Spain - World Of Blue
Soyons brefs, soyons clairs: je vais vous parler d'un temps que les moins de 30 ans ne peuvent pas connaître.
Car oui, même si vous avez ce disque, ou l'intégrale de Low, ou mieux encore, l'intégrale de Mark Kozelek, tous projets confondus, mais que vous n'écoutiez pas de rock au milieu des années 90, il vous sera toujours difficile d'imaginer ce que fut le slowcore.
Je parle au passé, oui, car il est question de contexte ici. Moins qu'un genre, le slowcore aura été une posture, dans le sens le plus noble du terme. Ou comment offrir une alternative à une scène indé divisée entre grunge et brit-pop.
Ils étaient quelques groupes, sans liens apparents les uns avec les autres. Low, Red House Painters, Bedhead, Spain. Des noms connus ou oubliés aujourd'hui. Des noms que je lisais dans certains magazines à 14 ans. Et que j'écoutais dans les magasins de disques, mais sans vraiment y trouver mon compte. A 14 ans, le grunge et la brit-pop correspondaient sans doute mieux à mes envies.
Des noms connus ou oubliés, donc. Low poursuit sa route et se paie même le luxe d'être repris par Robert Plant. Mark Kozelek envoie des cartes postales régulières, un peu autiste, un peu génie. Une partie de Bedhead sévit toujours sous le nom The New Year. Quant à Spain, pas de nouvelles. Ou si peu. Actuellement, le groupe publie les outtakes de The Blue Moods Of Spain, afin de financer un prochain album. Les lendemains sont parfois difficiles. Et injustes.
Injuste, car presque 17 ans après sa sortie, The Blue Moods Of Spain reste un petit bijou, noir et feutré. Portées par la basse de Josh Haden - également chanteur et (digne) fils de Charlie Haden - ces 9 chansons font souffler une mélancolie étrange, rachitique et magnétique, comme tirée des volutes de fumée d'une cigarette. Les structures sont simples, répétitives, et s'avèrent souvent plus chaloupées qu'hypnotiques. Quant au chant, il brille également par son minimalisme bien senti, contribuant à faire de ces chansons une fascinante éloge de la lenteur. Slowcore. Exactement. Plus bel exemple ce World Of Blue, étiré à l'extrême, s'éteignant sur les cordes des soeurs de Josh Haden.
Et pour la petite histoire, on notera que si la postérité semble avoir oublié Spain, le vieux Johnny Cash avait adoubé Haden en son temps sur ses American Recordings, reprenant Spiritual, dernier titre de The Blue Moods Of Spain, sur Unchained en 1998.




























comme diraient les moins de 30 ans : ♥ ♥ ♥ ♥ ♥
Rédigé par : daria | 19/01/2012 à 20:23
Merci pour ce petit retour en arrière : "Untitled #1", mon dieu, quel titre !
Rédigé par : Vincent | 19/01/2012 à 23:10
La bonne initiative de parler de ce groupe (et album en particulier) pour lesquels j'ai une vraie affection !
Bon, c'est vrai, j'ai plus de trente ans :)
Rédigé par : Blake | 20/01/2012 à 11:46
Effectivement, c'est une bonne idée de faire parfois un peu de place à cette période et ce style musical où des ablums incroyables sont sortis : "I could live in hope" de Low, "Rollercoaster" des Red House Painters avec ces chansons magnifiques que sont "Katy song" ou "Mistress"...
Rédigé par : Mathias | 20/01/2012 à 17:02
Ah, nostalgie des années 90', celles de mon adolescence "prolongée" (j'ai eu 15 ans en 1990).
Le Slowcore, que de souvenirs...Red House Painters découvert dans les Inrocks, Low et ses disques hypnotiques d'un rock d'une si majestueuse lenteur et "The Blue Moods Of Spain" (lui, découvert bien plus tard) !!
Et tu as raison quand tu parles de contexte, de posture....en pleine vague Brit Pop (on en aura bouffé) et grunge.
Mais je me permet de rajouter aussi, tout aussi important quoi que moins médiatique, le mouvement SHOEGAZE/DREAM POP !! Et il est toujours influent, voir plus, de nos jours (tous les producteurs électro ou groupes rock s'en réclament).
Merci pour ce bel article, ode à la nostalgie (mais pas au "c'était mieux avant") et au Slowcore!!!!
A + +
Rédigé par : Francky 01 | 10/02/2012 à 00:37