Donc voilà, on ferme. Hier soir, Megaupload a disparu du net grâce à l'intervention du FBI. Justice est faire, rentrez chez vous, y a plus rien à voir.
Certes. Enfin, en même temps, ça fait un petit moment que Megaupload faisait son petit manège. Et sans vraiment se cacher. C'est à se demander ce que faisait le FBI ces 5 dernières années... Mais bon, vous me direz, je suis un peu sarcastique. Soit.
Reste que cette fermeture intervient au lendemain d'une journée de mobilisation contre la SOPA - le Stop Online Piracy Act - projet de loi US jugé liberticide par la planète internet et qui a réussi à pousser Wikipedia à fermer son site anglais durant 24 heures et Google a enlevé son logo (vous savez, celui qui change tous les jours, au gré des anniversaires et autres commémorations) pour le même laps de temps.
Interrogé sur cette mobilisation, le fondateur de Wikipedia mettait en garde contre des lois anti-pirates qui pourraient empêcher même de donner le lien vers un site pirate dans une page de présentation encyclopédique. La tuile. Quant à Google, sans doute défendait-on le même principe - ben oui, je sais pas vous, mais moi j'utilise souvent Google pour trouver des trucs sur... Megaupload - à moins qu'il n'ait été question de protéger YouTube, plutôt spécialisé dans la mise en ligne de contenus illégaux (vous savez, ceux dont vous ne possédez pas les droits).
Et c'est là que tout cela ressemble à une fâcheuse coïncidence (ben oui, on va pas broder des théories du complot non plus). Mercredi, les patrons de Google mettent en garde contre une future loi trop restrictive, rappelant qu'ils sont de simples hébergeurs et que leurs contenus dépendent des internautes, et jeudi ceux de Megaupload vont en prison, alors qu'ils répètent depuis belle lurette qu'ils sont de simples hébergeurs et que leurs contenus dépendent des internautes. Cherchez l'erreur.
Alors bon, loin de moi l'envie de défendre Megaupload. Ou de nier la spoliation des droits d'auteurs. Mais quand je lis que "Megaupload aurait coûté 500 millions de dollars aux ayants droits", je me tape sur les cuisses. Sérieusement, à l'heure où les médias cherchent à maximiser leurs revenus publicitaires sur le net - et donc à décupler le nombre de visiteurs sur leurs sites - à combien pourraient-ils estimer la somme perdue par la faute de YouTube et autres sites de streaming proposant de visionner en toute "légalité" leurs contenus... et kidnappant leurs visiteurs?
Mais bon. Sans doute que Megaupload gagnait un peu trop d'argent. Ou narguait trop les Majors du disque et du film. Et n'avait pas le poids et la diplomatie de Google. Oubliez donc Megavideo et venez plutôt sur YouTube voir vos vidéos préférées.
Sauf que, comme disait un ami, ces sites c'est un peu comme les cafards. T'en tues un, y en a douze qui arrivent. Il y a 10 ans on disait Napster. Il y a 5 ans Limewire. Et pour la suite, on verra bien. Seule certitude, le FBI aura donc de quoi refaire quelques coups d'éclat... mais pas avant 4 ou 5 ans.
Calendrier Maya et fin du monde obligent, la prophétie tendance de début 2012 pourrait bien être la fin de la critique musicale. Enfin, entendons-nous, de la critique rock. Car personne ne perd son temps à disséquer la critique jazz ou la critique classique sur la Toile. Par contre, vous pouvez sourire, voire rire, en (re)découvrant quelques citations pas piquées des vers recueillies par des blogueurs malins. A tel point que le journalisme, le vrai, tire le fil. Et réfléchit donc au bien fondé, ou non, de la critique musicale (rock, donc).
Bien que je reste sceptique face à cet acharnement - pourquoi ne réfléchirait-on pas de la même façon pour la critique ciné, théâtre ou art contemporain? - et persuadé que cet enterrement anticipé est lié à l'érosion de l'industrie du disque plutôt que de la critique, je ne vais pas à mon tour pondre une tartine façon couronne mortuaire ou défense de pré carré. A la place, je vais plutôt vous laisser la parole, histoire de ne pas être le seul à porter sur les épaules le poids de la critique musicale (enfin, rock).
