Au risque de me répéter, je passe à côté de certains disques et suis souvent obligé de faire mon mea culpa. Surtout quand certain(e)s d'entre vous me le font remarquer, entre commentaires, e-mails et discussions entre deux concerts.
Donc oui, j'ai honteusement boudé EMA et son album Pas Life Martyred Saints, sorti ce printemps. Et profite de sa venue ce soir au Bad Bonn à Düdingen pour réparer ma faute (à moitié pardonnée donc, allez...). EMA donc, acronyme et non prénom, pour Erika M. Anderson, musicienne américaine baignée dans le songwriting comme dans le shoegazing. En 9 chansons, elle passe du bruitisme aux brumes, de la plainte au simili spoken word avec un naturel confondant. Et un souffle constant. De là à en faire la révélation de l'année - à en croire sa cote sur la blogosphère - il y a tout de même un pas. Mais de là à passer à côté, il y en a un autre. Au milieu, donc, on appréciera à sa juste valeur ce California sans appel. Et les retardataires dans mon genre feront bien de rattraper leur retard à l'occasion.
Smells Like Teen Memory Vingt ans et toutes ses dents... ou pas. "Nevermind" ressort en grandes pompes et avec lui quelques faces-B riches en souvenirs.
Donc voilà, Nevermind a vingt ans. L'occasion pour les tenants du merchandising estampillé Cobain d'écouler quelques brouettes supplémentaires de ce désormais "classique", déjà vendu jusqu'ici à 30 millions d'exemplaires. Et de compléter une longue liste de sorties posthumes, inaugurée avec le magnifique Unplugged et nourrie ensuite de hauts (Live at Reading, la réédition de Bleach, le coffret With The Lights Out) et de bas (From The Muddy Banks Of The Wishkah, 2 best of et un inédit insipide).
Au final, malgré le culte incroyable qui entoure Kurt Cobain (qui, à part Jim Morrisson et Bob Marley peut se vanter de rhabiller autant d'adolescents nés après sa mort?), on constate avec un brin de surprise que la dérive mercantile aura été en partie évitée. Du moins au niveau discographique. Même si ce Nevermind célébré - et sa version coffret hors de prix - semble devoir être réservé aux archéologues du grunge, avides de démos, d'alternate takes et de mixes oubliés. Quoi que...
Comme par surprise, au moment de l'écouter, un arrière-goût de madeleine me prend. Une fois passé les douze titres attendus, entendus et réentendus, un autre titre, ressurgi du passé. Even In His Youth. 3:03 de furie mal dégrossie, dans la lignée de Drain You, Breed ou Territorial Pissing dans l'esprit, le génie mélodique en moins. 3:03 de rage adolescente, de frustration saturée, reléguées depuis belles lurettes dans les oubliettes de Nirvana (à l'exception du coffret With The Lights Out et du dispensable box Singles), alors qu'Ameurysm, face-B voisine, avait trouvé grâce le temps d'un Incestecide. 3:03 qui me laissent presque gêné aujourd'hui, au moment d'expliquer pourquoi ce souvenir si fort.
A moins que ce ne soit juste parce que c'était mon premier disque de Nirvana. Le single de Smells Like Teen Spirit, acheté quand j'avais 12 ans. Le clip qui tournait en boucle sur MTV et cette impression étrange de découvrir quelque chose de nouveau. Mon premier "vrai" disque, peut-être. Le rock sans doute, sans plus. Comme pour une génération entière, adolescente au début des années 90. Plus tard, très vite, j'achèterai Nevermind et l'userai jusqu'à la corde. Reste que Nirvana restera toujours avant tout pour moi un trio de chansons: Smells Like Teen Spirit, Ameurysm et ce Even In His Youth. J'avais perdu ce single lors d'un déménagement il y a quelques années. Et rien que pour cette redécouverte, les 20 ans de Nevermind auront eu un sens.
Nirvana - Smells Like Teen Spirit (CD maxi) 1. Smells Like Teen Spirit 2. Even In His Youth 3. Ameurysm
Il faudra s'y faire: dEUS n'est plus dEUS. Ou un peu seulement. L'hydre à cinq têtes, l'une des plus formidables créatures rock apparues dans les années 90, est à peine bicéphale désormais. Rudy Trouvé, Stef Kamil Carlens et Jules de Borgher partis, seuls restent Klaas Janzoon et Tom Barman. Mais c'est ce dernier qui tient les rênes du combo belge. Jusqu'à en faire un véhicule vers ses propres élévations pop. Quitte à se crasher sans gloire.
