Hommage à une époque...
Et pour celles et ceux qui voudraient acheter l'affiche, une seule adresse: http://neatdude.com/
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Hommage à une époque...
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Rédigé le 29/03/2013 à 20:49 dans N'importe quoi | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
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En mode mineur Epaulé par Jeff Tweedy, Low lève le pied sur la réverbe et perd en magnétisme. Jusqu'à dévoiler des failles dans son songwriting.
Low - Plastic Cup
Sur le papier, c'était prometteur. Low et Jeff Tweedy. Les héros du slowcore et plus si affinités d'un côté. Un songwriter d'exception de l'autre, leader du groupe de country-rock le plus captivant des 15 dernières années. Et même si je n'étais pas sûr de voir les liens de parenté entre leurs univers, je me souvenais de la renaissance musicale d'Andrew Bird lorsqu'il s'était enfermé dans le sutdio de Wilco. Tous les espoirs étaient donc permis.
Pourtant, à l'écoute de Just Make It Stop, premier extrait de The Invisible Way, difficile de réellement s'enthousiasmer. Low s'embarque dans une ballade pop-folk mid-tempo et c'est tout le magnétisme fragile du groupe de Duluth qui s'envole. Pire, même les harmonies vocales d'Alan Sparhawk et Mimi Parker sonnent soudain plat.
La production de Jeff Tweedy se borne à lever le pied sur la reverbe. Un parti-pris dépouillé qui retourne aux racines, mais ne pardonne rien.
Heureusement, le reste de l'album évite ce partis-pris maladroitement sautillant. Et dévie finalement peu de la ligne habituelle du groupe. Pour peu, on dira que la production de Jeff Tweedy se borne à lever le pied sur la réverbe, donnant une teinte plus acoustique à la musique de Low - à l'exception de la seconde partie poussive d'On My Own, en fin d'album - entre guitares rèches et piano profond. Dans les meilleurs moments, l'effet est bluffant, ramenant la musique du trio de Duluth à ses racines, ses fondamentaux. De Plastic Cup à Waiting, en passant par Amethist, le charme opère, poursuivant la mue pop entendue sur C'mon, mais en lui appliquant les restrictions de moyens imposées sur Drums & Guns.
Reste que trop de titres faibles émaillent The Invisible Way pour que l'exercice soit réellement convaincant. En tête, ceux interprétés por Mimi Parker. Si le bref To Our Knees se déguste sans mal, on est ainsi plus emprunté face à So Blue, Holy Ghost ou Four Score, chansons sans génie qui tournent rapidement en rond. Peut-être auraient-elles pu masquer leurs défauts si Low avait opté pour sa production habituelle, qui sait, mais le parti pris dépouillé ne pardonne rien ici. Et condamne ce dixième album a un statut mineur, malgré une volonté louable de se réinventer par petites touches.
Rédigé le 25/03/2013 à 06:00 dans Le disque de la semaine | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Tags Technorati: Low, Plastic Cup, The Invisible Way
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Ce mois-ci, Mojo se fend d'un dossier sur les films consacrés à la musique, dans le sillage du succès miraculeux du documentaire sur Sixto Rodriguez. 100 films sélectionnés, de The Girl Can't Help It (1956) à Searching For Sugar Man, en passant par American Graffiti, All You Need Is Cash ou The Devil And Daniel Johnston.
Au début, on se dit que 100, c'est beaucoup. Et au fil de la lecture, on se rend compte qu'on en a quand même vu pas mal et que, quand même, il en manque pas mal aussi. Ne serait-ce que One + One de Godard, certes très intello, mais sans doute le meilleur document sur l'enregistrement d'une chanson... et quelle chanson (Sympathy For The Devil des Rolling Stones)!
Histoire d'apporter ma pierre à l'édifice et d'inaugurer un nouvelle rubrique sur ce blog, j'en profite pour vous tresser un podium des meilleures utilisations de chansons dans un film. Attention, hein, il ne s'agit ni de répertorier des films musicaux, ni de se pencher sur des scores originaux, ni même d'applaudir des prestations musicales. Non, juste de partager quelques grands moments de cinéma où le clip se fait 7ème art.