Dès demain, vous pourrez lire ici les textes que certain(e)s d'entre vous m'ont envoyé, pour défendre leur coup de coeur musical de 2011. Et pour bien commencer cette semaine "participative", je me contenterai de revenir sur vos choix, exprimés via le traditionnel sondage de ce blog. Vous avez été plus de 200 à voter et, après Grizzly Bear et The National, vous avez choisi de sacrer King Creosote & Jon Hopkins album de l'année, avec le très beau Diamond Mine. Un disque dont les médias musicaux n'auront pas parlé autant qu'il le méritait et plutôt loin dans les palmarès de 2011. Mais en tête ici, chez vous, comme chez moi. La preuve peut-être que la critique musicale sert encore à quelque chose: à partager un poil ses coups de coeur, fussent-ils éloignés de l'unanimité ambiante. Et que vous n'êtes pas non plus trop serviles, puisque vous avez également plébiscité le dernier album de PJ Harvey, que j'avais peu apprécié... Et pour le reste du classement, c'est ici.
Et en attendant de nouvelles "aventures" façon critique musicale, bonne année!
Et voilà donc une nouvelle année qui s'achève et un Top 50 de bouclé. 2011 m'aura semblé un bien bon cru. Et sans doute que dans les mois à venir, je découvrirai encore des disques passé loin de mon radar.
En attendant, vous pourrez encore découvrir quelques tops annexes la semaine prochaine, entre EP et rééditions, concerts en salles ou en festivals. Avant de vous laisser la place à vous, chères lectrices et chers lecteurs, pour laisser libre court à votre verve au moment de défendre votre coup de coeur 2011. Vous pouvez encore envoyer votre texte (à la louche, 3000 signes maximum), d'ici au 31 décembre, à bonpourlesoreilles @ gmail.com.
Et si vous êtes trop timides pour prendre la plume - enfin, le clavier, en l'occurence - vous pouvez toujours vous exprimer d'un simple clic, afin d'élire votre disque de l'année. Et une fois n'est pas coutume, c'est mon favori qui fait la course en tête. L'occasion d'en remettre une ultime petite louche avec une mixtape signée Jon Hopkins, entre fields recordings et influences assumées de ce magnifique Diamond Mine.
Voilà, voilà. L'Avent a commencé et tandis que vous vous passerez des "Christmas albums" de Low, Sufjan Stevens ou She & Him en cuisinant des biscuits, je m'en vais égrener mes coups de coeur de l'année. C'est l'heure des tops et dès lundi, vous pourrez découvrir mes chansons et albums préférés de 2011, ainsi que quelques tops 5 annexes.
Mais comme le veut la tradition, ce sera aussi l'occasion pour vous de prendre un instant le contrôle de ce blog. Pour la cinquième année consécutive, je vous invite à rédiger des textes pour nourrir le calme de janvier. Et encenser vos favoris de l'année écoulée. L'opération "A vos claviers" repart pour un tour et j'attends vos textes (entre 1500 et 3000 signes, à la louche) consacrés à votre album, EP, compilation, chanson ou concert préférés de 2011. Le tout sera mis en forme et publié par votre serviteur dès la nouvelle année venue. Donc envoyez vos textes à bonpourlesoreilles @ gmail.com, d'ici au 31 décembre.
Et pour les plus paresseux d'entre vous, qui préféreraient un clic à une bafouille, vous pouvez aussi élire votre album de l'année. Une simple visite sur la page idoine, un clic ou même un complément si votre chouchou manque à l'appel et hop, vous participez au référendum!
Alors à votre clavier ou à votre souris, je me réjouis de vous lire. Et à lundi pour classer cette année 2011 en toute subjectivité.