En 2008, Vantage Point sonnait le glas de tous les espoirs, coupable de trop d'excès et d'entorses au bon goûts, entre synthés trop spatiaux pour être honnêtes et lignes bubble-gum dignes de... Keane (l'insupportable Smokers Reflect). De quoi même oublier la bonne moitié de Pocket Revolution (avec des titres comme Sun Ra ou Bad Timing) et mettre à l'index un groupe qui usurperait le nom de dEUS. Restait le souvenir de quelques disques fourre-tout et inusables (Worst Case Scenario, In A Bar Under The Sea), de quelques formidables chansons (Instant Street, Nothing Really Ends, Suds And Soda, Roses) et d'un grand groupe de scène. C'est déjà pas mal. Sauf que les souvenirs, c'est un peu triste.
Cette année, dEUS revient à de meilleures intentions. Mais ne se veut plus pluri-directionnel. Sur Keep You Close, Tom Barman explore un registre plus grandiloquent ou ambitieux, c'est selon, conciliant rock spatial et pop orchestrale le temps de 9 titres un poil inégaux, mais forts en loopings maîtrisés comme en lyrisme fréquentable. Un dEUS nouveau, à cent lieux du dEUS des souvenirs... quoi que... A bien y repenser, collages référentiels et obsessions étirées n'ont jamais été tout à fait absents du répertoire du groupe d'Anvers. Tout juste se conjugaient-ils en groupe... à géométrie variable, parasitant les fresques de Barman, de l'ampli en combustion de Rudy Trouvé (Hotellounge (Be The Death Of Me)) aux cris martiens de Stef Kamil Carlens (Theme From Turnpike, Sun Ra), en passant par les lignes futuristes de Craig Ward (The Ideal Crash). De là à qualifier ce dEUS nouveau de dEUS assagi, il y a un pas qu'on franchira, sans pour autant faire la trop fine bouche. Tout en s'offrant une playlist discographique, façon compte à rebours.
Doué pour la parodie, le groupe de Manchester s'avère également armé pour la prophétie, un peu plus de dix ans plus tard. Au moment de présenter le premier extrait de Get Ready, son septième album, New Order choisit de ne pas apparaître dans la vidéo promotionnelle et de céder sa place à des acteurs bien plus jeunes. Résultat, Crystal met en scène un groupe imaginaire chic et choc, un peu crâneur, un peu bateau, baptisé... The Killers. A l'époque, je me souviens d'un ami qui, après avoir vu la vidéo sur MTV, cherchait désespérément le disque de ces Killers. On rigole, on rigole, mais au final, il avait juste quelques années d'avance, comme New Order. Fondé en 2001, The Killers existait déjà, mais ne sortirait son premier album que 3 ans plus tard. Tout en prenant soin de marquer son clin d'oeil à New Order et Crystaldès la vidéo de son premier tube, l'insupportable Somebody Told Me. Pour le coup, on aurait préféré que Sumner et consort en reste à la parodie plutôt que de se vouloir prophétique. Même si, finalement, un nouveau groupe pastichant un groupe pour de faux, ça a quelque chose de parodique.
Globe-trotter en douceur Ni couleur locale forcée, ni tourisme de la world, "My Wilderness" est un voyage délicat et respectueux, signé Piers Faccini.
Piers Faccini - The Beggar And The Thief
Oublions le titre du quatrième album de Piers Faccini et concentrons-nous sur sa pochette. Car si la "sauvagerie" de l'Italo-irlandais ne nous a jamais sauté aux yeux, sa cosmopolité, elle, s'est toujours détachée, dès son patronyme aux racines multiples et son enfance en France, jusqu'à son exil chez Tôt ou tard. Le visage mêlé à une mapemonde qui orne My Wilderness sera donc sans doute la meilleure carte pour s'y aventurer.
