My Bloody Valentine - When You Sleep
L'histoire du rock est simple. A en croire les grands magazines. En 1991, le rock est mort. L'Angleterre cuve son madchester sound, les USA sont gouvernés par le hip-hop et le reste du monde n'existe pas. Et puis un jour de septembre, tadam, la lumière fut. Nirvana sort Nevermind et le rock ressuscite, sous haute influence américaine. Fin de l'histoire.
Ceci dit, un peu plus d'un mois plus tard sort en Angleterre un autre grand disque à guitares, fer de lance et aboutissement d'un courant que certains critiques se sont empressés d'affubler du nom de shoegazing, référence à des musiciens le regard rivé sur leurs panards. Loveless de My Bloody Valentine. Un disque milestone, pour les fanzines, puis les webzines. Un disque dont l'influence sera moins palpable que celle de Nervermind, mais plus durable. Et fructueuse.
Vingt ans plus tard, rien n'a vraiment changé. Mais tout est mis à niveau. Les grands médias ont célébré la double décennie de Nevermind, mais n'ont rien dit de l'anniversaire de Loveless. Au final, pourtant, les deux ont droit à leur réédition. Et leur cortège de bonus. Et si le premier n'offrait guère de titres inédits... le second ne fait pas mieux. Mais peu importe. Ce sont des bons disques. Même vingt ans après.
Loveless ressort donc, remasterisé par les bons soins du pointilleux - qui a dit obsessionnel? - Kevin Shields himself. Et fidèle à son perfectionnisme, le My Bloody Valentine en chef ne propose pas un nouveau mix, mais deux. Le premier, d'après les bandes originales. Le second, d'après les bandes analogiques. Mais la différence ne saute pas aux oreilles. Franchement, après une écoute attentive, on osera même dire qu'il n'y en n'a pas. A part un bref bleep de saturation sur What You Want (à 2'45'' sur la version "bandes originales"). Mais peu importe, finalement, puisque le nouveau mix est bon, gagnant en puissance, mais également en ampleur, rendant à la perfection la blancheur aveuglante des couches de six-cordes et de synthés du groupe. Seul regret, l'absence du moindre livret spécial, alors qu'il y aurait eu tant d'anecdotes à raconter (les dépassements de budget et d'agenda, la presque faillite de Creation, les singles pour temporiser, l'éternelle arlésienne du troisième album...).
Mais on l'aura compris, l'important, ici, c'est la musique. Quitte à s'adresser aux oreilles fines uniquement. Plutôt qu'un gros livret, cette réédition s'accompagne d'autres sorties. On passera rapidement sur Isn't Anything, presque aussi bon que Loveless, matrice essentielle, ici également remasterisé, mais sans le dédoublement pour fan compulsif. Et on s'arrêtera plutôt sur EP's 1988-1991, double CD qui reprend, comme son nom l'indique, divers EP sortis par le groupe... mais pas seulement. En plus des très bons Glitter et Tremolo, ainsi que l'inaugural You Made Me Realise, on découvre - ou redécouvre - quelques choses plus secrètes et jamais anecdotiques. Ainsi, même les deux instrumentaux publiés sur le 7" bonus qui accompagnait certaines éditions de Isn't Anything valent leur pesant de cacahuètes, ne serait-ce que pour l'horizon qu'elles ouvrent et qui aboutira, 3 ans plus tard, à Loveless.
Et c'est peut-être là toute la force de cette compilation: donner à voir le chemin parcouru pour aboutir au sommet Loveless. D'expériences bruitistes en commandes obligées, de ballons d'essais en alternate mix, cette grosse vingtaine de titres complète parfaitement le chef d'oeuvre de 1991. Celles et ceux qui ont vécu cette époque n'apprendront pas forcément grand-chose (quoique), mais les autres, nombreux, auront de quoi avoir une vision plus panoramique de la formidable machine de guerre noisy créée par Kevin Shields.
My Bloody Valentine
Loveless
Creation
Novembre 1991





























Aussi interessant a pister, une des seules pistes que My Bloody Valentine a enregistre apres Loveless: une reprise de "Map Ref. 41 Degrees N 93 Degrees W" de Wire (on peut l'ecouter sur la page Myspace de MBV). Excellente reprise d'une excellente chanson!
Rédigé par : Pierre | 17/05/2012 à 15:20
Ah voilà, on y vient...
Rédigé par : Joel | 21/05/2012 à 11:12