Wall of fame L'arlésienne n'est plus. My Bloody Valentine a donné une suite à "Loveless" et s'évade du musée où certains voulaient l'enfermer.
My Bloody Valentine - Only Tomorrow
Donc voilà, tout arrive. Même un troisième album de My Bloody Valentine. 22 ans après Loveless, l'arlésienne a cédé la place à un disque, un vrai, ou presque. Pour l'instant, la chose n'est disponible qu'en téléchargement. Mais dès la fin février, elle se matérialisera dans les boîtes aux lettres de ses acheteurs, sous forme de CD et de vinyle.
Voici donc le successeur de Loveless. Maintes fois annoncé, maintes fois repoussé, tellement espéré qu'on avait fini par l'oublier. Et par faire Kevin Shields une version pop de l'enfant qui criait au loup, même quand il annonçait la chose imminente. Et soudain, dans la nuit de samedi à dimanche dernier, l'impensable s'est produit et My Bloody Valentine devint, pour quelques instants, le mot le plus partagé de la Twittosphère. Jusqu'à imaginer certains crier "Who the fuck is My Bloody Valentine!?!"
Durant une bonne moitié d'album, on a le sentiment de découvrir un Loveless 2.0. Et soudain, en trois titres, on tombe nez-à-nez avec My Bloody Valentine 2.0.
Mais derrière le vacarme de cette nouvelle, qu'a-t-il sous le capot, ce M B V? Une autre forme de vacarme. Sans surprise. Mais avec plaisir. Ou presque.
Dès les premières vibrations de guitares de She Found Now, on retrouve la fureur aveuglante qui a fait la légende du groupe irlandais, son bruit blanc étouffant. Un bourdon éthéré à la profondeur saturée inouïe. Ou comment allier coton et papier de verre.
Porté par une mélodie plus pop, Only Tomorrow rallume ensuite la flamme de Loveless. Comme si 22 ans ne s'étaient pas écoulés. Sauf que la production impressionne plus encore, forte d'une clarté qui étonne, zébrant une brume électrique si épaisse pourtant, à la manière de la mélodie de guitare qui clôt le morceau. Plus bluffant encore, le break de batterie minimale qui ouvre Who Sees You - réminiscence d'Only Shallow - et débouche sur un exercice hypnotique de dream pop saturée.
Passé le plus éthéré Is This And Yes - guitares au repos et voisinage de Stereolab - If I Am prolonge ce sentiment de découvrir un Loveless 2.0. Sentiment à peine ébranlé par le très poppy New You, bouffée d'oxygène placée à mi-parcours. Un apaisement de courte durée, comme pour préparer au vrai tour de force de M B V, sa triplette de clôture.
Balayé le souvenir de Loveless! In Another Way, Nothing Is et Wonder 2 donnent à voir My Bloody Valentine 2.0. Inespéré. Plus débridés, moins prisonniers d'un songwriting aiguisé, ces trois morceaux ouvrent sur de nouveaux horizons. Le tempo est pavlovien, les synthés dialoguent avec les larsens des guitares, le chaos côtoie le cahot. Malgré ses imperfections, cette triplette s'impose dès les premières écoutes et absout My Bloody Valentine de la simple suite logique, de la reproduction à laquelle semblait devoir le condamner l'époque.
Car si ce troisième album prend aujourd'hui des allures d'événement, pas sûr qu'il aurait eu le même résonnement il y 22 ans. Ou même 15 ans. Adoubé et célébré pour son Loveless, My Bloody Valentine est devenue une référence qu'on n'oserait remettre en question. Un statut qui aurait pu pousser Kevin Shields à prolonger le sommeil discographique de son groupe ad eternum. Rien que pour ça, M B V mérite le respect. Et n'a sans doute pas fini de dévoiler ses secrets, entre sa première moitié digne d'un Loveless contemporain et son final tourné vers le futur. Un futur qu'on espère découvrir avant 2035.





























C'est le 5e album du groupe et non le 3è..; en passant..
Rédigé par : fredleray | 08/02/2013 à 16:33
Euh... Non. Si tu penses à "This Is Your Bloody Valentine" et "Ecstasy", il s'agit de mini-albums, sortis en éditions limitiées.
Rédigé par : Christophe | 09/02/2013 à 11:21