3. The Gipsy Kings - Hotel California dans The Big Lebowski de Joel et Ethan Cohen
Ou comment transformer une partie de bowling en duel façon Far West kitsch. Le choix de la reprise est magistral. John Turturro est formidable de sérieux. L'ensemble tient du grand art du décalage.
2. Roy Orbinson - In Dreams dans Blue Velvet de David Lynch
Ou comment réhabiliter le playback et en faire une pratique flippante. La chanson est magique. Dean Stockwell est inattendu. La tension est à son comble.
1. David Bowie - Modern Love dans Mauvais sang de Leos Carax
Ou comment faire du mickeymousing une poésie contemporaine. La chanson est grandiose, bien sûr, mais c'est bien plus ici. Le plan séquence est juste à tomber. Et Denis Lavant tient autant de Charlot que du David Byrne de Stop Making Sense.
Rédigé le 22/03/2013 à 06:00 dans Top 3 | Lien permanent | Commentaires (2) | TrackBack (0)
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Un nom croisé maintes fois, mais jamais exploré. Malgré mon amour sans faille pour des songwriters comme Will Oldham ou Bill Callahan, pendant longtemps je n'ai pas goûté à l'univers de Jason Molina, sous son nom ou sous ceux de Songs: Ohia ou Magnolia Electric Co.
Heureusement, une bonne âme m'a un jour offert Let Me Go, Let Me Go, Let Me Go. Un disque poignant, trésor de songwriting sur le fil, à vif presque, rachitique dans ses arrangements, vertigineux par sa profondeur. De quoi me permettre de pénétrer dans cette musique, visiter enfin ses autres albums et ajouter un nom à la longue liste des songwriters discrets et précieux.
Aujourd'hui, c'est à une autre liste que s'ajoute le nom de Molina. Malheureusement. Celle des songwriters trop tôt disparus, aux côté de Mark Linkous ou Vic Chesnutt, pour n'en citer que deux, décédés récemment. Et dont le destin brisé, entre succès d'estime et démons intérieurs, rappelle celui de Jason Molina. Triste fin d'hiver.
Jason Molina - Let Me Go, Let Me Go, Let Me Go
Rédigé le 18/03/2013 à 18:05 dans R.I.P. | Lien permanent | Commentaires (1) | TrackBack (0)
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Masters & Servants Si Suuns (en bas) réussit l'épreuve du second album, il peine toujours à s'écarter des chemins battus par Clinic... qui défriche déjà de nouvelles voies.
Clinic - King Kong II
Suuns - Bambi
Il y a un peu moins de 3 ans, je vous vantais les mérites du premier album de Suuns, groupe canadien digne héritier des premiers Clinic, Internal Wrangler en tête. Hasard du calendrier, Suuns sort son second album alors que Clinic semble avoir repris du poil de la bête, pour preuve le très bon Free Reign, sorti il y a quelques mois. Pire, alors que la filiation se fait plus criante encore sur Images du futur, Clinic dégaine Free Reign II, relecture du dit Free Reign, qui a tôt fait de renvoyer Suuns à ses chères études. Mais allons y dans l'ordre.
Pour Free Reign, Clinic avait choisi de collaborer avec le producteur electro Daniel Lopatrin (aka Oneohtrix Point Never). Mais n'avait, au final, choisi de ne conserver que deux titres issus de cette alliance, You et Miss You. Et voilà que 6 mois plus tard, le Anglais sortent de leur chapeau un Free Reign II qui fait la part belle à la production de Lopatrin. A se demander quelle mouche les a piqués, entre album de remixes camouflé et révisionnisme précoce.
Clinic brouille les pistes entre passé, présent et futur, tandis que Suuns s'égare un peu trop dans la redite malgré son titre programmatif, "Images du futur".
Et puis on écoute. Et là, c'est une autre affaire. Remonté à l'envers (la tracklist est inversée et chaque titre de morceau ponctué d'un II), étoffé d'un titre (Done and Dusted II) et produit différemment, Free Reign II n'est plus qu'une réminiscence de Free Reign. Dans ses mélodies surtout. Pour le reste, Clinic s'ouvre de nouvelles dimensions, gagnant en reliefs et en profondeur, transformant l'album de départ par petites touches qui font tout. Et de douter soudain du choix initial d'écarter ce mix. Faute avouée à moitié pardonnée? Mieux: si Free Reign était un très bon disque, Free Reign II met la barre un cran plus haut, mariant psychédélisme, pop et krautrock avec classe, brouillant les frontières entre passé, présent et futur.
