Donc voilà, c'est la fin du mois de juin, le début des festivals et pour beaucoup, c'est la mi-temps et donc l'heure des comptes. Pour la première fois depuis un bail, je n'ai rien noté. Pas de pense-bête qui répertorierait les disques écoutés et appréciés jusqu'ici. Pas de classement qui hiérarchiserait la chose. Rien.
Mais je sais que j'ai beaucoup écouté certains disques durant les six derniers mois. Et pas forcément ceux que l'on retiendra en fin d'année. Enfin, sauf ici. Tindersticks, Dominique A, Leonard Cohen... de vieux "amis" qui ont offert de très beaux albums. Andrew Bird, Lambchop, Patrick Watson... d'autres vieux "amis" dont je ne sais toujours pas quoi penser, malgré les écoutes. Michael Kiwanuka, Alabama Shakes, Father John Misty... de nouvelles têtes - ou presque - qui ont remis un peu au goût du jour l'art du songwriting.
De tout ça, je ne tire guère de conclusion en vue du traditionnel classement de fin d'année. Mais je sais déjà qui sera sur mon podium niveau chanson. Tout simplement parce que c'est sans doute l'une de celles que j'ai le plus écouté cette année. Et dont je ne me lasse pas. 10 minutes de classe, tout simplement, folk vintage, rock planant, soul brûlante. Avec Hey Jane, Spiritualizedˀ lance à la perfection son récent Sweet Heart Sweet Light. Et promet des étincelles cet automne, pour une date très attendues aux Docks, le 13 novembre. A l'image de cette vidéo qui ne laisse pas indifférent.
Spain again 17 ans après "The Blue Moods Of Spain" et après 7 ans de silence discographique, Josh Haden ressuscite Spain, mais préfère désormais le technicolor au noir et blanc.
Spain - I Love You
Same but different... Pour ceux qui ont un jour chéri The Blue Moods Of Spain, le nouvel album du groupe américain promet un certain trouble. Du titre à la pochette, The Soul Of Spain assume parfaitement la filliation. Un peu trop peut-être, même. Quitte à tomber dans la caricature.
Musicalement, c'est une autre histoire pourtant. Passé quelques notes de basse qui amènent les frissons, Only One s'écarte de la mélancolie épurée et du slowcore rachitique qui ont fait la réputation et le bref succès de Spain. Exemple le plus frappant, I Love You réveille le souvenir de The Blue Moods Of Spain, puis s'en écarte soudain, le temps d'un solo de guitare à la luminosité et au classicisme surannés.
Spain a vieilli. Et pas seulement en photo. Si la pochette de The Blue Moods Of Spain évoquait des volutes de fumée, celle de The Soul Of Spain fait musée de cire, un peu kitsch. Mais Josh Haden et son (nouveau) groupe assument cette couleur et en joue, à la façon d'un Leonard Cohen. Le temps a passé, les rêves sont passés, mais reste un souffle, une inspiration unique. On joue toujours sur du velours, mais en technicolor plutôt qu'en noir et blanc.
Et si cette évolution laisse parfois sceptique (le folk-rock un peu carré de Because Your Love, les lignes de piano trop pleines de Without A Sound et Sevenfold, le rock daté de Miracle Man), l'ensemble dégage un charme certain, dû aussi bien au chant de Josh Haden (sur Without A Sound ou I Love You, par exemple) qu'à des mélodies moins rèches mais toujours aussi hypnotiques (I Love You, Walked On Water, Falling). Et même les ornementations familiales séduisent (les choeurs des soeurs Haden, le violoncelle de Tanya Haden sur Walked On The Water) ou une chanson composée sans Josh Haden, All I Can Give, le violon de Ezra Buchla et la voix de Ihui Wu).
