
S'il est un chanteur lettré, sans mauvais jeu de mots, c'est bien Dominique A. Les fidèles de ses nombreux journaux de bord le savent lecteur, capable de réunir une pognée d'écrivains appréciés le temps d'un recueil expérimental (celui qui accompagnait Tout sera comme avant). Les plus attentifs ont peut-être eu l'occasion de lire ses propres mots, souvent justes, toujours personnels, le temps d'un essai réflexif sur sa manière de travailler (Un bon chanteur mort) ou d'un court récit autobiographique (Y revenir).
Reste qu'à côté des mots, les bulles comptent aussi. Dominique A parle de BD, a vu ses chansons mises en images (le recueil Textes illustrés), s'est fait caricaturer par son ami Katerine (dans son très bon Doublez votre mémoire) et s'est même offert de jolies illustrations pour son récent Vers les lueurs. De là à devenir un personnage de BD, il n'y avait qu'un pas, que franchissent aujourd'hui Arnaud Le Gouëfflec et Olivier Balez.
Un thriller surprenant, drôle et captivant, qui se double d'une étrange rétrospective, plus introspective qu'exhaustive, d'un parcours atypique.
Avec J'aurai ta peau Dominique A, les deux auteurs imaginent le chanteur en cible pour un mystérieux tueur. La menace dès la première page, l'angoisse et les chassés croisés ensuite, plusieurs rebondissements avant la résolution. Le thriller tient la route, distillant son suspense avec malice et parcimonie. C'est surprenant, drôle parfois, plutôt captivant et joliment rythmé par des clins d'oeil aux chansons de Dominique A, de l'incontournable, vu le sujet, Il ne faut pas souhaiter la mort des gens, à Immortels.
Mais plus que le simple récit, ce sont les multiples portes et passerelles qu'il crée qui font la réussite du livre. Passerelles entre fiction et réel. Portes dérobées entre homme et artiste. Là encore, on rit, notamment de la relation entre ce Dominique A de papier et son ami Philippe Katerine, entre franche camaraderie et compétition taquine. Surtout, on s'interroge sur une carrière et le chemin emprunté. Comme le dit Dominique A, le vrai, en préface de l'ouvrage, cette histoire inventée lui a permis de se rendre compte combien "je me suis coupé tous les ponts qui m'auraient permis d'échapper au micro et aux planches. J'étais en fait un monstre de détermination."
Un "monstre" qui est soudain obligé de s'interroger sur les motivations du tueur, sa part de responsabilité, en refaisant le tour de son répertoire et de ses prises - ou non - de position. Jusqu'à s'interroger sur l'orgueuil de ce A majuscule, pseudonyme parfait pour prétendre à la première page du dictionnaire de la chanson française, comme le lui fait remarquer une commissaire de police qui - oh surprise - ne le connaît pas. Et si c'était là la solution de l'énigme?
A l'heure où Dominique A vient de se voir décerner une surprenante - mais méritée - Victoire de la musique, J'aurai ta peau Dominique A a le mérite de tomber à pic. Et d'offrir une étrange rétrospective, plus introspective qu'exhaustive, d'un parcours atypique. Jusqu'à s'interroger, côté lecteur, sur l'étrange aura d'un chanteur si méconnu du grand-public, malgré les lauriers et, maintenant, les récompenses. Un précédent ouvrage de Le Gouëfflec et Balez s'intitulait Le chanteur inconnu. Il y a un peu de ça chez Dominique A. Avec un quelque chose de familier en plus. A vérifier en images, avant un prochain concert lausannois, aux Docks le 5 avril.
Arnaud Le Gouëfflec
Olivier Balez
J'aurai ta peau Dominique A
Glénat
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