E's Back Trois ans après avoir bouclé une trilogie quasi parfaite, Eels poursuit dans la même veine, entre blues-rock tordu et songwriting aérien.
Eels - The Turnaround
Etrange de repenser à l'apparition d'Eels, il y a un peu plus de 15 ans maintenant. De prime abord, Beautiful Freak ne détonnait pas dans le paysage. Il fallait tendre l'oreille pour découvrir les fêlures et les sons biscornus qui allaient devenir la marque de fabrique du groupe. Ou de E, plutôt, leader unique d'une troupe à géométrie variable. Un songwriter discret et mal peigné - mal rasé, avec le temps - capable de torcher un album entier sur la mort et le désespoir (l'insurpassable Electro-Shock Blues), de s'offrir une virée rock'n'roll (Souljacker), de se réinventer avec un quatuor à cordes (Eels with Strings) ou de cacher dans une trilogie hermétique un trésor de chanson (The Look You Give That Guy).
De quoi en faire un personnage suspect pour une certaine intelligenzia indie rock. Et un ami pour la vie pour celles et ceux qui savent prendre le temps d'écouter. Pas sûr que Wonderful, Glorious inverse la tendance. Trop fourre-tout ou pas assez frime, c'est selon, à l'image d'un Peach Blossom bricolé, qui ne choisit pas entre la facilité des Black Keys et le jusquauboutisme de Tom Waits, qui refuse l'évidence, requiert un minimum de patience. Et pourtant, tout sonne juste ici, du papier de verre aux miniatures plus douces.
Une fois de plus, Eels ne choisit pas entre la facilité des Black Keys et le jusquauboutisme de Tom Waits. Un refus de l'évidence qui requiert un minimum de patience.
Jusqu'à faire un album plus précieux qu'il n'en a l'air. Car s'il souffre plus qu'à l'habitude de quelques lourdeurs (le pompier Wonderful, Glorious) ou répétitions (le très entendu Kinda Fuzzy), Wonderful, Glorious contient surtout une grosse poignée de très belles chansons. Une fois de plus. De l'inaugural Bombs Away, mi-cabossé, mi-tordu, à The Turnaround, ballade vintage à souhaits, du blues bricolé de New Alphabet au songwriting aérien d'On The Ropes, en passant par le plus affecté True Original, E s'offre un tour du propriétaire inspiré, concassant sur la longueur d'un album les diverses directions sonores de la triplette Hombre Lobo/End Times/Tomorrow Morning.
Ce sera peut-être le seul reproche à faire à ce Wonderful, Glorious: ne pas proposer de nouvelles directions. Mais bon, on dira que ça ira pour cette fois. Et on se réjouira de retrouver à niveau un songwriter cruellement sous-estimé de l'époque.
Eels
Wonderful, Glorious
E Works/Universal
En concert: Fri-Son, Fribourg, le 15 avril.





























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