Disque d'un autre temps plutôt que retour intéressé, The Soul Of Spain ne changera sans doute pas grand-chose à l'histoire. Et ne devrait guère dérouler de tapis rouge pour Josh Haden. Reste une collection de chansons moins pépères qu'il n'y paraît, léchées mais riches en non-dits, capables par instants de faire renaître un magnétisme qu'on croyait perdu à jamais.
Spain The Soul Of Spain Diamon Soul/Glitterhouse/Irascible
Peut-être que vous avez remarqué que je n'ai rien dit encore sur Bloom, quatrième album de Beach House. Alors que j'avais, comme beaucoup, tressé des lauriers à Teen Dream. Et pourtant, ce n'est pas faute d'avoir essayé. Mais voilà, malgré les écoutes répétées, j'ai l'impression d'entendre un nouvel album qui ressemble comme deux gouttes d'eau au précédent. Et peine même à arriver au bout du second vinyle. Rien à redire toutefois: c'est du bel ouvrage. Toujours cette capacité à marier dream-pop d'un autre temps et pop plus sucrée, ambiances plannantes et mélodies délicates, brume magnétique et luminosité soudaine. Dommage que tout cela sente autant la redite. Sans Teen Dream, j'aurais applaudi. Là, je baille un peu.
Donc voilà, c'est bon: Cat Power va enfin publier un nouvel album, quatre ans après Jukebox. Et avec des compositions originales qui plus est! Pour la première fois depuis 2006 et The Greatest. Neuvième album de l'Américaine, Sun sortira le 31 août. Que de bonnes nouvelles. Même si à voir la pochette et à l'écoute de Ruin, premier extrait téléchargeable sur le site de Matador, on peut nourrir quelques craintes. Chan Marshall semble avoir viré indie pop. Voire hipster. Même s'il n'est pas honteux, ni forcément désagréable, Ruin désarçonne avec son gimmick de piano sautillant et ses rythmiques chaloupées. Après avoir revisité le blues et la soul, l'ancienne songwriteuse lo-fi semble vouloir danser du côté du funk et de la disco... On préférait quand même sa relecture de son propre King Rides By. Reste une voix, profonde, envoutante. A voir si la suite confirmera ce changement et s'avèrera un peu plus convaincante. Réponse à la fin de l'été.
Garçons coiffeurs Nouveau look et nouvelles directions pour Liars qui troque sa no-wave électrique contre un condensé electro où se croisent krautrock et new-wave.
Liars - A Ring On Every Finger
En musique, les révolutions tiennent parfois en peu de lettres. Quatre chez Radiohead en 2000 et le virage électronique Kid A. A peine plus cette année chez Liars - 5 lettres, mais seulement 3 différentes - pour un revirement voisin, mais pas tout à fait similaire. Car sans surprise, les New-Yorkais sont plus radicaux que leurs aînés d'Oxford. Et complètent une discographie exemplaire avec WIXIW, sixième album plus hanté que jamais.
Premier extrait, No1 Against The Rush annonçait clairement la couleur: Liars range les guitares, ralentit le tempo mais ne renonce pas à son style inquiétant. Mêlant ambient, krautock et new-wave (on n'entendrait presque un clin d'oeil à A Forest sur No1 Against The Rush, à 2'40''), WIXIW avance dans une brume électronique aux sonorités froides, presque cliniques, portées par la voix naïve et inquiétante d'Angus Andrew.
Le climat est posé dès l'introductif The Exact Colour Of Doubt: nappes synthétiques, chant nonchalent, échos hantés et clappements de mains. La formule est minimale mais procure son lot de frissons. Et quand les beats font leur entrée sur Octagon, on est pris un instant de claustrophobie. Transformé, le trio n'en oublie pas son art pour les collages malsains. Meilleur exemple, A Ring On Every Finger colle une mélodie de comptine branlante sur des rythmiques tribales et le bourdon des machines. Tandis que le surchargé XIWIX évoque les faces B du Radiohead période Amnesiac, trou noir synthétique à la schizophrénie palpable.