Surtout que cette fois, la musique de Faccini a littéralement pris la route. Traversée d'influences diverses jusqu'ici, notamment sur le mésestimé Tearing The Sky, la voilà qui se frotte à des instrumentations orientales, au blues touareg ou encore à des arrangements balkaniques, sans perdre pour autant sa délicatesse et sa subtilité. Piers Faccini ne s'est pas transformé en Charlie Winston braillant à qui veut l'entendre qu'il est un hobo, mais trouve une alchimie rare et fragile entre sa plume fine et sensible et des instrumentations nouvelles.
A l'image du très beau That Cry qui s'emballe sur sa fin, entre brusque changement de tempo et cordes en avant, le début de My Wilderness récite sa géographie avec parcimonie, par petites touches, n'usant des cuivres ou des guitares exotiques que pour rehausser le songwriting originel de Piers Faccini et sa voix plus pure que jamais. Parmi les plus beaux titres de l'album, The Beggar And The Thief se déroule ainsi à la façon d'une comptine malicieuse et apaisée, sur laquelle se greffe cordes puis cuivre, avec un naturel saisissant.
Et lorsque le musicien se décide à se plonger corps et âme dans ses nouveaux oripeaux, le cap se maintient, du tempo remuant de Dreamer au folk hypnotique de Three Times Betrayed, en passant par le blues rugueux et ensoleillé de Tribe et My Wilderness. Globe-trotter humble et curieux, Piers Faccini ne tombe ni dans le piège de la couleur locale forcée, ni dans celui du tourisme de la world, mais brille par son respect et sa minutie. Et réussit peut-être son plus bel album depuis l'introductif Leave No Trace. Ou du moins, paradoxalement, le plus cohérent.
Piers Faccini My Wilderness Tôt ou tard/Disques Office
Donc voilà, c'est dit, c'est fait, R.E.M. c'est fini. Certains s'empresseront de rétorquer que c'était déjà fini depuis un bail. Au hasard, depuis Up, depuis Monster, depuis Automatic For The People ou, tant qu'on y est, depuis Document et la signature chez Warner. Laissons-les parler. Car même si le groupe d'Athens aura évolué du college rock au rock de stade, il ne se sera jamais totalement dillué dans un mainstream qui l'a adopté presque par hasard. Heureux hasard.
Du galop d'Orange Crush à la ritournelle Losing My Religion, du rock bruitiste de Monster à la pop dépouillée et léchée d'Up, R.E.M. aura su se renouveler, se réinventer à l'occasion, avançant sans tourner le dos à cette scène alternative qui l'avait vu naître, jusqu'à se profiler comme un parrain bienveillant pour certains. Et même si les dernières sorties du groupe peinaient à convaincre et que les prestations scéniques s'avéraient un poil ronronnantes, difficile d'oublier la perfection sans esbroufe d'Automatic For The People, du magnifique Drive inaugural au lancinant Nightswimming final. Et dire qu'à l'époque, certains s'étaient empressés de descendre cet album, accusant le groupe d'insuffisance ou de trahison (un article des Inrockuptibles, si ma mémoire est bonne, ou Rock'n'Folk, je ne suis plus sûr de mes lectures). Comme quoi, hier comme aujourd'hui, il y en aura toujours eu pour dire que R.E.M. c'était terminé... bien avant la fin.
Ouest rèche Le temps d'une K7 solo offerte en 2001, Dominique A renoue avec les ambiances dépouillées de "La fossette". Et reprend Sapho.
Septembre 2001. Dominique A offre un pré-concert genevois à son nouvel album Auguri. Seul sur scène, guitare en bandoulière et pédales d'effets sous le pied, le musicien nantais dévoile des nouveaux titres, revisite son répertoire et reprend Dalida. Dans le cadre imposant du Victoria Hall, en première partie de Yann Tiersen, il interloque les fans d'Amélie Poulain. Un seul tonnerre d'applaudissements s'élève durant son set, saluant sa version des Enfants du Pirée, tandis que Le courage des oiseaux laisse la majorité de la salle muette. "Comme quoi le plus vieille France de nous deux, c'est bien vous!", lance-t-il alors, moqueur.
