Pas sûr qu'Algiers inverse la tendance. Malheureusement. Pourtant, le septième album de Calexico est peut-être le meilleur depuis Feast Of Wire, voire mieux. Inspiré par La Nouvelle Orléans (Algiers en est un quartier), il évite toute tentation de carte postale. Et va plutôt voir ailleurs, comme du côté des musiques cubaines, revisitées le temps d'un joli Sinner Sea. Surtout, une fois passé les morceaux les plus enlevés (l'impeccable Splitter en tête), l'album présente un groupe à l'écriture plus aérée et délicate que jamais. Pour preuve, ce magnifique Para, bijou de songwriting à la tension et à la mélancolie rentrées.
Je vous parlais du très beau Mid Air de Paul Buchanan hier. Dans la série des crooners sur le retour dont on parle trop peu, on ajoutera également Bill Fay et son touchant Life Is People, premier album original depuis plus de 30 ans pour un songwriter méconnu et fatalement sous-estimé.
Et si la lumière des projecteurs carresse un poil l'Anglais cette année, c'est sans doute grâce au parainnage de Jeff Tweedy. Les plus perspicaces se souviendront peut-être que le leader de Wilco reprenait un titre de Fay dans le documentaire I'm Trying To Break Your Heart (Be Not So Fearful, pour être exact). Cette année, l'affaire se joue en sens inverse, avec une reprise magnifique et dépouillée de Jesus Etc. par Bill Fay.
Bonus non négligeable, Jeff Tweedy ajoute encore son timbre à la besace de Fay, sur This World, interprété en duo sur Life Is People. Et pour le reste, l'album se déroule avec classe et délicatesse entre chansons dépouillées au piano et compositions plus ambitieuses flirtant avec un certain coutry-rock érudit. De quoi justifier un beau retour.
Retour de crooner Retraité de The Blue Nile, Paul Buchanan signe un album dépouillé et délicat, au charme discret, quasi magique.
Paul Buchanan - Summer's On Its Way
En vacances, j'aime bien troquer les disques contre des livres. La semaine dernière, par exemple, paresseusement allongé sur une plage corse, j'ai dévoré le second roman du Genevois Joel Dicker, La vérité sur l'affaire Harry Quebert (L'Age d'homme). Un "page turner" made in CH, bluffant et hâletant. Sur près de 700 pages, l'écrivain de 27 ans tient en haleine, à la façon des meilleurs faiseurs de polars, tout en distillant une atmosphère littérairo-intello façon Philippe Roth. Une belle surprise.
Mais pourquoi, êtes-vous en train de vous dire, est-ce que je vous parle de bouquins et de farniente? Et bien tout simplement parce que lors d'un prochain voyage, il faudra que je songe à mettre dans ma valise un ouvrage d'Olivier Adam. Je lui dois bien ça. Car c'est grâce à l'auteur de Je vais bien, ne t'en fais pas et un court article publié dans Next, que j'ai découvert l'album de Paul Buchanan, décrit par Adam comme cousin de Mark Hollis, à recommander aux amateurs de Lambchop et Tindersticks. Vous pensez bien que ça a titillé ma curiosité.
Je suis donc allé écouter le chanteur Ecossais, plus connu jusqu'ici comme leader des discrets The Blue Nile (silencieux depuis 8 ans). Et j'en suis sorti séduit. Certes, on est encore loin des déserts impressionnistes de Mark Hollis, mais un charme étrange se dégage de cette collection de chansons délicates et minutées (on dépasse rarement les 3 minutes). Seul au piano et aux synthés, Paul Buchanan livre des chansons personnelles et apaisantes, pourtant composée suite au décès d'un ami proche et à la disparition (quasi) consommée de The Blue Nile. La musique est désuète, minimaliste, mais jamais creuse, joue l'économie pour éviter la note de trop, à la recherche de l'épure. La voix, elle, flanque les frissons sans pour autant jouer du trémolo, déroulant ses mots avec parcimonie, conférant l'émotion à la virgule près. L'ensemble s'écoute comme le temps d'une parenthèse, quelque chose de suspendu, un recuillement imperceptible, la méancolie pure, jamais vraiment triste, figée dans l'instant.
Un plaisir simple, aérien et poétique, qui donne envie de se replonger dans la discographie de The Blue Nile, l'oreille neuve ou tout comme. Sur la liste de course avec les livres d'Olivier Adam. Mais en attendant, au cas où ce dernier tomberait sur cette notule au hasard d'une alerte Google, je me permettrais de lui conseiller, s'il ne le connaît pas déjà, le récent album de Dakota Suite et Quentin Sirjacq... à recommander à tout amateur de Mark Hollis.