Planant parfois, souvent suffocant, toujours riche, WIXIW est un virage réussi, par sa pertinence comme sa cohérence. Et rappelle que si Liars reste un groupe discret parmi la scène indé us, il est sans doute - et de loin - l'un des plus brillant et captivant de sa génération, aux côtés d'Animal Collective.
Une fois n'est pas coutume, un peu d'auto-promotion... mais pas que.
Demain samedi aura lieu la 9ème édition de PictoBello, événement consacré au dessin organisé par la ville de Vevey. Concept de la journée: une grosse vingtaine de dessinateurs et dessinatrices sont invités à redécorer les panneaux d'affichage du centre-ville, selon un thème donné et un synopsis ad hoc. Parmi les artistes présents cette année, le dessinateur français Blutch, auteur, notamment, de La volupté ou du Petit Christian. Quant au thème, il s'agit des musiques actuelles. Ou plutôt "Rock collector", du nom du synopsis qui accompagne cette édition et qui est signé par votre serviteur. Pour découvrir ce texte, c'est ici. Et pour admirer en "live" le travail des dessinateurs, c'est demain, de 9h à 18h, au centre-ville de Vevey. Viendez!
Bizarre, bizarre... Pour une fois qu'on a une année sans anniversaire gainsbourgeois (sa naissance, sa mort, son Melody Nelson), l'ombre du fumeur de gitanes est plus présente que jamais. Après Sébastien Tellier et son Pépito bleu, voici en effet dEUS qui dégaine un album par surprise et se met pour la première fois au français. Résultat, un exercice de style plus embarrassant qu'enthousiasmant, sous la haute influence du grand Serge pour la métrique comme la diction, mais qui sonne creux.
Un peu comme ce Following Sea, publié un an à peine après le mitigé Keep You Close. Pas vraiment honteux, mais guère réjouissant dans l'ensemble, ce septième album convaincra les fans les plus fervents de faire le deuil du dEUS flamboyant des débuts. Et d'accepter que les Belges sont désormais un groupe de pop comme cent autres, un poil vieillissant. Même pas sûr que leur performance lors du prochain For Noise sauve la bande. Du moins si je me rappelle bien leur dernière tournée et un concert au rabais lors des Rockomotives, qui avait même poussé le programmateur d'un grand festival belge à tweeter "dEUS is dead". On ira pas forcément jusque là, mais le groupe d'Anvers est quand même salement moribond.
Déçus du programme du Montreux Jazz, amoureux de country sans concession, fans de barbes à poux, la nouvelle devrait vous réjouir: Will Oldham débarque en Suisse la deuxième semaine de juillet. Et s'offre le luxe d'une mini-tournée de six dates. Oui, vous avez bien lu, six dates rien que pour nous. Dans l'ordre, le "vieux jambon" sera au Bad Bonn les 10 et 11, au Bourg le 12, au Palace le 13 et à El Lokal pour le week-end, les 14 et 15 juillet.
Six dates, quatre salles, aux ambiances intimistes. De quoi se réjouir et foncer sur les billetteries. Et en attendant, pour se mettre l'eau à la bouche, un petit extrait live enregistré pour les toujours excellentes Black Cab Sessions. Deux titres, comme deux facettes du personnage. Côté pile, une reprise d'une chanson pour enfant, côté face, le poignant Black Captain issu du récent Wolfroy Goes To Town. La grande classe.
EDIT: En passant, on notera qu'avec en plus les concerts de M Ward, Brian Jonestown Massacre, Thurston Moore et Kim Gordon & Ikue Mori, le Bad Bonn a peut-être la meilleure affiche de tous les... festivals de l'été.
Oh le joli mois de juin! La saison des mégas open airs est ouverte. Et coûte un peu plus cher encore que l'année dernière. A qui profite cette affaire? Petite enquête...
PS: Et sinon, mois de juin oblige, c'est l'heure des vacances et de mettre ce blog en pause quelques jours. A la revoyure.
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