Beautiful maladie Après une longue attente, La Gale sort enfin son premier album. Et confirme tout le bien entrevu sur scène.
La Gale - La gueule de l'emploi
C'est une silhouette que les amateurs de hip-hop, mais pas seulement, auront déjà croisée maintes fois, en Suisse, en France ou encore au Liban. Des concerts, des projets transversaux, du petit écran même, jusqu'au grand écran de Tous écrans avec De l'encre, production signée La Rumeur et Canal +. Depuis presque 5 ans, La Gale avance ses pions, convainc un peu plus à chaque sortie, mais l'espoir d'un premier disque avait pris des airs d'arlésienne, avec le temps.
C'était sans compter sur les passionnés de Vitesse Records. Spécialisé dans l'édition en vinyle des sorties CD de Two Gentlemen, le trio publie aujourd'hui son premier artiste "original". Et offre une existence laser et microsillon au premier album de La Gale, enfin terminé. Joie.
Premier constat à l'écoute des dix titres qui composent le disque: le passage de la scène aux bacs est réussi. Même si on regrettera l'absence des titres entendus plus tôt, la claque Mariage blanc en tête. Second constat: si on retrouve le compagnon de toujours Rynox sur deux titres, pour le reste, La Gale ose le ravalement de façade. Mais sans faute de goût. Les instrumentaux, tendance electro, sont signés Christian Pahud (Honey For Petzi, Larytta), passés parfois à la moulinette de DJ Chikano. Tandis que les samples cinématographiques évitent les poncifs du rap US, pour puiser dans le catalogue Audiard, Un singe en hiver, pour être plus précis. Juste histoire de rappeler qu'il n'y pas de raison pour que cet héritage francophone n'appartienne qu'à un réac comme Michel Sardou ("Le cinéma d'Audiaaaaard...").
De même, les textes frappent par leur capacité à se défaire des poncifs du genre - en les détournant plutôt qu'en y renonçant tout à fait - et privilégient une écriture qui zigzague entre ego et monde alentours. Les mots claques, à l'emporte-pièce plutôt qu'en fioritures, ni slam, ni poésie, juste forts et précis. Les attaches libanaises et palestiniennes transparaissent jusque dans les instrus de Frontières et On mate sur les côtés. Et les coups de gueule personnels nourrissent certains des meilleurs morceaux, de Trop de temps à Passe ton chemin, fais tavie, jusqu'au formidable La gueule de l'emploi ("J'veux ton sang, ton argent, d'la weed et du bon temps."). Seule faute de goût, Un singe en hiver (pas le film, mais le dernier morceau de l'album), texte caricatural porté par un instru faiblard et plombé par un refrain trop FM pour être honnête.
Et pour faire la fine bouche, on regrettera peut-être que La Gale n'exploite pas l'entier de sa palette vocale, accrochée du début à la fin à un flow maîtrisé mais trop peu varié, qui évoque plus d'une fois Casey. Mais ce choix est largement compensé, encore une fois, par la qualité des textes, teigneux et lucides, ainsi que par la dynamique qui se crée avec les instrus ou les guests présents (le fidèle Rynox sur deux titres, donc, ainsi qu'Abstral et Obaké, pour un morceau à 4 MC). Surtout, malgré l'attente, La Gale reste un premier album. Et de ce niveau-là, on n'en voit pas tant que ça. Surtout en rap et par ici.





























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