Il y a 6 mois, j'animais un débat sur la situation des clubs de rock et, par extension, des musiques actuelles en Suisse romande. Autour de la table, des représentants politiques et culturels de Fribourg, Genève et Lausanne. Après une heure de discussion, le représentant de la ville vaudoise pouvait se gausser de la bonne santé affichée par sa cité, plus attentive à l'éclosion et au développement des cultures émergentes et underground que ses voisines. La belle histoire.
Six mois plus tard, c'est peu dire que la situation a changé. Suite à la complainte d'un élu d'extrême-gauche, fâché de voir son travail à la tête de la police remis en question par ses collègues municipaux, une étrange rocade a eu lieu, poussant la culture dans les bras du syndic Daniel Brélaz, pas vraiment connaisseur du domaine (je vous laisse apprécier une interview donnée à cette occasion où il parle, notamment, de son amour pour la musique de Star Wars).
La culture, donc, victime colatérale d'un débat initialement né autour de la sécurité et forcée de changer de responsable pour la deuxième fois en un peu plus d'une année. Pas de quoi dormir tranquille (ou créer tranquille, c'est selon). Surtout, la preuve du peu d'intérêt que portent en réalité les élus lausannois à la chose culturelle, une fois sorti de la sainte trinité Béjart-Vidy-Opéra.
Affligeante, la situation en devient carrément ubuesque aujourd'hui avec l'annonce faite par la Municipalité de Lausanne (à majorité de "gauche", rappelons-le) d'interdire le concert du groupe Oi Polloi dans le cadre du LUFF (un festival fort justement soutenu par... la Ville de Lausanne). Motif: la sécurité. Il y a 2 ans, des violences avaient entâché le LUFF suite à un concert de Discharge. Même si aucun problème n'a marqué l'édition suivante, la logique politicienne et sécuritaire assimilant un groupe punk à un autre a frappé. Soit.
On pourra toutefois trouver étrange alors que plusieurs bagarres ont marqué les esprits ce printemps à la sortie des boîtes de nuit lausannoises, qu'aucune d'entre elles n'ait été interdite d'ouverture. Alors qu'un festival coupable d'un écart en une grosse décennie d'existence est puni préventivement. Mais finalement, c'est peut-être bien ça le vrai visage de la politique municipale: frapper quelques grands coups médiatiques là où c'est visible et facile.
De la même manière que le premier tour de force policier depuis la rocade municipale fut une descente de flics sur la Place de la Riponne (scène ouverte de la drogue et refuge des marginaux toléré depuis 10 ans en plein centre-ville), la réponse aux violences nocturnes qui ont marqué la ville ne pouvait être qu'une bonne vieille attaque contre des punks, ces ennemis si commodes de ceux qui aiment la Suisse de grand-papa. De la censure, comme on disait à l'époque.





























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Rédigé par : Anne Berguerand | 12/10/2012 à 11:54