Difficile après ça de poser une oreille neutre sur le mal nommé Images du futur de Suuns. On se fiera plutôt à la pochette intérieure et sa photo de marché aux puces. Car comme pour une bonne partie de Zeroes QC, c'est dans le back-catalogue de Clinic que Suuns fait son marché, pour la première moitié du disque du moins, rayon pop-garage malsaine. La filiation est plus prégnante que jamais, presque gênante sur certains titres (au hasard, Power Of Tens, 2020 ou encore le bien nommé Mirror Work).
Reste qu'il serait injuste de cantonner Suuns à la simple copie carbone de Clinic. Comme sur Zeroes QC, c'est lorsque qu'il s'oriente vers le dancefloor que le groupe canadien trouve son originalité, chantre d'une disco malsaine (Bambi, Music Won't Save You) que ne renierait pas le Portishead de Third (Sunspot). La deuxième partie de l'album s'éloigne ainsi du modèle Clinic pour explorer sur un mode plus émancipé les mêmes territoires (krautrock, garage, psychédélisme). Et de confirmer que Suuns est un groupe à suivre, auquel on souhaitera la même réussite artistique que ses aînés... s'il parvient à s'en libérer définitivement et à se départir de son petit côté élève appliqué.
Clinic Suuns
Free Reign II Images du futur
Domino/Musikvertrieb Secretly Canadian/
Irascible
Rédigé le 18/03/2013 à 06:00 dans Le disque de la semaine | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
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Je ne vais pas y aller par quatre chemins: l'affiche de l'édition 2013 de la Kilbi est tout simplement royale. Avec des têtes d'affiches comme My Bloody Valentine, Grizzly Bear et The Flaming Lips, le petit festival singinois n'a pas à rougir face aux mammouths qui entourent la Suisse. Mieux, avec des seconds couteaux comme Tinariwen, Liars, Death Grips, Jim Jarmusch, Dark Dark Dark, Dan Deacon ou Fucked Up, on est loin d'un programme construit sur un unique beau nom par soir. Sans parler de tous ces autres noms inconnus encore, à découvrir donc, et des petites spécialités locales, d'un concert rare de Jandek au baptême annoncé du nouveau chat du Bad Bonn lors d'un concert de Speck.
Alors bien sûr, il y en aura toujours pour dire que c'était mieux avant, que la hype menace, que l'underground c'est pas ça et que Düdingen c'est Zurich. Ou d'autres pour préférer le Primavera, les concerts pour 20'000 personnes plutôt que pour 2000, son armada étiquetée Pitchfork et l'extraordinaire pouvoir d'achat pour Helvète à Barcelone. C'est comme ça, on n'y peut rien, tout le monde n'a pas la malchance d'être un petit festival devenu grand, événement culturel quasi non-subventionné, que ce soit par le ministère de la culture ou celui du tourisme, et qui n'a pas été rebaptisé du nom d'une marque de bière. Et pour les autres, si vous n'avez pas encore votre billet, il faudra se décider vite. Tous les abonnements pour le Kilbi 2013 sont déjà vendus, mais il reste des billets pour chaque soir, du moins à l'heure où j'écris ces lignes. On se revoit du 23 au 25 mai?
Rédigé le 07/03/2013 à 06:00 | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
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Tête sans radio En vacances de Radiohead et à la tête d'un nouveau groupe, Thom Yorke poursuit dans la même direction musicale.
Atoms For Peace - Before Your Very Eyes...
Au départ, il y a une chanson, Atoms For Peace, tirée de l'album solo de Thom Yorke, The Eraser. Puis, un backing band du même nom - supergroupe comprenant le producteur Nigel Godrich, Flea des Red Hot Chili Peppers, le batteur de Beck et REM et un percussionniste brésilien - parti en tournée avec Thom Yorke. Enfin, aujourd'hui, il y a un vrai groupe qui livre un premier album archi-teasé et attendu. Et pourtant, on a l'impression que peu de choses ont changé entre le début et la fin de l'histoire.