Sur le dernier album de Camille, il y a une chanson plutôt marrante qui s'appelle La France. A la façon d'une ritournelle enfantine, la chanteuse énumère les divers productions de certains pays, tendance cliché, et ne trouve pour son bon vieil Hexagone qu'un seul savoir-faire: les photocopies. A tel point que face à la déforestation et aux pénuries, cette France entreprend de photocopier les chênes, les cerisiers et les hêtres, histoire d'enrayer leur disparition.
C'est plutôt rigolo, donc, sauf que c'est un constat qu'on pourrait plus ou moins appliquer à la chanson française. Un genre qui a pris depuis plusieurs années la mauvaise habitude de regarder dans son rétroviseur, de chanteurs de cabaret indigne de la chanson réaliste, en nouvelle scène moins neuve que son aînée d'il y a dix ans, en passant une variété fidèle à elle-même, capable de nourrir la machine Nostalgie avec des chansons d'aujourd'hui.
Comble de ce phénomène, une récente opération du Nouvel Observateur et de France Inter, rendait hommage à la "légendaire" interview croisée de Jacques Brel, Georges Brassens et Léo Ferré de 1969... sur un mode photocopieuse. Au jeu des sept erreurs, on notera toutefois que la table n'est plus ronde mais rectangulaire, que le café et l'eau plate ont remplacé la bière, et qu'on ne fume plus. Surtout, les plus perspicaces d'entre vous auront remarqués qu'au trio Brel, Ferré, Brassens se sont substitués Maxime Le Forestier, Alain Souchon et Julien Clerc. Ce qui, vous en conviendrez, n'est pas vraiment la même chose. Et n'a même franchement rien à voir.
Passons sur la distinction entre auteur-compositeur-interprète et compositeur (Julien Clerc, le plus souvent) ou auteur (Alain Souchon, très souvent aussi). Passons également rapidement sur la moyenne d'âge des trios: 47 ans en 1969, 64,3 ans en 2011 (tiens, d'ailleurs, petit jeu chez vous: de Souchon, Le Forestier et Clerc, qui est le plus jeune?). Passons enfin sur l'idée d'intégrer une femme dans la photographie - et dans l'interview, of course. On s'amusera juste à imaginer quelques autres trios qu'on aurait pu réunir, pour le pire mais aussi le meilleur (ou en tout cas le mieux).
Ainsi, par exemple, une photocopie, une vraie: Arno dans le rôle du Belge, Manset dans le rôle du franc tireur et... bon, d'accord, Maxime Le Forestier dans le rôle du grand-père à moustache. Ou une photo de famille qui colle à l'époque: Dominique A, Katerine et Benjamin Biolay, pour parler de cette fameuse "nouvelle chanson française". Ou encore un instantané qui collerait à la réalité: un rappeur, une femme et un chanteur à succès. Genre: Orelsan, Camille, et Gaëtan Roussel. A la manière de la sympathique interview croisée proposée par Les Inrockuptibles dans leur récent numéro anniversaire, asseyant à la même table Joey Starr et Katerine.
Katerine, justement, qui vient de signer un nouvel album, sur le mode... photocopieur. Accompagné de Francis et ses peintres, le Vendéen a torché un tripl album très à propos baptisé 52 reprises dans l'espace. De Carlos à La compagnie Créole, de Lio à Yannick Noah, en passant par NTM, Bézut ou Pierre Bachelet, Katerine, Francis et ses peintres brassent un patrimoine hétéroclite avec une certaine manière. Voire une certaine classe. Surtout, ils évitent toute note d'intention. Et laissent donc l'auditeur dans le flou, à ne pas savoir s'il doit rire ou pleurer, si cette opération cherche à réhabiliter la variété française ou à en finir une bonne fois pour toute avec elle.
