un rasta et quelques rockers bons teints.
Vendredi
Un repos fort utile pour le marathon du lendemain, ouvrant un week-end gargantuesque. Vu dans un café en fin d'après-midi, Le Roi Poisson se défend bien, mais sans grande originalité. On attendra donc Malajube pour le coup d'éclat. Et on reste sur sa faim... Malgré un Labyrinthe ambitieux et réussi - imaginez Muse en français et sans le gras - le groupe montréalais peine à trouver son rythme sur scène. L'interprétation est hésitante, manque de tonus et l'enchaînement des titres est décousu. Heureusement, le final rattrape l'affaire et accentue les regrets. Un soir sans pour Malajube, dommage. Mais la soirée se poursuit au Cabaret de la dernière chance - haut lieu nocturne de Rouyn-Noranda où on se sent obligé de boire une Fin du monde - avec le concert d'un tout nouveau groupe, For Those About To Love. Un combo formé par trois anciens de The Dears. Et ça se sent. A la manière du groupe montréalais, For Those About To Love varie les ambiances. Démarré sur les chapeaux de roue, le concert prend ainsi une tonalité pop soudaine, avant de plonger dans une lenteur lancinante qui évoquerait presque quelques corbeaux new-wave. Le tout en alternant les voix au micro et les instruments (le batteur aime bien la guitare aussi et vice et versa). Malgré quelques baisses d'intensité, la sortie convainc, de même que le premier album du groupe, offert en MP3 aux spectateurs venus avec leur iPod (chapeau bas les gars). Clou de la soirée, Clues (on admire le jeu de mots) boucle la boucle en beauté. Emmené par un ancien Unicors et un ancien Arcade Fire, le groupe signé chez Constellation parvient à merveille à alterner rock barré et refrains pour pub. Le public du Cabaret de la dernière chance ne s'y trompe pas et braille en choeur le "la lalala lalala" de Ledmonton, hymne rugueux et lo-fi que ne renierait pas le grand frère Arcade Fire. Même court, le set frappe fort et ponctue un vendredi soir d'exception (marqué aussi par Patrick Watson, malheureusement programmé à la même heure que Malajube... il faut faire des choix parfois).
Samedi
L'après-midi ensoleillée invite à la farniente au soleil. Et ça tombe bien puisque la presqu'île de Rouyn-Noranda accueille un Piknic Electronik. Démarré calmement aux sons de Williamson et Pax Kingz, l'événement trouve sa vitesse de croisière avec l'entrée en scène des trois électroniciens Le Matos. Arborant des costumes vintage en noir et blanc évoquant Devo relooké par Zara, le trio fait enfin se lever les festivaliers oisifs grâce à une electro-pop euphorisante. Acmé du set, leur remixe du hit Comme des enfants de Coeur de pirate remporte les suffrages. Un rendez-vous m'empêchera toutefois de poursuivre le Piknic et de découvrir les prestations de Poirier (ex-Mutek) et Omnikrom. Cet apéritif électronique tranche avec l'ambiance feutrée du Paramount, où la soirée s'annonce pop/folk et prometteuse. Premier venu, Berithan Berio rappelle Patrick Watson par ses atmosphères complexes et oniriques. Seul hic, là où le prodige de Montréal fascine par sa concision et sa légèreté, Berio se perd dans les méandres de sa virtuosité. A tel point que ses meilleurs moments sont ceux où il s'essaie au blues, oubliant ses tics de jazzman et les interminables soli offerts à chaque instrument. Un excès démonstratif dont on accusera pas Fearthership. Honnête combo pop-folk, le quintet québécois essaie beaucoup, mais réussit peu encore. Les ambiances post-rock que tente de créer le guitariste se perdent dans une pop trop sage, emmenée par la guitare acoustique. Au final, Feathership a les armes pour avancer, mais ne maîtrise pas encore leur maniement. Tout le contraire de Thus: Owls, groupe montréalais porté par une chanteuse suédoise. Onirique, flirtant avec quelques ténèbres esthétiques, sa musique dégage une atmosphère captivante dans laquelle on se perd sans regret, grâce à la qualité des arrangements qui parent ce magnétisme. Dificile après ça de rentrer tout à fait dans les derniers concerts du jour, du côté de la scène des Patriotes. Reste que Lake Of Stew et Left Lane Cruisers offrent un beau numéro d'americana local, les guitares rugueuses, la voix rauque à la manière d'apprentis Tom Waits.
Dimanche
Dernière soirée et éclectisme roi pour le FMEAT. Sur la droite, le metal est à l'honneur. Sur la gauche, c'est le hip-hop qui triomphe. Et au milieu, du jazz. Etonnant, non? Fatigué par quatre jours intenses, je choisis la voie du milieu et découvre le pianiste Oliver Jones dans un Paramount pris d'assaut et suffocant. Classique, virtuose et feutré, son trio assure, sans s'écarter des voies balisées du genre. Rien de grave tant l'ambiance de fin de FMEAT respire une énergie bon enfant, digne de ce public parmi les meilleurs côtoyé en plusieurs années de festival. L'émotion est là. Et pour la briser - ou la tordre un brin - rien de mieux qu'un dernier tour au Cabaret de la dernière chance pour le show de Radio Radio, fiers représentants de la scène hip-hop... acadienne. Si les Québécois avouent saisir 30% des paroles, votre serviteur se contentera d'un maigre 2%. "Lève les mains en l'air", "Y a de la place en masse dans mon jacuzzi" (prononcer djacoudzi) et... c'est à peu près tout. Pas grave tant les instrumentations de Radio Radio suffisent à faire passer la pilule acadienne, oscillant à merveille entre hip-hop old school et virées électroniques en vogue. Comme des TTC qui auraient oublié de prendre le melon et de se la jouer Daft Punk 7ème degré, par exemple. Une manière originale et finalement bien sentie de terminer ma virée québécoise, heureux d'avoir découvert un festival de qualité porté par un public et des organisateurs à la passion exeptionnelle.





























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