Ce concert romand ne fait pas vraiment partie de cette sa tournée automnale. De fait, aucune distribution n'accompagne sa prestation. Les spectateurs français d'octobre seront plus chanceux (sauf ceux de Toulouse). Une K7 intitulée Une femme chante sur le quai leur est en effet offerte le soir du concert. Deux faces et une douzaine de titres enregistrés en solo, entre chansons lo-fi et collage épars, comme un carnet de route de Remué à Auguri, un appendice à ce dernier. Parmi cette tracklist, une reprise de Ouest terne, chanson de Sapho rebaptisée ici West terne, s'impose. Une ballade folk dépouillée, doublée d'une guitare à l'effet mandoline, comme Dominique A aime à l'appeler parfois. Un morceau qui n'aurait pas dépareillé sur Auguri ou encore sur le EP qui accompagnait sa première édition (offrant au passage une reprise dans le même esprit du J'ai tué l'amour de Barbara).
Dans son petit livre Un bon chanteur mort (éditions La Machine à cailloux), Dominique A revient sur sa découverte de Sapho, au début des années 80."Amour absence de Sapho me cloue au sol: j'y entends tout ce que j'attendais, sans m'en douter, du français" Cette langue française si faiblement accentuée qu'elle n'offre qu'un "genre de bourdonnement, ou de ronronnement dans le meilleur des cas (d'où, éventuellement, la légitimité de sa réputation dans le domaine amoureux)". Cette langue française ennemie du rock comme de la pop, de la new-wave comme du folk, réconciliés ici le temps d'une chanson piquée aux années 80 et ramenée à la plaine déserte du western qu'elle évoque. En attendant qu'un jour, enfin, Dominique A ose son disque folk en solo - dont il parlait ici même il y a quelques années - pour un nouveau West terne ou une autre Rue des marais.
Dominique A - Une femme chante sur le quai (K7) A 1. Une femme chante sur le quai 2. West terne 3. Le poids du monde 4. Une belle lumière d'été 5. Fill To Bridge 6. Acheter un mort B 1. Bienvenue à... 2. Les jours à l'horizontale 3. Des dictionnaires et des cuisines 4. Half A Monster From '99 5. Our Love Is Fully Booked 6. Fanfare de ronda, semana santa
Oui, je sais, vous avez peut-être déjà lu ce post. Mais comme je veux relancer cette rubrique "Le morceau caché" et que les sons ne fonctionnaient plus depuis belle lurette, je me dis que ça vaut le coup de se refaire cette chanson (surtout que c'est une super chanson!).
La semaine dernière, je vous parlais du Heartland. Mais malgré sa jolie affiche, je n'y serais pas tous les soirs. Juste au début. Car c'est autre festival qui me fait de l'oeil aux mêmes dates, du côté de l'Hexagone. Et ce n'est même pas le Pitchfork parisien. Mais un festival moins bling-bling. Et presque plus cohérent, à à peine une heure de TGV de Paname.
Cette année, les Rockomotives de Vendôme fêtent leurs 20 ans. Et si de prime abord on se dit que ce nom jeu de mots, franchement, c'est un peu fort de café - remarquez, en Suisse, on a le Plein-les-Watts de Plan-les-Ouates - on ravale tout droit ses préjugés en découvrant l'affiche. La réunion de Diabologum, Bonnie 'Prince' Billy dans une chapelle, Chokebore un nouveau EP sous le bras, Yann Tiersen un album tout neuf sous le coude, dEUS, Envy ou encore John Cale, autant dire que l'anniversaire tient ses promesses, cultivant une certaine nostalgie, mais avec un goût certain. Cerise sur le gâteau, il y aura même une surprise, le second dimanche du festival. Difficile d'imaginer ce qui manque à cette fête, vu le programme. Mais pour avoir rencontré le programmateur à quelques reprises, je me réjouis déjà. Et révise mes classiques en attendant, à la façon d'une playlist.
En voilà un qui ne chôme pas! Depuis le début de l'année, Will Oldham a déjà pondu près d'une dizaine de disques. D'un 45 tours de reprises (Merle Haggard et Roy Harper) à une collaboration avec les psychés The Phantom Family Halo, en passant par deux 10" carritatifs, un livre-disque avec Ashley Macomber, un duo avec l'ami Matt Sweeney ou encore un audio-livre (Slow Fade de Rudolph Wurlizer), difficile à suivre le barbu de Louisville. Et même quand il annonce (enfin) un nouvel album - et donc un format plus normal - il faut encore faire une petite spécialité. Et sortir un single digital, garni de 2 faces B inédites.
