Dominique A - Pères
Comme je vous le racontais la semaine dernière, je n'ai pas découvert Dominique A avec La fossette, un poil trop jeune, mais avec La mémoire neuve. Plus exactement avec le titre Il ne faut pas souhaiter la mort des gens, entendu un soir à Nulle part ailleurs. Ceci dit, l'effet de cette découverte fut sans doute aussi fort pour moi que pour celles et ceux qui avaient écouté en boucle Le courage des oiseaux. Soudain, on pouvait chanter en français, sans tomber dans la variété, ni faire allégeance mimétique aux glorieux anciens (pour faire court, les trois B - Brel, Brassens et Barbara - même si certains disaient que la voix de Dominique A ressemblait à celle de Barbara...).
Reste que malgré mon enthousiasme, rien ne me préparait à ce qui allait venir. Si ce n'est un titre enregistré avec The Little Rabbits et entendu sur une compilation de duos, que j'interprétais comme une mue inquiétante (je parle de la voix, hein). Et puis est arrivé Remué. Le disque du coming out. Ou comment envoyer dans les cordes Barbara, la nouvelle chanson française et le minimalisme, pour crier (on s'entend) son amour de Joy Division et du rock indé.
Remué, donc, disque dur et sans concession, peut-être aussi important pour les années 90 en France que #3 de Diabologum. Exit structures et refrains (enfin, en partie). Exit aussi les ambiances pop. Claustrophobe et étouffant, cet album ne ressemble pas à grand-chose venu de l'Hexagone avant. Et même après. Si quelques morceaux gardent encore les stigmates d'un rock sec, tendu et abrasif (l'inaugural Comment certains vivent, l'un peu poussif Tu vas voir ailleurs) et qu'un single se cache dans sa première moitié (Je suis une ville, presque accueillant), Remué est surtout un trésor de climats brumeux, croisement entre une ambient de son temps (remember le premier Tarwater) et une cold wave dépoussiérée. Dans ce registre, la triplette Exit, Douanes, Ma vieille tête s'impose comme un modèle du genre (avec Rien qu'à voir, également), alliant sonorités synthétiques et organiques (une clarinette obsédante, notamment). Mais ma préférence, aujourd'hui encore, va à Encore et Pères, pour la perfection de leurs textes, dans la sonorité comme dans le sens.
Aujourd'hui, Dominique A reste sceptique sur cet album. Et sur la tournée qui suivit, surtout (je l'avais vu à l'Usine à Genève et garde le souvenir d'un concert à la violence sourde et à la posture autiste rare... mais incroyable). Pour d'autres, comme le webzine "A découvrir absolument", Remué reste un milestone, mieux qu'une référence, jusqu'à le faire réenregistrer par d'autres, plus de dix ans après sa sortie. Réédité ce mois, remasterisé pour mieux coller à l'idée originelle et réparer un mix raté - perso, je garderai les deux versions, même si la nouvelle est supérieure - l'album ne connaîtra sans doute pas plus de succès qu'à sa sortie. Mais pourrait au moins toucher de nouveaux auditeurs, qui l'auraient manqué jusqu'ici. C'est déjà ça.
PS: Je profite de cette chronique pour lancer un appel: est-ce que quelqu'un aurait une copie du très bon documentaire Le morceau caché, consacré à l'enregistrement de Remué et vu une nuit, il y a bien longtemps, sur M6? Sorti sur les bonus du DVD Le rocher d'Acapulco de Laurent Tuel - réalisateur du Morceau caché - mais que personne n'a jugé bon de l'intégrer à la réédition de Remué...
Mars 1999




























Bel article sur un album qu'il me reste encore à découvrir pour être parfaitement à jour sur le bonhomme !
Rédigé par : sylvain fesson | 14/02/2012 à 17:10