Pavement - Fight This Generation
Il y a comme ça des disques qu'on achète plusieurs fois dans une vie. La première fois, j'avais 15 ans et il était disque du mois dans Rock'n'Folk, je crois, même si ça peut paraître bizarre. La deuxième fois, j'avais 26 ans et il était réédité avec une kyrielle de bonus. La troisième fois, c'était il y a 2 semaines et c'était juste un caprice, l'envie de l'avoir en vinyle.
Derrière ce triple achat étalé dans le temps, il y a aussi une manière d'apprivoiser un disque qui ne s'offre pas si facilement. Ni si logiquement. A 15 ans, j'attendais du rock, de l'énergie, de l'explosivité, ou je ne sais quoi encore. Ma préférence allait donc aux brûlots minutés comme Serpentine Pad ou Flux = Rad, au tube Rattled By The Rush, à l'hypnotique Grounding pour son petit côté Sonic Youth dans les orfèvreries de guitare ou encore - déjà - de façon plus inattendue, à l'inaugural We Dance, folk-song bancal, venue de nulle part et presque aussitôt éteinte.
C'est bien plus tard seulement que je saisirais toute l'épaisseur de ce disque, la force miraculeuse de son côté fourre-tout (amenant certains à y voir le White Album de Pavement... euh, faut pas pousser quand même). Dans sa version originale, Wowee Zowee compte 18 titres. Et aucun n'est dispensable. De la fragilité de We Dance aux bidouillages de Western Homes (l'un des deux morceaux signés Spiral Stairs avec Kennel District), de la country tordue de Father To A Sister Thought au bordel assumé de Best Friend's Arm, Wowee Zowee zigzague avec classe et désinvolture à la fois. Stephen Malkmus semble toujours ce mec qu'on planterait pour la première fois devant un micro, mais son écriture allie grâce et malice. Et si certains ont vu dans l'éclectisme éclaté de cet album les signes d'une peur du succès, le frontman de Pavement aime à rétorquer qu'il ne s'agissait que d'une consommation excessive de marijuana.
Pour le reste, je pourrais passer en revue l'album dans son entier, citer chaque titre et le décortiquer, mais ça n'aurait pas vraiment de sens. Si vous n'avez jamais écouté Wowee Zowee, vous passez à côté de quelque chose (le commentaire vaut également si vous n'avez jamais écouté Crooked Rain, Crooked Rain et Slanted And Enchanted). Et mieux qu'une longue dissertation, je vous laisse avec Fight This Generation. Peut-être la chanson qui représente le mieux l'esprit qui traverse Wowee Zowee, passant d'arrangements baroco-bancaux à une électricité parasitée par un Bontempi bavard, sans renier maladresse et fragilité. Et si vous n'éprouvez rien, je ne peux plus rien pour vous. Heureusement que je l'ai acheté trois fois cet album, ça compensera.
Avril 1995





























Ah tiens je l'ai en triple aussi. Et le premier acheté c'était suite au disque du mois dans R&F. Sauf que je n'avais pas 15 ans...
Rédigé par : KMS | 01/03/2012 à 09:20
Les Beatles peut-être pas, mais Zappa assurément, Woowee Zowee, c'est de lui!
Merci pour cette bonne piqûre de rappel.
Rédigé par : Fauve | 01/03/2012 à 20:37
pour ma part, je l'ai seulement en mp3 (snif), mais quand je retombe dessus...j'ai toujours la même émotion !
alors, c'est après-midi, je me suis dit: il me le faut en vinyle, je googlelise tout ça et je tombe sur cette excellente chronique !
Magique
Rédigé par : FR | 18/07/2012 à 16:30