L'inaugural Before Your Very Eyes... est pourtant bluffant, porté par des lignes mélodiques et des rythmiques obsédantes directement héritées du courant afro-beat. Mais dès Default, le souffle retombe et on retrouve les ambiances familières des travaux précédents de Thom Yorke, en solo comme au sein de Radiohead.
Thom Yorke aurait pu enregistrer "Amok" seul. Ou avec Radiohead. A se demander pourquoi il a ressenti le besoin de recruter ce casting de luxe.
La ligne ne bougera plus ensuite. Ingenue, Unless, Judge And Jury Executioner, autant de titres que Thom Yorke aurait pu enregistré seul. Ou entouré de ses complices habituels. A se demander pourquoi il aura ressenti le besoin de recruter ce casting de luxe, si c'est pour lui tenir à ce point la bride. Surtout, si on compare les échappées de Yorke à celles de ses camarades (du songwriting touchant de Phil Sellway aux livrets plus complexes de Jonny Greenwood), on ne peut s'empêcher d'en interroger la légitimité.
Reste que malgré ce sentiment de redite et d'occasion manquée d'explorer de nouveaux horizons, Amok est un album de belle facture, riche dans ses textures comme dans son écriture. Mieux, on y retrouve certains titres parmi les meilleurs composés par Yorke, toutes périodes confondues. Before Your Very Eyes..., bien sûr, mais également Reverse Running et son tempo contrarié ou encore Amok, plongée dans une electronica plus ténébreuse et torturée.
De vraies réussites qui font regretter un peu plus encore le manque d'audace général de cette première livraison, réussie, mais pas totalement enthousiasmante, témoignage d'un groupe en devenir et, surtout, de son leader qui cherche encore son second souffle.
Rédigé le 04/03/2013 à 06:00 dans Le disque de la semaine | Lien permanent | Commentaires (1) | TrackBack (0)
Tags Technorati: Amok, Atoms For Peace, Before Your Very Eyes..., Flea, Nigel Godrich, Thom Yorke
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Lui qui aimait les anglicismes, il avait quelque chose de "bigger than life", comme ils disent là-bas. Quelque chose d'un personnage. Lors d'une interview, pour la sortie d'Amours suprêmes, il avait déliré là-dessus, s'imaginant en héros d'un comic Marvel, façon Daniel Darc vs Dany Brillant.
Punk emblématique des eighties françaises, il restera l'interprète, avec son groupe Taxi Girl, d'un des meilleurs hits en français de l'époque, Cherchez le garçon. Avant de disparaître, entre projets passés inaperçus (une collaboration avec Bill Pritchard, notamment), année de dope et passage par la case prison.
Sa renaissance avait quelque chose d'inespéré. Un Crève-coeur salué, adulé même, un Amours suprêmes moins à la hauteur, mais émaillé de belles rencontres (Bashung, Wyatt), puis La taille de mon âme, qu'on n'aurait jamais pensé devoir être son dernier album.
Privilégié, j'avais pu le rencontrer un jour, pour une interview que je ne suis pas prêt d'oublier. Une belle rencontre, tout simplement, à fleur de peau, sur le fil, mais passionnante. Je vous la glisse à la suite de ce bref texte. Et comme beaucoup le célébreront à raison avec un peu de Taxi Girl ou de Crève-coeur, j'y ajoute un morceau rare, issu des années d'oubli. Un duo avec Diabologum en 1997. La rencontre de deux vies souterraines. L'hommage d'une nouvelle génération à un héros passé. L'éternelle curiosité d'un passionné de musique.
Daniel Darc & Diabologum - Et si nous n'avions pas été là l'histoire aurait été la même mais racontée par d'autre
* * *
Janvier 2008
Mi-décembre 2007, locaux d'Universal Music, Paris. Assis dans une petite salle de conférence, j'attends Daniel Darc, pour une rencontre à l'occasion de la sortie de son nouvel album, Amours suprêmes. Punk dans les années 80, perdu pour les années 90, le chanteur français connaît un retour en grâce miraculeux depuis 2004 et l'album Crève-coeur.