Au final, même si l'es trois disques s'avèrent difficilement digestes consommés à la suite, ils légitimeraient presque la démarche photocopiste, tendance aquoiboniste, évitant soigneusement l'hommage au premier degré, sans pour autant tomber dans l'opposition façon J'aime pas la chanson française. C'est drôle, sans prétention, et c'est peut-être ce qu'il y a de mieux à faire avec un patrimoine qui n'a guère laissé d'héritiers à la hauteur. Mais qui a permis à une marge réjouissante de se creuser.
(Et pour répondre à la question que je vous posais plus haut, c'est... Maxime Le Forestier le plus jeune. Il a 62, alors que Julien Clerc a 64 ans et Alain Souchon 67.)
Cruelle ironie de l'actu. Ce week-end, tandis qu'une révolte sans précédent frappait le quartier londonnien de Tottenham et que sur la Toile certains dégainaient le London's Burning de The Clash pour commenter la nouvelle, le comité d'organisation des Jeux Olympiques de Londres annonçait avoir choisi London Calling du même groupe comme gimmick pour ces futures joutes. Plus que le clin d'oeil et le manque d'originalité de la démarche - après des brouettes de séries et de comédies américaines balançant l'intro de London Calling à chaque incursion d'un personnage dans la perfide Albion - on tiquera sur l'inadéquation patente entre une grande messe sportive à gros sous - dont acte, Monsieur de Coubertin - et le brûlot historique et révolté de The Clash.
La nouvelle n'aura toutefois guère soulevé d'objections. A croire qu'avec le temps, on s'est habitué à ce recyclage sans vergogne d'un certain patrimoine rock. Et que sauf fraude de droits d'auteurs - comme lorsque l'UMP eut la riche idée de sonoriser l'un de ces meetings avec Kids de MGMT - on laisse faire. Surtout que ce genre de récupération maladroite ne date pas d'hier. Exemple le plus célèbre, en 1984 Ronald Reagan - selon toute vraisemblance déjà sénile - interprétait de travers les paroles de Born In The USA pour s'en draper durant sa campagne. Bruce Springsteen avait beau s'en désoler, ça n'y changeait pas grand-chose. A tel point que George Bush père lui refit le coup 4 ans plus tard. A croire que les républicains ont de la peine avec l'analyse de texte. Et que le recyclage rock est surtout une affaire de droite... voire d'extrême-droite.
Car à ce petit jeu, la Suisse est bien partie pour décrocher la palme, grâce à l'UDC et sa jeunesse dans le vent. Le cadavre d'Amy Winehouse était encore chaud que cette sympathique relève droitière s'emparait de son image pour une campagne contre la dépénalisation des drogues. Et s'offrait une célébrité mondiale dans la foulée, des colonnes du Sun au blog de Jean-Marc Morandini. Pourtant, pas de quoi en faire tout un plat, à en croire Grégory Logean, président de la section valaisanne des jeunes UDC, interrogé par Le Nouvelliste. "C'est juste la réalité que l'on montre. Le plus choquant, ce n'est pas l'affiche, ce sont les ravages de la drogue."
Soit. On se permettra juste de lui suggérer dès lors quelques autres combats rock - titre d'un album de The Clash, tiens - histoire que sa bouillonnante créativité soit mise à profit par son parti. Par exemple, une croisade contre l'alcool, avec des photos de Bon Scott et de Keith Moon (et d'Amy Winehouse, remarquez). Ou une campagne de sensibilisation aux émissions de CO2 des vols aériens, avec Buddy Holly et Randy Rhoads. Ou encore, une mise en garde contre les dangers de la baignade sauvage - c'est de saison - avec Jeff Buckley en vedette.
Bon, d'accord, tout ça n'est pas très sérieux. Reprenons plutôt un sujet de votation récent de notre chère Helvétie, l'arme de service à la maison. Pourquoi ne pas imaginer une campagne dénonçant le danger de posséder une arme à feu chez soi avec un portrait de Kurt Cobain en exemple? Tout simplement parce que l'UDC n'a rien contre cette idée et pense que la tradition militaire importe plus que les dérapages potentiels. De là à en conclure qu'Amy Winehouse aurait mieux fait de se tirer une balle dans la tête si elle ne voulait pas finir rock-star sandwich pour un sombre parti populiste...
