Back Emperor! Dix ans après son dernier effort, le collectif de Montréal livre un cinquième album façon coda, testament d'un certain post-rock.
Godspeed You! Black Emperor - Mladic
Donc voilà. Deux ans après une reformation qui aura engendré une sorte de "never ending tour", Godspeed You! Black Emperor rompt son silence discographique et publie son cinquième album. "Allelujah!" entend-on de-ci de-là sur le web. Allelujah! Don't Bend! Ascend! lance le collectif montréalais, toujours aussi prompt à manier le slogan.
La surprise et/ou l'enthousiasme passé, que dire de ce premier disque en dix ans? Tout d'abord qu'il n'étonnera pas vraiment les fans de GY!BE, les contentera sans doute, puisque plus du 3/4 de l'album est composé de deux morceaux déjà entendus sur scène - depuis 2003, pour être exact - Albanian et Gamelan, désormais baptisés, respectivement, Mladic et We Drift Like Worried Fire. Comme un besoin de reprendre les choses là où on les avait laissées? Une envie de boucler la boucle? Un aveu d'impuissance créatrice? Un peu des trois, sans doute.
En deux ans de tournée de reformation, GY!BE aura en effet pu constater que loin de s'être éteinte, son aura n'avait fait que grandir en 7 ans d'absence. Et que sa formule post-rock-cathartico-épique avait non seulement encore ses adeptes, mais que ceux-ci avaient été rejoints par de frais convertis. De quoi allègrement tourner avec le même répertoire qu'en 2003, tout en affinant la puissance de frappe (pour avoir vu GY!BE lors de du Nigthmare before Christmas 2010, je peux vous assurer que la prestation du groupe supplantait de loin celle vue en 2002).
Sans surprise donc, au moment de retourner en studio, les Canadiens ont choisi de polir un peu plus les deux diamants bruts présentés sur scène. Mais malgré l'ajout de quelques samples (sur Mladic), le résultat ne surprend guère. Et dégage les mêmes points forts et points faibles que sur scène.
Réussite incontestable, Mladic est peut-être le morceau le plus direct et rageur jamais composé par le groupe. Fort d'un riff imparable et d'une martialité grave, il déploie une puissance de feu façon bulldozer, allant de crescendo en crescendo, sans trop s'arrêter sur la case calme avant la tempête. L'intro (un discours radiodiffusé) et l'outro (des rythmiques tribales et des bruits de klaxons) renforcent encore l'effet cathartique de l'ensemble.
Plus contrasté, We Drift Like Worried Fire peine à convaincre tout à fait, malgré quelques beaux moments. La faut peut-être à une ligne directrice plus floue, comme si le morceau évoluait sans vraiment savoir où il allait, à la façon de Rockets Fall On Rocket Falls (Yanqui U.X.O.). Reste que lorsque la dynamique trouve son second souffle, sur la coda finale notamment, on entrevoit son potentiel, comme c'était déjà le cas en concert. Dommage que GY!BE n'aie pas trouvé la solution pour totalement le réaliser.
A ces deux morceaux façon machine de guerre, directs et offensifs, dans la droite lignée de Yanqui U.X.O., le groupe ajoute deux drones, le premier tel un tapis bruitiste sur lequel un violon tente de broder une mélodie, le second un bourdon plus monolythique. Deux exercices de style qui peinent à trouver leur place dans la logique narrative de l'album, posé chacun à la suite d'une des pièces-maîtresses sur CD, relégué sur un 7" à part en vinyle. Une construction étrange, qui renforce l'impression que le GY!BE d'aujourd'hui n'est plus tout à fait celui d'hier, maître ès-collages et labyrinthes sonores, mais un grand orchestre post-rock, où la fureur aurait remplacé la bricole.
Reste cette puissance retrouvée et les maelströms de guitares - le retour de Mike Moya (Hrsta) - qui suffisent déjà à faire renaître les frissons et à marquer les tympans. Plus testament que renaissance, ce cinquième album s'inscrit finalement parfaitement dans l'évolution qu'a connu GY!BE d'un album à l'autre, du hanté F#A#∞ au massif Yanqui U.X.O. Et complète avec la manière une discographie exemplaire et essentielle.
Godspeed You! Black Emperor
Allelujah! Don't Bend! Ascend!
Constellation/Irascible
En concert: Heartland, Dachstock, Berne, Vendredi 16 novembre.





























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