Atention, attention. Cet automne, on va vous parler un peu beaucoup de la scène musicale suisse et de sa bonne santé. Le grand retour de Stephan Eicher, celui de Sophie Hunger, la confirmation de My Heart Belongs To Cecilia Winter, le voyage aux USA de Marc Aymon, les pépins de santé de Johnny Hallyday (ah, pardon, on me dit que le résident de Gstaad n'a pas de passeport suisse).
Dans ce flot de sorties annoncées, il faut faire des choix à l'heure de jouer la carte du trailer. Comme j'aime l'action, les effets spéciaux, les cascades et tutti quanti, c'est de Mama Rosin qu'on parlera brièvement aujourd'hui. Le groupe genevois débarque début octobre avec un nouvel album produit par Monsieur Jon Spencer, du côté de New York. L'objet s'appelle Bye Bye Bayou, est dans la lignée des précédents albums du groupe mais en mieux encore et sortira sur le formidable label de Mama Rosin, Moi j'connais. Et plutôt qu'une longue tartine, écoutez seulement le premier extrait, Paraît qu'y a pas l'temps.
Il y a quelques jours, je suis tombé sur ça. Un classement ironico-ludique des 20 groupes les plus "hipsters" de l'époque. Je l'ai feuilleté, par curiosité, n'ai pas beaucoup ri et suis passé à autre chose.
Quelques jours plus tard, via un ami Facebook, je suis retombé sur ça. Je l'ai refeuilleté et ai ouvert le débat, m'attardant simplement sur la présence de Bon Iver en tête liste. Qu'on aime ou non, c'est une chose. Qu'on en fasse le parangon hipster de l'époque, c'en est une autre. Les goûts et les couleurs, oui. Mais les goûts et les couleuvres, non. Sans doute qu'il y a 15 ans, le même aurait aligner Björk, Beck, Pavement et Radiohead dans un classement du type.
Reste que comme souvent avec Facebook, la discussion s'est emballée. Et les commentaires se sont multipliés. Soit. Au final, pourtant, je restai doublement sceptique. D'abord face à un classement poseur qui ne proposerait aucune alternative (genre les 20 groupes les plus intéressants du moment, argumentaire à l'appui). Ensuite face à une discussion de sourds, sans arguments ni passion.
Et c'est ça qui me manque de plus en plus sur la Toile: la passion. Grand consommateur de médias variés sur le net hier (webzines, forums, blogs, etc.), je ne lis plus grand-chose aujourd'hui. Mais contiue à écrire. En repensant souvent à ce que m'avait dit un journaliste plus âgé quand j'étais encore stagiaire: il est plus facile de descendre en flèche que d'en tresser les louanges. Dans le premier cas, on a tout loisir de montrer son style, son humour, son esprit. Dans le second, on se met à nu, on dévoile un peu de soi pour défendre quelque chose.
C'est cette seconde option que je tente d'appliquer avec ce blog. Quitte à en dire trop parfois, à taper à côté ou à me planter. Qu'importe. C'est un carnet et, malgré la solitude, un dialogue plutôt qu'un monologue. C'est ce que j'aimais sur les forums il y a 15 ans. Ce que j'aimais sur les webzines il y a 10 ans. Ce que j'aimais sur la blogosphère il y a 5 ans. Sans doute qu'aujourd'hui ça se passe ainsi sur Twitter ou Facebook. Reste qu'avec des formats d'écriture tendance SMS, on ne s'étonnera pas de voir fleurir des classements du genre plutôt que des passions partagées. Les goûts et les couleuvres...
Puissance 4 Au complet à nouveau, Animal Collective poursuit sa route, loin des chemins tracés, entre impasses et grandes découvertes.
Animal Collective - Rosie Oh
Trois ans et demi sans nouvelles, c'est long. Surtout pour un groupe qui avait pondu jusqu'ici la bagatelle de 8 albums studios en 10 ans, ainsi que 4 EPs. Alors bien sûr, Animal Collective n'a pas chômé depuis Merriweather Post Pavilion. Tournées et projets divers (l'OVNI ODDSAC, une K7 et des chaussures pour une bonne oeuvre, une bande-son pour une oeuvre du Guggenheim) ont jalonné ces 3 années de "silence", tandis que la réputation du groupe ne cessait de croître.