Le voici qui entre, accompagné de son manager et d'un employé de Barclay. Veste en jeans usée, liquette aux couleurs de l'I.R.A., cheveux épars gominés et silhouette voûtée, il pénètre dans la pièce d'un pas hésitant. Puis se fige et lève les yeux, ne me voit pas et soudain:
- Y en a quand même pas treize!
Silence gêné.
- Des chaises. Y en a quand même pas treize!
Le mec de Barclay le rassure, lui dit qu'il y en a quatorze. Le chanteur se calme. Puis reprend:
- Tu dis ça pour me rassurer, hein?
Il recompte alors, méthodiquement. Puis le compte est bon. Il me salue, s'assied en face de moi et attaque une canette de Coca. Il a mal aux dents. Il observe mon petit enregistreur, me demande conseil pour en acheter un. Sur la manche de son blouson en jeans, un tacon à l'effigie d'Elvis Presley. Je le lui fais remarquer.
- Tu veux voir ma carte?
Je fais oui de la tête, sans vraiment savoir à quoi il fait référence. De la poche de son pantalon, il sort un étui en cuir, l'ouvre sur la table. Dedans, une carte du fan-club français du King. Et une carte de prière. Un instant il la cache, puis la montre, sans plus développer. Le silence est un brin pesant. Je me lance:
- Quatre ans à peine se sont écoulés entre la sortie de Crève-coeur et celle d'Amours suprêmes. Alors qu'auparavant tu n'avais publié que deux albums solo en dix-sept ans. Tu travailles plus vite aujourd'hui?
- Tu crois? Je ne suis pas sûr. Deux albums en dix-sept ans. Peut-être. Mais ces silences n'étaient pas volontaires. C'est juste que personne ne voulait de moi. Voilà. Alors qu'aujourd'hui, avec Frédéric Lo, on peut travailler comme on veut.
Derrière son bout de table il s'est recroquevillé, gigote au rythme de ses phrases.
- Comment travaillez-vous ensemble?
- A l'époque de Taxi Girl, les autres trouvaient des suites d'accords. Et moi j'avais des textes que j'essayais de placer dessus. Ce qui fait que mes paroles ressemblaient plus à des nouvelles. Et que les mélodies étaient bizarres, parce que je n'essayais pas d'en trouver, mais m'adaptais à la musique. Avec Frédéric c'est un peu différent. Il amène des idées musicales. Mais j'en amène aussi. Et pour l'écriture, j'essaie de trouver des trucs. Enfin, je cherche plutôt. Je ne suis pas Picasso, je ne trouve pas. Par exemple, pour le prochain album, j'aimerais bien... Est-ce que je peux le dire... Allez, oui. J'aimerais bien écrire uniquement des sonnets.
Il s'enfonce dans sa chaise, remonte ses jambes, pose ses santiags sur la table.
- Est-ce que le fait d'écrire des textes pour d'autres te permet d'avancer dans ces recherches, d'expérimenter de nouveaux modèles?
- Non. Je ne crois pas. Enfin... J'écris pour des personnes. Je ne suis pas Gainsbourg. Ou plutôt, je ne suis pas Roda-Gil. C'est pas j'écris et puis je file. J'ai besoin que les gens soient intéressants. Si Carla Bruni me demandais un texte, je ne le ferais pas.
- Marc Lavoine, Thierry Amiel de La Nouvelle Star... Ils sont intéressants?
- Marc Lavoine c'est un mec bien. Vraiment. J'écouterai pas son ingérale à la maison, mais c'est un mec bien. Thierry Amiel, bien sûr que je ne cautionne pas l'émission dont il est issu. Mais je crois que c'est le petit côté pédé en moi qui a été attiré. Enfin, je dis pas qu'il est pédé. Il l'est pas. Mais il me faisait penser à moi jeune ou à Morrissey.
- Et Alizée, pour qui tu viens de faire deux chansons?
- Bon, là c'était plutôt de l'ordre du fantasme. Je me voyais Gainsbourg, je la voyais France Gall...
- Mais quand tu écris pour eux, tu t'adaptes à leur style ou tu travailles à ta manière?
