Calendrier de l'Avent

25/12/2006

1 - Liars

And the winner is...

Liars_2Liars. Oui. Drum's Not Dead. Un album qui fait mentir l'adage selon lequel les disques de début d'année ne s'ouvrent jamais les portes des classements de fin d'année. Sorti en février, il a depuis squatté ma platine à intervalles réguliers, dévoilant à chaque écoute quelque nouveau secret. Un parmi d'autres, pour la forme: The Other Side Of Mt. Heart Attack, dernier titre comme apaisé, chanson pop dont la mélancolie tranche avec le délire tribal qui la précède.

Un trip tribal donc, presque shamanique, annoncé dès le titre de l'album. La batterie n'est pas morte et s'en va nourrir un voyage hypnotique, à la noirceur vertigineuse. En un sens, Liars se fait soudain le croisement de plusieurs courants, de la no-wave au shoegazing, pour un banquet malsain à la table duquel on retrouverait Sonic Youth, Einstuerzend Neubauten, Animal Collective et même Radiohead.

Et si Drum's Not Dead joue en apparence la carte du concept album, avec les personnages récurrents que sont Mt. Heart Attack et Drum, il en évite constamment les écueils. Les thèmes et les mélodies se répètent, se répondent, mais jamais l'effet ne s'estompe, découlant comme logiquement de l'aspect monolythique de cet album. Un monolythe sombre, zébré d'éclairs électriques et hanté. Un album somme, pas vraiment révolutionnaire ni à mettre entre toutes les oreilles, mais dont l'attraction résonne encore à grands coups de percussions. Et de répercussions.

Drums_not_dead_1Liars
Drum's Not Dead
Mute/Musikvertrieb

www.liarsliarsliars.com

24/12/2006

2 - Beirut

Comme beaucoup, je commence mon rangement fin novembre. Mais je fais attention. J'essaye de me souvenir des albums sortis en tout début d'année et de garder une place pour ceux qui arriveraient en décembre. Malgré tout, quand un album du printemps passé inaperçu ressurgit à la dernière minute - au profit d'une nouvelle distribution - ça complique un peu les choses...

BeirutComment résister pourtant. Avant même d'avoir le disque dans les mains, alertés par quelques internautes bienveillants, je lance une recherche sur le net et découvre un premier MP3, Postcards from Italy.

Comment résister (bis). D'un coup on a envie de tout chambouler, de dynamiter le top 5 pour faire place nette à ce nouveau venu. Mais on se raisonne. On prend le temps d'un second MP3, Mount wroclai (idle days).

Et on dynamite le top 5, sans vergogne. Un coup de coeur! ça fait toujours du bien en décembre. Un jeune homme de tout juste 20 ans, venu du Nouveau Mexique, mais qui lorgnerait vers les Balkans. Une pop étrange, mélangeant des mélodies et des accents rappelant Andrew Bird, à des marottes orchestrales qui passent d'une valse de Yann Tiersen à une fanfare piquée à Goran Bregovic. Quelque chose de nouveau.

Alors bien sûr, on s'en mordra peut-être les doigts dans trois mois, quand Gulag Orkestar aura bien usé la platine. On s'en voudra de cet excès d'enthousiasme, d'avoir intronisé sur le podium un disque après quelques écoutes... En fait non. Je ne m'en voudrais pas! Parfois il faut laisser parler son coeur dans la logique drastique des rangements de fin d'année. Beirut mérite au moins ça.

Gulag_orkestarBeirut
Gulag Orkestar
4AD/Musikvertrieb

www.beirutband.com

23/12/2006

3 - Bonnie 'Prince' Billy

Bon j'avoue, j'ai fait le sceptique au début. Mais c'est la faute à Cat Power! La demoiselle s'est précipitée à Memphis cette année, retrouver les racines blues et soul, et la voilà revenu avec l'imbuvable The Greatest (la chanson éponyme mise à part). Comment vouliez-vous que je réagisse quand j'ai appris que Bonnie 'Prince' Billy avait lui décidé de se la jouer country comme à Nashville, en Islande qui plus est!

Bonnie_prince_billyQuelques écoutes plus tard, me voilà bien obligé de ravaler ce premier jugement. The Letting Go est beau. Un album country et apaisé, pendant lumineux à l'indépassable I See A Darkness. Will Oldham poursuit son bonhomme de chemin, mais évite cette fois-ci de se perdre dans la facilité ou la formule. Mieux, il prend des risques! Des cordes, une voix féminine (remarquable Dawn McCarthy de Faun Fables), pour des mélodies enfin assumées.

Chapeau bas donc, Mr Billy. Je me disais "drôle d'Oldham" au début, je corrige aujourd'hui en scandant "joli Billy"! En renouvelant son songwriting, Bonnie 'Prince' Billy transforme sa mélancolie. Et pour les nostalgiques du vieux père Oldham, ils se consoleront en écoutant une version dépouillée de The seedling.

