Il y a des disques que je possède en deux exemplaires, la faute à des rééditions trop alléchantes ou à des envois à double de certains distributeurs. Mais il n'y en a qu'un, je crois, que j'ai trois fois. La B.O. de Nénette et Boni de Claire Denis, signée Tindersticks. Et en plus, à chaque fois je l'ai achetée. C'est dire. La première fois vers la fin des années 90, quand ma passion pour Tindersticks me poussait à l'exercice complétif (ce qui est encore le cas, remarquez). La deuxième fois au début des années 2000, pour Marks Moods, compilation d'alternate takes ajoutée à la réédition de Nénette et Boni (à noter que les premiers pressages étaient bugués et qu'il m'avait encore fallu attendre l'envoi d'une rondelle de remplacement pour découvrir enfin Marks Moods). Et la troisième fois ce printemps, à l'occason d'un coffret réunissant l'ensemble des scores composés par les membres de Tindersticks pour Claire Denis (quatre B.O. inédites sur disque, Touble Every Day et, donc, Nénette et Boni).
Trois fois c'est beaucoup. Surtout que, contrairement à celle de Trouble Every Day, la B.O. de Nénette et Boni s'apprécie modérément sans images. Ce qui n'est pas forcément le cas des 4 nouvelles partitions disponibles dans le coffret édité par Constellation, en tête les exercices solos de Stuart A. Staples (L'intrus) et de Dickon Hinchliffe (Vendredi soir). Ce dernier y a d'ailleurs tellement pris goût qu'il s'y consacre exclusivement depuis son départ de Tindersticks. Et a notamment signé le score du récent (et très bon) Winter's Bone.
Célébrée cette année sur disque, mais aussi sur scène à l'occasion de quelques ciné-concerts (ce vendredi au Victoria Hall de Genève, par exemple, dans le cadre du festival de la Bâtie), la collaboration entre Tindersticks et Claire Denis restera sans doute un bel exemple de contrepoint entre cinéma et musique, jusqu'à atteindre son apogée dans Trouble Every Day, où l'horreur canibale et animale imaginée par Claire Denis se dilue dans un score à la beauté classieuse et glaçante. Reste que malgré cette oeuvre de longue haleine, les images les plus célèbres rhabillées par Tindersticks ne sont pas celles de Claire Denis (ni même celles de Patrice Chéreau, utilisant A Night In pour son surrestimé Intimacy). Non. Un rapide tour sur YouTube suffit pour découvrir que le nom du groupe anglais est intimement lié désormais à celui de... Tony Soprano. La faute à l'utilisation - magnifique ceci dit - de Tiny Tears dans un épisode de la série TV The Sopranos, mise en musique du désir mélancolique du héros mafieux pour une jeune voisine italienne fantasmée. C'est beau, lumineux, mais je vous laisserai chercher par vous-même. Et vous offre plutôt une version alternative de ce même Tiny Tears, telle qu'enregistrée pour Nénette et Boni.





























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