J'aurais espéré finir sur une note plus positive. Mardi matin, j'ai mis le point final à mon dernier article pour L'Hebdo, après presque 6 ans de collaboration ininterrompue. Un hommage à Amy Winehouse, triste et dur à rédiger, quand les mots semblent trop maladroits pour dire un triste silence.
En 6 ans ou presque, j'aurais écrit plus de 500 chroniques de disques. Et bien 200 articles plus long sur des musiciens. Au moment de ranger mon bureau, je me suis replongé un instant dans ces archives, curieux de retrouver mon premier texte consacré à la musique publié dans L'Hebdo (j'en avais écrit d'autres avant, sur d'autres sujets, et plus tard aussi, souvent). Une colonne, deux chroniques, 1500 signes. Sylvain Chauveau & Ensemble Nocturne en haut, Troy Von Balthazar en bas. Deux artistes que je n'ai pas réécouté depuis un moment. Et un style encore hésitant, très scolaire, peu assumé (même si c'est encore le cas parfois aujourd'hui).
Et l'idée d'un clin d'oeil. Enjoy The Silence me paraît une bonne chanson pour marquer cette conclusion, avant de débuter autre chose. Dans cette version nue, sans voix, comme chétive. Le souvenir d'un concert sous la pluie au For Noise. Et celui, aussi, d'un concert plus tôt, avant L'Hebdo, et d'une longue interview par e-mail avec Sylvain Chauveau. J'écrivais sur la musique avant déjà. Demain, j'en parlerai, par-dessus des images, apprenant un nouveau langage. Mais je continuerai à aligner les mots ici. Par plaisir. Par besoin. Et parce que vous êtes toujours plus nombreux à me lire. Et que ça me pousse à continuer.
En attendant, je vais me mettre au vert quelques jours. Une semaine peut-être. Ou deux. Histoire de profiter du mois de battement entre deux boulots. Et de réfléchir à quelques nouvelles idées pour ce blog. Mais gardez un oeil sur lui quand même. Un petit concours vous attend lundi, pour gagner des billets pour le For Noise. A très vite.
Ces dernières semaines, j'ai pas mal voyagé. Et sans jamais en être le but, la musique aura été l'un des éléments centraux de mes prégrinations. Le iPod sur les oreilles, quelques concerts le soir, des liens pour télécharger l'une ou l'autre nouveauté, plusieurs heures à chiner dans des magasins de disques... je n'ai guère appuyer sur pause, encore moins sur stop. Et sans surprise, dorénavant, des chansons me rappelleront la Suède, Berlin, l'Islande ou encore l'île d'Oléron, quand je les écouterai.
J'ai lu une chronique sur le sujet l'autre jour, tiens. L'auteur y racontait les synchronisations entre ses lieux de villégiature et sa discothèque. Sauf que là, ça sonnait un peu faux. Ou trop calculé. Chaque chose bien à sa place, comme la démonstration d'un bon goût bien étudié: un peu de musette à Paris, les Beatles à Londres, Jacques Brel à Bruxelles, de la country à Nashville. Et pourquoi pas encore du cor des Alpes ou du yodel en Suisse, pour sa balade quotidienne? Comme si je m'étais farci l'intégrale de Sigur Ros en mode repeat en Islande ou fait une overdose de Take My Breath Away à... Berlin.
Non, à la place,je penserai à la capitale allemande à chaque fois que j'écouterai Something's Turning Over de Low, grâce à un magnifique concert du groupe de Duluth (et aussi un peu à Einstûrzende Neubauten, pour les avoir vus sur scène quelques jours avant mon départ). Ou à WU LYF quand je rêverai de l'Islande, entendant résonner différemment - et plus cruellement - le slogan "Don't believe waht they say, dollar is not your friend", en repensant à tous ceux qui ont vu leurs dettes doubler du jour au lendemain, à cause de prêts en monnaie US. Ou encore, paradoxe des paradoxes, au soleil de l'île d'Oléron en écoutant Fifteen Feet Of Pure White Snow de Nick Cave and the Bad Seeds, la faute à une playlist dédiée au crooner australien composée pour mon voyage en TGV. Et c'est comme ça seulement que j'aime la musique: quand elle sonorise ma mémoire comme par surprise plutôt que comme dans un livre. N'en déplaise aux encyclopédistes.