The_letting_goBonnie 'Prince' Billy
The Letting Go
Domino/Musikvertrieb

www.bonnieprincebilly.com

22/12/2006

4 - Early Day Miners

Early_day_minersL'année dernière, le label indépendant Secretly Canadian avait conquis la presse musicale du monde entier avec le second album de l'étrange Antony & the Johnsons. Une sortie de taille, qui voyait le petit label trusté la tête des palmarès de fin de saison. Rebelote une année plus tard... ou presque.

Car le quatrième album des Américains de Early Day Miners est malheureusement passé entre les mailles de la critique, alors qu'il s'impose comme une réussite confondante, au carrefour des genres. Ainsi, si le titre d'ouverture d'Offshore évoque un instant le post-rock évolutif et à guitares de Mogwai, la suite varie rapidement les directions. Un instant, on est tenté de remonter dans l'Angleterre shoegazing, eut égard aux nappes délicates de six-cordes saturées qui nourrissent la musique du groupe. Pourtant, ce serait encore une fois choisir la facilité. Harmonica et voix fémine évitant les effets trop éthérés rendent à nouveau insaisissable la musique d'Early Day Miners.

Album évolutif, dont chaque titre semble porter en sa fin le commencement du suivant, Offshore transforme les mélodies statiques d'Early Day Miners pour les emmener vers des sommets jamais atteints. Le groupe insuffle à sa musique le petit plus qui lui manquait encore et invente une langue musicale polyglote, comme un post-rock plus rugueux, élevé à la campagne plutôt qu'en milieu urbain.

OffshoreEarly Day Miners
Offshore
Secretly Canadian/Irascible

www.earlydayminers.com


(Chanson écoutée Return of the native)

21/12/2006

5 - James Yorkston

Sans doute cela passera-t-il pour une posture passéiste. Mais du songwriting sans fioriture, parfois ça n'est pas plus mal. Surtout quand il y a un vrai talent de mélodiste et de compositeur derrière. The Year Of The Leopard n'est rien d'autre que l'illustration de cette recette.

James_yorkstonDix chansons simples, rôdées à la perfection et dégageant pourtant une forme de naturel consternant. Ajoutez-y des arrangements tout en retenue signés Rustin Man - ex-Talk Talk et producteur du très beau Out Of A Season de Beth Gibbons - et vous obtenez un disque intemporel, à la mélancolie arborant une couleur fauve toute automanle.

Dix ballades qui ne payent pas de mine, à l'image de leur auteur, James Yorkston. Cet Ecossais au physique passe-partout est pourtant un songwriter précieux, un orfèvre héritier d'une tradition acoustique inspirée, de Leonard Cohen à Nick Drake. Avec patience et minutie, il tresse des chansons douces, mélancoliques, dont la fragilité et la simplicité apparente cache un talent rare.

The_year_of_the_leopardJames Yorkston
The Year Of The Leopard
Domino/Musikvertrieb

www.jamesyorkston.co.uk

20/12/2006

6 - Matt Elliott

Matt_elliott_1Sorti en 2005, Drinking Songs de Matt Elliott tenait plus de chansons de marins que de chansons à boire et s'offrait même un nauffrage tragique avec le sous-marin russe Kursk. Une année plus tard, les ambiances sont (un peu) moins lourdes, les nauffrages transformés en décollages, mais la Russie continue d'habiter l'oeuvre du musicien anglais, élargissant ses frontières à l'Europe de l'Est toute entière.

Failing Songs oublie donc quelque peu les accents tragiques de son prédécesseur, pour embrasser une mélancolie plus subtile. La musique est plus clair et acoustique, portée par des guitares aux formes multiples, tandis que les voix conservent cette réverbération étrange, quasi-liturgique. Entre folklore et songwriting, Matt Elliott refuse toujours de choisir.

Des plaines désertiques de l'Oural à des fanfares slaves qui auraient perdu leurs cuivres, l'ex-Third Eye Foundation se permet un voyage en des territoires musicaux connus, assimilés à la world music, pour les ramener vers le songwriting terreux d'un Tom Waits, ou celui plus biblique d'un Nick Cave. Des références multiples qui tourbillonnent, mais forgent un style unique, propre à Matt Elliott, grand songwriter entre tradition et modernité.

Failing_songsMatt Elliott
Failing Songs
Ici d'ailleurs/RecRec

www.thirdeyefoundation.com

19/12/2006

7 - November

Album surprise pour un duo inattendu, November s'est imposé des les premières écoutes comme la bande-son idéale de l'automne (d'où un nom plutôt bien choisi). Derrière ce mois qui évoque immédiatement feuilles mortes et dépression se cache deux musiciens issus de groupes emblématiques des vingt derrières années.

TrontinsimonA la musique tout d'abord, Bernard Trontin, batteur des Young Gods depuis belle lurette. A la voix ensuite, Simon Huw Jones, leader du combo new wave And Also The Trees. Entre eux, une rencontre géographique à l'origine (Genève, où chacun réside), une bribe de collaboration, puis un duo revendiqué et incarné.