Autant dire que les Américains sont attendus au tournant avec Centipede HZ. Contre-pied? Révolution? Ratage? Consécration? Amateurs de sensations fortes, passez votre chemin. Rien de tout ça ici. Centipede HZ s'inscrit dans la droite lignée de son prédécesseur, nouvelle pièce précieuse dans une discographie exemplaire, traversée par les fulgurances dont le groupe est coutumier, mais parfois plombée par quelques zones de creux.
Dès Moonjock, le décor est posé. Malgré le retour de Deakin comme membre à part entière, Animal Collective ne renonce pas à l'exploration électronique, ni à ses tentations pop. Mais la mixture est plus corsée que sur Merriweather Post Pavilion. Pour preuve, l'épilleptique premier extrait, Today's Supernatural, dont je vous parlais récemment, prompt à décourager les accros à My Girls. Même Rosie Oh, l'un des titres les plus poppy de l'album a ses épines, malgré une mélodie sixties limpide au chant.
Construit à la façon d'un programme radio (grésillements et annonces en guise de transition), Centipede HZ contient son lot de pépites. Les machine schizophrène de Wilde Eyed, le dancefloor retourné de Mercury Man ou encore le feu d'artifice final Aminata, symphonie de poche façon Beach Boys 2.0. Malheureusement, il y a aussi un peu de redite. Un Father Time qui tourne vite en rond ou un Applesauce aux airs de déjà-entendus flagrants.
Bilan mitigé, mais qui tend plutôt vers le bon. Car dans ses meilleurs moments, ceux où pop et bidouilles consomment leur union, Centipede HZ est l'un de trucs les plus fascinants entendus cette année, assumant ses influences tout en les projetant dans le présent. Plus que jamais, Animal Collective trace sa voie, loin des chemins balisés. Qui l'aime la suive.
Celles et ceux qui ont vu Bob Dylan en concert récemment - enfin, durant les 5 dernières années - ont parfois eu l'impression d'entendre un imitateur maladroit de Tom Waits, la voix éraillée et cabossée, mais juste pas assez pour faire l'ogre des contes. Et ce n'est pas Tempest, le nouvel album du Zim qui classera l'affaire. Sorte de recueil de country pour personnes qui n'écouteraient de la country que d'une oreille, ce disque donne à entendre "on the record" cette fois ce pénible exercice de style qui ferait presque regretter la voix nasillarde des décennies passées. Passons, donc. Mais rions un peu avec ce cartoon bien inspiré que m'a fait découvrir l'également bien inspiré remplaçant de ma disquaire attitrée.
Histoire de jouer gratuitement après le concours Heartland. Perso, au premier coup d'oeil, j'en ai une bonne moitié. Mais je compte sur votre perspicacité si vous voulez les nommer en commentaires.
EDIT: Allez je commence. Et compléterai les réponses avec vos contributions.
EDIT 2: Le compte est bon, on dirait. Merci à tous!
Finalement, on dirait que je ne dessine pas si mal. Du moins si j'en crois vos réponses. Vous avez été plus d'une vingtaine à participer... et vous avez tous trouvez les 15 bonnes réponses. Que voici, en images juste au-dessus, en toutes lettres juste en-dessous:
1 - THEE SILVER MT. ZION MEMORIAL ORCHESTRA - Born Into Trouble As The Sparks Fly Upward
2 - POLMO POLPO - Like Hearts Swelling 3 - HRSTA - Stem Stem In Electro 4 - SANDRO PERRI - Impossible Spaces 5 - GODSPEED YOU BLACK EMPEROR ! - Lift Your Skinny Fists Like Antennas To Heaven 6 - TINDERSTICKS - The Hungry Saw
7 - VIC CHESNUTT - At The Cut 8 - HANGEDUP - Kicker In Tow 9 - EXHAUST - Exhaust 10 - DO MAKE SAY THINK - Goodbye Enemy Airship The Landlord Is Dead 11 - CLUES - Clues 12 - ERIC CHENAUX - Sloppy Ground
13 - COLIN STETSON - Those Who Didn't Run 14 - FLY PAN AM - Fly Pan Am 15 - BLACK OX ORKESTRA - Ver Tanzt?
Le tirage au sort - orchestré par le sympathique logiciel The Hat - a désigné Laura Grudchew comme gagnante de l'abonnement pour la 3ème édition du Heartland, qui aura lieu au Dachstock à Berne du 16 au 18 novembre. Bravo à elle. Quant à Nicolas Muraro, il remporte une sélection de CD de Do Make Say Think, l'un des groupes phares du label Constellation, qui sera bien sûr présent à Heartland. Et pour les autres, malheureux sur ce coup, notez qu'il reste des abonnements en vente pour le festival. Rien n'est définitivement perdu.
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