Tiens, voilà un joli concept, imaginé par la toujours maligne équipe de Pitchfork. Ça s'appelle 5-10-15-20 et l'idée est plutôt simple. Un musicien revient sur le disque majeur de ses 5 ans, 10 ans, 15 ans, 20 ans, etc. (jusqu'à 65 ans pour Van Dyke Parks). C'est plutôt drôle, parfois surprenant, et finalement assez intéressant quand on tombe sur un bon client. Alors pourquoi ne pas jouer un peu aussi? Et sans mentir, of course. (Et pour ceux d'entre vous qui voudraient également se prêter à l'exercice - essayer, ça vaut une psycho-thérapie - vous pouvez laisser votre sélection en commentaire de ce post ou y glisser les liens vers votre site, si vous choisissez d'y dérouler votre petite histoire.)
5
Hot Butter - Popcorn
Donc, à 5 ans, j'écoutais des 45 tours. Mes parents n'étaient pas des grands fans de musique, mais ils m'avaient acheté un mange-disques (pour les plus jeunes lecteurs, c'est ça), que j'emmenais partout avec moi. Mes chansons préférées? Je me souviens de La danse des canards ou Des bêtises de Sabine Paturel. Mais le 45 tours que j'usais le plus, c'était une vieille scie électronique du début des années 70: Popcorn par Hot Butter. Un instrumental obsédant aux sonorités synthétiques qui a dû être réédité, dépoussiéré et remixé un bon milliard de fois depuis sa sortie en 1972.
10
Harold Faltermeyer & Steve Stevens - Top Gun Anthem
A 10 ans, pas plus de musique à la maison, si ce n'est la radio locale. Dans un café du village, j'adore mettre Les démons de minuit dans le juke-box. A l'école, mes amis parlent de musique, mais je n'y comprends rien. Ils écoutent Gold et Jean-Jacques Goldman, je ne connais ni l'un ni l'autre, mais me dis que ce doit être la même chose, ou de la même famille, "Gold" oblige. Mes parents m'achètent un lecteur CD et j'ai le droit de choisir mon premier CD. J'opte pour la bande-originale de Top Gun, moins parce que la musique m'intéresse que parce que j'ai envie de voir le film. Drôle de logique... Reste que je l'écoute plus que de raison et qu'étonnament je ne croche pas sur le slow multi-platiné Take My Breath Away (interprété par Berlin), mais préfère le thème du générique, épique, voire pompier, avec sa guitare héroïque. Un signe avant-coureur de ma passion à venir pour le post-rock?
15
Dominique A - Il ne faut pas souhaiter la mort des gens
Si mes premiers émois musicaux auront été le fruit de l'entrée dans ma vie de machines idoines (le mange-disques, puis le lecteur CD), je rattrape mon retard à toute vitesse à l'adolescence. D'abord en regardant MTV jusqu'à l'overdose, du European Top 20 à 120 Minutes, puis en dépensant tout mon argent de poche en CD, souvent kleenex (les hits de l'époque, mainstream comme alternatifs). Mes amis font du skate et écoutent la musique qui va avec (Bad Religion, Beastie Boys, Downset, etc.), moi je préfère la brit-pop (c'est l'époque de Parklife, Definitely Maybe, We Should Coco, Different Class). Mais deux découvertes vont chambouler mon train-train. Je pars en voyage avec ma mère et à l'aéroport je m'achète un magazine que je ne connais pas (normal, on ne le trouve pas dans mon village): Les Inrockuptibles (un des premiers numéros de la formule hebdomadaire, avec Portishead en couverture). Surtout, une nouvelle chaîne apparaît sur le téléréseau local: Canal +. Et parmi les émissions en clair, on trouve Nulle part ailleurs, qui propose chaque soir, ou presque, un invité musical. J'y verrai Jon Spencer Blues Explosion, Radiohead, Björk ou encore Beck. Et un soir, j'y entends Dominique A et sa chanson Il ne faut pas souhaiter la mort des gens. C'est le coup de foudre, sans que je sache très bien pourquoi. Je commande aussitôt l'album dans le magasin du coin et devient fan du Nantais, sur la foi de titres comme Le Twenty-Two Bar, Le métier de faussaire, Le travail ou encore Je ne respire plus, Milos. Une passion contagieuse, que je transmets à certains amis, et qui ne me quittera jamais. Surtout, dès le virage Remué, les directions prises par Dominique A colleront à celles que j'emprunterai moi-même dans mon parcours musical, notamment avec Joy Division.