La bonne nouvelle dans tout ça, c'est que Quail & Dumplings, le premier extrait de Wolfroy Goes To Town, est une jolie réussite. Alors qu'une bonne moitié des chansons publiées cette année sont anecdotiques, Bonnie 'Prince' Billy semble avoir retrouvé la forme, entouré par une nouvelle armada de musiciens (parmi lesquels Angel Olsen, Ben Boye et Emmett Kelly de The Cairo Gang, Danny Kiely de The Picket Line, Shahzad Ismaily, ou encore Van Campbell). Résultat, une ballade folk hantée et terreuse, traversée soudain d'une grâce quasi mystique, avant de s'éteindre à la façon d'une flamme apaisée. Comme un mariage entre les différentes teintes explorées par Oldham ces cinq dernières années, depuis le magnifique The Letting Go. Une réussite! Et le mieux dans tout ça, c'est que pour avoir eu la chance de recevoir un lien vers un streaming de l'album, Wolfroy Goes To Town dans son entier maintient le niveau. C'est annoncé pour début octobre et l'automne promet d'être beau.
Forte tête Sûre de son talent, Evelinn Trouble ose tout... et trop parfois. Et poursuit son éclosion, même si le grand disque sera pour plus tard.
Evelinn Trouble - Waste
C'était il y a 4 ans. En visite dans les bureaux d'un label lausannois, un ami me faisait écouter une chanson qui lui collait à la peau. The Third Change Back. Un peu moins de quatre minutes de songwriting tranchant et tendu, fendu d'une explosion rythmique épique en fin de parcours. Une fois la chanson terminée, un seul réflexe: la lancer à nouveau.
Derrière cette chanson d'exception, une "gamine" de 17 ans. Et un album de 7 titres, enregistré comme travail de fin de scolarité. Un talent brut, pur, peut-être le plus impressionnant entendu en Suisse depuis... on ne se rappelle même plus quand. Dans le sillage de sa compatriote Sophie Hunger, Evelinn Trouble écume les scènes helvétiques. Puis s'émancipe, taille la route en solo, forme son propre groupe, change de guitariste, vire tout le monde, enregistre un EP digital puis un single contre la vente d'armes, réapparaît en duo, tourne à nouveau. Entre grandir et se faire oublier. Devenir une autre.
Quatre années d'errance et un nouveau label plus tard - le même que My Heart Belongs To Cecilia Winter - Evelinn Trouble présente Television Religion, son nouvel album. Son "premier". Douze titres enregistrés en duo avec le bassiste Flo Götte, entre songwriting lo-fi, rock brouillon et tentations electro. Dans les meilleurs moments, on y retrouve une musicienne émancipée et érudite, qui a su digérer ses influences et domestiquer son talent. Sur Waste, relecture d'un ancien titre, la Zurichoise lorgne du côté de Radiohead, entre electronica et rock progressif. Sur The Chill, son background soul se dilue dans un cabaret crissant, sismique et obsédant. Sur I Was A Lover, on songe à un exercice trip-hop lo-fi, rythmiques froides, saturation des guitares, bourdon synthétique. Une tangente également empruntée par Warface, chanson sortie il y a deux ans et reprise ici telle quelle, mais dans un climat plus musclé.
Reste que si ces réussites impressionnent, elles ne parviennent pas à masquer totalement les faiblesses de cet album. A l'image d'un premier tiers débordant d'une électricité noire et brûlante, mais peinant à maintenir son cap. De Seaworld Eyes à My Lies, on sent poindre une forte personnalité, un chaudron d'idées et une témérité rare. Mais ces qualités se heurtent à une écriture encore mal dégrossie, jusqu'à transformer un début accrocheur en final pénible (My Lies).
Fougueuse et brouillonne à la fois, Evelinn Trouble en fait trop par instants, s'égare à d'autres, et livre au final un album inégal, traversé de quelques fulgurances. Trop brut encore, son talent a besoin d'être ciselé. Mais la musicienne de 21 ans a le temps pour elle. Et prouve qu'elle n'est pas prête à sacrifier ses reliefs sur l'autel du succès. Rien que pour ça, on a envie de la suivre.
Evelinn Trouble Introducing Television Religion Chop Records/Phonag
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