Vieux romantiques Discret et élégant, And Also The Trees poursuit sa route loin des modes et des revivals, mais toujours avec brio.
And Also The Trees - Bloodline
20 ans déjà que les années 80 s'en vont et puis reviennent. Que les marathoniens de la décennie poursuivent sans relâche leur never ending tour scénique, assurant tant bien que mal la survivance d'une discographie digne (Depeche Mode), erratique (New Order) ou franchement dispensable (The Cure). 20 ans également que justice est rendue à quelques héros ignorés en leur temps, à coup de reformations pécuniaires ou non, des Pixies aux Feelies. 20 ans enfin que certains vivent dans le culte de groupes disparus à jamais, vestiges d'un temps fantasmé, The Smiths en tête.
Et il y a ceux dont on parle peu. Ceux qui n'ont pas eu le mérite de disparaître. Ceux qui n'ont jamais connu les stades. Ou encore ceux qui se sont éteints, puis rallumés sans bruit. And Also The Trees est de ceux-ci. Un groupe formé sur les cendres du punk, adoubé par The Cure puis John Peel, fier représentant d'une new-wave teintée de noirceur, mis entre parenthèses pour un temps à la fin des années 90, ressuscités sans flon-flon dès 2003.
En 2007, Listen To The Drag And Bone Man révélait un groupe capable de se réinventer sans se trahir, insufflant quelques nouveaux ingrédients (contrebasse, sonorités folk) à ses ténèbres électriques. Une renaissance plus frappante encore sur When The Rain Comes deux ans plus tard, relecture acoustique d'une poignée de vieilles chansons, à cent lieux de l'exercice Unplugged complaisant.
Poursuivant dans cette ligne, Hunter Not The Hunted confirme cette discrète réussite. Et s'impose peut-être comme l'un des plus beaux disques d'And Also The Trees. Tout y est affaire de dosage. Et de délicatesse. La contrebasse hante l'arrière-plan, la batterie légère et tonique, les guitares qui tressent des mélodies hypnotiques. Seule la voix de Simon Huw-Jones, conteuse ou théâtrale, rappelle la grandiloquence passée. Mais toujours avec classe.
Qu'il ose un folk teinté de sonorités eighties (The Woman On The Estuary) ou se perde dans une ambient glaçante (Black Handled Knife), qu'il tente l'épure électrique (Only) ou se laisse emporter par un chant presque enjoué (Bloodline), And Also The Trees ne se départit jamais d'une élégance unique, presque naturelle. Et rappelle le commentaire de John Peel adressé en 1984 au premier album du groupe, "too English for the English".
Sans doute y a-t-il quelque chose de désuet dans cette élégance si britannique, ce goût de l'épure et du relief juste, bien senti, plutôt que de l'esbrouffe. Et c'est sans doute pour ça que le groupe du Worcestershire continue, plus de 30 ans après sa naissance, à évoluer dans la marge. Mais comme disait l'autre - Godard, je crois - c'est ce qui fait tenir la page. Et explique que Huw-Jones et ses sbires s'y réalisent encore. Et poursuivent une discographie qui ne péréclite pas avec le temps, bien au contraire.





























Bonne critique, Christophe. Le seul "reproche" qu'on puisse y faire c'est de supposer que le groupe s'est arrêté de jouer à la fin des années 90. Deux albums (certes mal distribués) ont été enregistrés à cette époque : "Angelfish" (1996) et "Silver Soul" (1998). Alors, oui, bien sûr, ils ne collent pas vraiment à l'idée qu'on peut se faire du "son" d'And Also The Trees, on pourraît à la limite parler de projet parallèle, mais ils ont été enregistrés et contiennent eux aussi de sacrés pépites : "Brother Fear", "Paradisio", "Missing", "Rose Mary's Leaving", "The Cyclone" ou encore l'excellent "The Obvious" qui évoque le voyage de Simon Jones en Inde. Il n'y a donc pas eu de véritable rupture, comme ce fut le cas avec (entre autres), Echo and The Bunnymen ou The Chameleons.
Rédigé par : Mathieu Souyris | 10/04/2012 à 10:23
Tcho !
Vu récemment à Strasbourg avec Killing Joke et c'était vraiment une excellente prestation... très intense, très sombre sans en rajouter des tonnes. Je ne les ai jamais vu en live et le peu que je connaissais sur disque prenait toute son ampleur !
Je crois qu'on se voit dans un prochain déménagement si j'ai bien compris :-)
a+
Rédigé par : Daniel | 17/05/2012 à 21:54