20
Godspeed You! Black Emperor - Moya
Je ne sais plus vraiment comment je suis arrivé à Godspeed You! Black Emperor, mais c'était à l'époque de Lift Your Skinny Fists Like Antennas To Heaven. A ce moment-là, je ne connaissais pas encore le terme post-rock, mais je commençais à acheter des disques qu'on rattache habituellement au genre (Agaetis Byrjun de Sigur Rós, Young Team de Mogwai, TNT de Tortoise). Reste que GY!BE fut sans doute mon plus grand choc. A tel point qu'après avoir acheté les deux précédents albums du groupe, je me souviens avoir arpenté les magasins de disques (puis les forums sur le net) à la recherche de groupes similaires. Je n'en ai pas vraiment trouvé, mais j'ai consommé du "post-rock" jusqu'à l'excès, oubliant presque le rock, la pop, la chanson ou l'electro, rêvant de posséder tous les disques de Constellation Records (c'est presque le cas aujourd'hui et une grosse moitié prend la poussière). C'est aussi dans la foulée que j'ai commencé à rédiger des chroniques de disques sur le net, encensant la moindre galette instrumentale, limite progressive, avant de tomber dans un rejet presque aussi extrême de ces structures trop entendues (pour bien comprendre mon état d'esprit de l'époque, il vous suffit de lire mes chroniques publiées sur DMute (à l'époque Infratunes)).
25
Arcade Fire - Wake Up
Etrangement, ma passion pour la musique m'a pas mal aidé au moment de trouver du travail dans le journalisme. Je me souviens d'une séance de rédaction lors de mon stage à durée déterminée à L'Hebdo durant laquelle j'avais égrené les noms de groupes découverts sur internet durant les derniers mois (en vrac, Arctic Monkeys, Clap Your Hands Say Yeah ou encore Arcade Fire, lancé par une chronique sur Pitchfork). C'est comme ça qu'on m'a commandé mon premier grand article. Un peu grâce à Arcade Fire, donc, dont le premier album Funeral usait ma platine à cette époque, après avoir fait la fine bouche pendant les premiers mois qui avaient suivi sa sortie. Et symbolisait une certaine victoire de la scène indé sur le mainstream dominant. Pour la petite histoire, je chantais à cette époque dans un groupe. Sans prétention, nous reprenions des morceaux de The Cure et de Joy Division, et rêvions de composer des chansons qui ressemblent à nos influences. En découvrant Arcade Fire, je me suis dit que c'était vers ça qu'il aurait fallu tendre - rassembler les influences plutôt que leur ressembler - et que je n'avais pas le talent requis pour y arriver, clairement. J'ai donc laissé tomber mes rêves de rock'n'roll pour écrire sur le sujet et sur d'autres trucs aussi.
