Nouvelles graines Débarassé de ses défroques envahissantes , Nick Cave se réinvente, entre songwriting délicat et tension larvée.
Nick Cave & The Bad Seeds - Water's Edge
A la fin de l'enregistrement de Push The Sky Away, Nick Cave a rappelé son vieux complice Barry Adamson, à la basse pour deux titres et la tournée à venir. Une pige qui évite à ce quinzième album de l'Australien et de ses Bad Seeds d'être le premier sans aucun membre originel - départ de Mick Harvey oblige - Cave himself excepté. Voilà pour la petite histoire.
Pour la musique, c'est une autre histoire. Plus importante. Dès We Know Who U R (Nick Cave se serait-il mis au langage SMS?), on est saisi par un climat neuf. Exit le grand cirque rock de Dig Lazaus, Dig!!! Exit également l'emphase de Abattoir Blues/The Lyre Of Orpheus. L'heure est à l'épure. Mais pas forcément à la sérénité.
Nick Cave troque les les guitares saillantes contre le violon pervers de Warren Ellis, au moment d'injecter un peu de venin dans ces compositions au calme trompeur.
Loin de son bon vieux rôle de crooner au piano (The Good Son, The Boatman's Call), Nick Cave s'appuie sur des textures nouvelles, délicates et complexes à la fois. Choeurs légers, violon hanté, orgue brumeux, basse rugueuse, l'équation convainc et retrouve souvent la grâce des meilleurs album du groupe australien, en tête Your Funeral...My Trial.
On joue sur du velours, mais la rupture n'est jamais loin, à l'image du prenant Water's Edge sur lequel Nick Cave chante mieux que jamais. Ou le vibrant We Real Cool où un piano léger dialogue avec une basse spectrale. Ou encore sur l'hypnotique Jubilee Street fendu soudain d'un violon dissonant, perdu dans un tapis de cordes, avant de s'offrir une coda obsédante, pizzicati flippants façon Delivrance, sur l'envoûtant Finishing Jubilee Street. Et c'est peut-être là l'une des plus grandes forces de cet album: troquer les guitares saillantes contre le violon pervers de Warren Ellis, au moment d'injecter un peu de venin dans ces compositions au calme trompeur.
Quant aux textes, il s'écarte des exégèses habituelles comme des histoires livresques. Nick Cave avoue volontiers s'être laissé prendre par les hasards de l'internet au moment de composer, d'une recherche Google à une plongée dans Wikipédia. Pas étonnant de retrouver un titre consacré au fameux boson de Higgs (Higgs Boson Blues), dans lequel Cave s'imagine roulant vers Genève. Espérons simplement qu'il s'en souviendra au moment de compléter les dates de sa (longue) tournée européenne.
Pour le reste, Nick Cave signe sans doute son meilleur album depuis The Boatman's Call, comme libéré enfin de ses nombreuses défroques, du rocker au prêcheur, en passant par celle du prince gothique. Mieux, pour la première fois depuis près de deux décennies, on a l'impression que l'Australien avance et que de nouveaux horizons lui sont promis. De quoi se réjouir.





























Pareil, mon disque préféré du monsieur est sans doute "Your Funerak...my trial". Et ce dernier est très bien, mais je trouve qu'il lui manque un zest de folie, qu'il est presque trop maîtrisé.
Rédigé par : Vincent | 18/02/2013 à 10:58