Le résultat étonne, mariant à merveille certaines facettes moins connues de leurs univers respectifs. Mariage d'ambient et de passages plus organiques, ces compositions lorgnent aussi bien vers le krautrock que vers les électroniciens du label Warp. Une formule qui pourrait rester froide, mais qui s'élève grâce à la voix de Jones, entre texte scandé et passages chantés, rappelant dans ses intonations les territoires étranges explorés par Scott Walker ou David Sylvian. Une belle réussite en équilibre entre les genres et les époques, dont Melancholy Jane est une parfaite illustration.

November_1November
November
Shayo/Irascible

www.trontin-jones.ch

18/12/2006

8 - Tom Waits

Tom_waits_1Triple ration et histoires de famille cette année pour Tom Waits, qui livre avec Orphans une impressionnante cargaison d'inédits et de compositions originales.

Tout commence avec Brawlers. Des "bagarreurs" sur lesquels le vieux Tom s'électrise tout en conservant sa légendaire rugosité. Le blues du marais, en quelques sortes, crasseux, swinguant, mal peigné et mal élevé. Au milieu de ce cortège d'agités, on trouve notamment deux reprises des Ramones, où comment revisiter le punk cartoon à la sauce rustique.


(Chanson écoutée Road to peace)

L'aventure se poursuit avec Bawlers, littéralement les "braillards". Mais plutôt que de geindre, Tom Waits se concentre sur ce qu'il fait de mieux: des ballades habitées, mêlant à merveille mélancolie et ambiances tordues. Comme la photographie qui orne la pochette d'Orphans, on a soudain l'impression de déboucher dans l'arrière-boutique d'une brocante poussérieuse, remplie de trésors magiques et où le temps s'écoulerait en 78 tours.


(Chanson écoutée You can never hold back spring)

Facette la plus étrange de ce triple album, Bastards réjouira les amateurs d'un Tom Waits plus théâtral (de Frank's Wild Years à The Black Rider) ou plus expérimental. Ces "bâtards" mélangent ainsi cirque déglingué (et son Monsieur Loyal mystérieux), dérives bricolées et théâtre de quatre sous. Le tout avec encore quelques virées vers les textes de Bukowski et Kerouac ou les compositions des plus jeunes Sparklehorse et Daniel Johnston.

Un dernier chapitre qui boucle magnifiquement ce tour d'un propriétaire dont les années n'auront jamais érodé l'originalité. Tout simplement captivant! D'ailleurs, on ne résiste pas à s'offrir une ultime chanson pour la route.


(Chanson écoutée Bottom of the world)

Orphans_1Tom Waits
Orphans
ANTI/Phonag

http://www.anti.com/artist.php?id=1

17/12/2006

9 - Fauve

Fauve_2Ne pas se fier au nom. Ce Fauve est plus ronronnant que rugissant. Une sorte de crooner-bricoleur, qui n'aurait du fauve qu'une crinière rousse plutôt bien peignée. Un look inattendu pour un ambassadeur musical des îles et de la farniente, qui mélange pop et bossa-nova sur un premier album à l'inventivité étonnante.

Fauve donc, alias Nicolas Julliard, entendu plus tôt sous le nom de Sombre ou au sein d'Ilford. En solo, il revisite une certaine histoire de la pop, des mélodies jazzy de Chet Baker à l'ambient enchantée de Robert Wyatt, en passant par les perles rêveuses des Beatles (le refrain du parfait Cloudy semble ainsi faire écho à While my guitar gently weeps). Et si sa voix évoque parfois le Jay Jay Johanson des premières années, ce serait plutôt du côté de Neil Hannon et de sa divine comédie qu'on ira chercher un référent contemporain.

Comme le père Hannon à l'époque de ses premiers albums, Fauve construit ainsi son univers en solo, planquant un orchestre pop dans son placard. Toujours organiques et jamais à court d'idées, ses mélodies tourbillonnent entre les genres, osant le tango, l'electronica rêveuse ou la bossa exotique. Petit bijou pop, cet album durera bien plus qu'un été.

FauvecoverFauve
Fauve
Gentlemen/Irascible

www.fauve.info

16/12/2006

10 - Raphelson

Raphelson_1Si la scène musicale suisse-romande brille depuis plusieurs années par ses groupes rock ou electro, le songwriting est longtemps resté un parent pauvre. Comme si l'on était condamné à lui préférer sa transposition en français et devenir un chansonnier, pour le meilleur comme pour le pire.

Sans aucun doute, 2006 aura offert un démenti étonnant à ce constat. Et parmi les songwriters de talent venus étoffer le paysage helvétique, Raphelson n'est pas des moindres. A 32 ans, le chanteur de Magicrays ose enfin l'envol en solo et réalise avec Hold This Moment Still un véritable bijou d'écriture racée, aux inspirations pop, lorgnant aussi bien vers les territoires de Sparklehorse que d'Andrew Bird.

Portées par une voix à la fragilité et au timbre parfaits, les chansons de Raphelson créent une palette d'émotions tout en jouant sur un dénuement qui les rend plus poignantes encore. Pour peu, on se croirait par instants revenus aux débuts d'un Jeff Buckley, seul avec sa guitare sur la scène du Sin-é.

Hold_this_momentRaphelson
Hold This Moment Still
Gentlemen/Irascible

www.myspace.com/raphelson


(Chanson écoutée Starbox)

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