30
Bonnie 'Prince' Billy & The Cairo Gang - You Win
A me remémorer ce parcours musical, j'ai l'impression de revenir gentiment à mon point de départ. Ou mes points de départ, finalement. Avec le temps, j'ai de plus en plus écrit sur mon blog et de moins en moins sur la musique dans L'Hebdo. Et dès cet automne, je migrerai du côté de la télévision, tout en poursuivant la rédaction de ce blog. Du net au net, en somme, pour l'écriture. De même, il me semble que j'achète de plus en plus de vinyls, des 10" et des 7" surtout, et que mon mange-disques, si je l'avais encore, pourrait presque reprendre du service. Plus qu'un effet de mode - vintage ou nostalgique - j'attribue cette migration vers un besoin de rompre avec l'ère du zapping et de l'écoute nomade, incarnée à l'extrême par l'iPod. Je ne vais pas faire mon vieux con rétrograde, hein, j'ai d'ailleurs un iPod et plusieurs milliers de chansons dedans, mais la gymnastique imposée par le vinyl fait parfois du bien. On laisse se dérouler la musique (une chanson ou un album), on ne peut pas revenir en arrière ni sauter en avant d'une simple pression sur une touche, on subit la césure entre les deux faces... On est plus attentif et on se laisse donc mieux prendre dans la musique. Et pour un gourmand insatiable comme moi, c'est un bonheur que de s'offrir à nouveau une parenthèse au milieu d'une écoute ininterrompue de nouveautés et de classiques. Sans compter qu'avec Will Oldham, il y a de quoi multiplier les gourmandises chaque année, tant le bonhomme est productif dans ces formats.
Parfois, je me demande si ce blog est vraiment un blog. Je m'explique. Perdu à des années lumière de la blogosphère, j'aligne les posts à la manière d'un carnet de route, entre actualité musicale, souvenirs personnels et dérives ironiques. Je sais, je sais, dans les faits, ça correspond plus ou moins à la définition d'un blog. Oui, mais...
Quand je scrute les classements "officiels" de la blogosphère, je me sens moins blogueurs que poussière, sombrant de mois en mois dans les profondeurs d'une hiérarchie qui me dépasse, moi qui ne sais même pas vraiment ce qu'est un backlink... et encore moins comment en obtenir. Je ne vous parle même pas des réunions de blogueurs musicaux, dont je me tiens bien à l'écart et ça tombe bien vu qu'on ne m'y invite jamais. Sans doute qu'ensemble on est plus fort, mais je ne conçois guère l'exercice dillué dans le collectif. Ou alors en fondant un webzine, histoire de ressembler un peu plus à ceux dont on cherche à se défaire, des magazines classiques à Pitchfork et autre Drowned In Sound. Petit consommateur de blogs, finalement, je suis resté fidèle aux plus personnels, dans le ton, l'approche ou le décalage.
Ne vous méprenez pas toutefois, je ne suis pas en train de me plaindre. Juste ce sentiment de ne pas toujours comprendre ce que je fais. Ni ce que vous faites. Curieux de mieux saisir vos intérêts - chères lectrices, chers lecteurs - j'ai récemment fait l'acquisition d'un bouton "I like", comme sur Facebook. Et peut désormais tirer ce protrait robot infaillible: vous aimez Stupeflip, Noir Désir, les chats morts et le Montreux Jazz Festival. Ou pas.
Plus sérieusement, j'ai parfois l'impression de tenir un blog générationnel, sorte de Café du Commerce pour trentenaires mélomanes (pardon aux plus jeunes) où il ferait bon se rappeler ses vieilles compilations des Inrocks, ses premiers concerts ou ses premiers CD. Une sorte de fabrique à souvenirs, moins industrielle qu'artisanale, que vous nourririez de vos anecdote et de votre nostalgie. A choisir, je trouve que ça sonne mieux que blog. Ou du moins que ça colle mieux à ce petit carnet virtuel, dont je noircis les pages (maintenant que j'ai changé l'habillage du site) au quotidien ou presque depuis un peu plus de 5 ans. Histoire de ne pas perdre cette habitude, je vous colle donc une petite vidéo qui me rappelle plein de souvenirs. Mais comme je les ai déjà racontés ici, je vous laisse cliquer. Et merci pour votre fidélité.
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