- Je n'ai rien contre le fait qu'on me jette d'un projet, qu'on me refuse un texte. Pour Amiel, on m'a dit non au début. Qu'il était trop jeune pour chanter ça. Le texte parlait de remords et de regrets. C'était vrai. Alors je l'ai changé et c'était ok. Par contre, si on ne me dit rien d'intéressant, c'est différent. Quand on me dit c'est trop Darc, je ne sais pas quoi dire. Fallait demander à Dany Brillant.
- Pour que ce soit plus brillant?
- Ouais, voilà. Daniel Darc contre Dany Brillant, ça ferait un sacré Marvel Comics, non?
J'acquiesce et ris. Lui aussi.
- Dans l'autre sens, des musiciens comme Alain Bashung ou Robert Wyatt participent à ton nouvel album. Comment se sont passées ces collaborations?
- Je travaillais avec les producteurs d'Elvis Costello. Et on a parlé de Wyatt. J'adore Rock Bottom. Alors on l'a approché et il a dit oui. C'est un type tellement gentil, tu sais. Il est venu, a chanté et joué de la trompette, mais à la fin on a juste gardé la voix. La trompette collait mieux si je la jouais au synthé. Mais il m'a laissé l'enregistrement et je peux le réutiliser si je veux. Tu vois, avec les gens talentueux il y a toujours une grande générosité.
- Et pour Bashung? Vous étiez ensemble sur la tournée "Les aventuriers d'un autre Monde", avec Raphaël et Jean-Louis Aubert. Tu es un aventurier?
- Pfff. Le nom veut pas dire grand chose. Mais ce qui m'a plu, c'est de se retrouver tous ensemble sur scène. Comme dans les grands orchestres de jazz. Genre Jazz at the Philarmonic. Tu connais?
- Non.
- Il faut écouter ça, c'est incroyable.
Je grifonne le nom sur ma feuille de notes.
- Justement, en parlant de jazz, Amours suprêmes emprunte son nom au Love Supreme de John Coltrane. Pourquoi cette référence?
- C'est l'album que Coltrane a enregistré après être sorti de la dope et des addictions. C'est le sens que je voulais y donner. Mais je n'ai pas la prétention d'être aussi talentueux que lui.
Comme pour confirmer ce passé, voilà qu'il fait tomber la veste, dévoilant des bras aux multiples tatouages.
- Tu vois celui-ci? Le singe sur mon épaule... C'est pour symboliser le poids du manque quand t'es dépendant. "Monkey on the shoulder". Et celui-ci, sur mon bras? L'homme au bras d'or d'Otto Preminger...
Je regarde ses tatouages et il reprend en main la discussion. A son tour de poser des questions:
- Tu écoutes du jazz toi?
- Oui... un peu.
- T'aimes qui comme musiciens?
J'hésite, puis réponds timidement:
- Mingus, Melhdau, Jarrett, Miles...
Il n'écoute plus, puis s'exclame:
- T'aimes Jarrett!? Sérieux? Attends, tu vas pas me dire que t'aimes cette merde à Cologne!?!
J'acquiesce.
- Mais c'est pas du jazz. Et puis surtout, y a pas d'âme là-dedans.
J'essaie de défendre ce Köln Concert, mais en même temps je ne sais pas trop quoi dire.
- Enfin... j'ai jamais compris comment il s'en vend autant... Et Coltrane, tu écoutes?
Je suis obligé d'avouer que je connais peu. Une compilation. Un disque, une fois. Il commence à égrener les albums essentiels, une sorte de parcours initiatique pour l'inculte que je suis soudain. Pas de prétention pourtant. Juste des conseils. Je note, appliqué. Cherche une brèche pour rebondir. Heureusement pour moi, le voilà reparti sur A Love Supreme, l'addiction, la libération.
- Aujourd'hui tu es clean et protestant. Tu peux parler de l'importance de la foi pour toi?
- Si tu me poses des questions, je réponds...
- Ta conversion, d'où est-elle venue? Un long cheminement, une révélation, un satori...
- Tu lis Kerouac?
- J'ai lu quelques livres, dont Satori à Paris...
- C'est bien... A la base, j'ai été élevé dans la religion juive. Mais mon père m'a toujours laissé le choix et j'ai dit oui. Après, quand j'étais anarchiste, j'ai laissé tomber. La foi est revenue plus tard, vers 1996, au moment de la mort de mon père. Je l'avais mis dans un institut qu'il trouvait très bien, sauf qu'il craignait que ce soit trop religieux. Ce n'était pas le cas. Mais j'ai parlé avec une infirmière. Très gentille. Inbaisable. Mais très gentille, vraiment. On a passé une nuit a parlé de ma foi. Après la mort de mon père, on a pris rendez-vous, avec un religieux qui ressemblait à... euh... Maître Tuck... tu sais, le mec dans Robin des Bois.
- Frère Tuck?
- Exactement. Je lui ai parlé de mes problèmes face à la religion catholique. Genre les indulgences. Il me disait oui, mais... Enfin. Un jour il regarde son agenda et il me dit qu'il peut me convertir la semaine suivante. Là, ça m'a bloqué. On aurait dit qu'il me disait, on a un trou dans une semaine, donc on peut y mettre ta conversion... Après je me suis tourné vers une église protestante. Y avait une fille très belle, qui m'a présenté son mari, pasteur.
Le manager entre dans la pièce, signe que le temps est écoulé. Un signe de la main, pour dire 5 minutes encore.
- Je t'emmerde là, t'as presque plus de temps. Tu veux qu'on passe à autre chose?
Je lui dis que non, qu'il peut continuer.
- A ce moment-là, je croyais que la seule différence entre catholiques et protestants, c'était la Vierge. Lui m'a fait saisir les autres différences. Il m'a emmené dans un truc, genre La vie est un long fleuve tranquille, "Jésus, Jésus, Jésus revient", tu vois le tableau. Comme je tirais une drôle de tête, il m'a proposé un truc plus strict. Et puis je me suis fait baptisé...
Il se lève soudain. Me tourne le dos et remonte sa liquette. Sur sa peau, une immense croix, entourée de deux mains. Je regarde, mais ne sais pas quoi dire. Un instant, mes yeux accroche un panneau sur la croix, où apparaissent les lettres D.O.A. J'en profite:
- Qu'est-ce que ça veut dire, D.O.A.?
- Ah, ça...
Il me prend une feuille de papier, mon stylo et dessine, la main hésitante.
- D'habitude je travaille avec un feutre noir et du Tipp-ex...
Une croix, avec deux barre horizontale. Puis il en referme une. Y inscrit à nouveau les trois mêmes lettres.
- Death On Arrival. C'est aux Etats-Unis, quand tu as un accident. L'ambulance t'emmène à l'hôpital. Et ceux qui décèdent durant le trajet, on inscrit ça. D.O.A. : Death On Arrival. Je vais faire une exposition bientôt avec ces dessins. Je t'inviterai...
Le temps presse, les 5 minutes sont écoulées. Il termine son dessin, signe en haut, puis en bas: "LUV XOPHE - Daniel D." Puis me le tend:
- Tiens, tu peux le garder. Et même le réutiliser, comme la trompette de Wyatt. Si t'arrives le revendre, te gêne pas.
Il éclate de rire et je le remercie, quitte la pièce après lui avoir serré la main. Je m'apprête à quitter les locaux d'Universal, mais le voilà qui me rattrape:
- Dis, en échange du dessin, donne-moi le nom d'un truc jazz que je ne connais pas
- Euh...
- Mais pas un truc d'aujourd'hui. Un machin des années 50 ou 40.
Je repense à ma rencontre avec Robert Wyatt, l'été dernier. A une autre leçon de jazz:
- Mutt Carey.
- Mutt...?
- Carey. C'est Wyatt qui m'en avait parlé. Un trompettiste des années 20, d'avant l'ère des solistes.
- Mutt Carey...
- Son style est peu syncopé, presque archaique.
Je lui note le nom sur une feuille. On se sert à nouveau la main. Puis je repars. Laisse derrière moi la légende. Le dernier punk de l'Hexagone.
Rédigé le 01/03/2013 à 06:00 dans R.I.P. | Lien permanent | Commentaires (2) | TrackBack (0)
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