Samedi dernier, j'ai manqué la finale de la Ligue des Champions pour aller voir Suuns, The Ex et The Walkmen au Kilbi festival. Une année plus tôt, ou presque, c'était le contraire. J'avais manqué le concert de Gill Scott-Heron au Montreux Jazz Festival pour voir la finale de la Coupe du Monde. Erreur. Le match était laborieux. Et jamais plus je n'aurai l'occasion de voir le slammeur américain, décédé vendredi dernier à l'âge de 62 ans.
Ce rendez-vous manqué renvoie à l'histoire même de Gill Scott-Heron. Une longue suite de rendez-vous manqués. Dans une interview récente, le patron de XL Records racontait ainsi comment il avait été rendre visite à Gil Scott-Heron en prison pour le convaincre d'enregistrer un nouvel album. Puis comment ce dernier avait replongé, s'était fait arrêté une fois encore, retour à la case prison, alors que le disque n'était pas encore en boîte. De quoi mieux comprendre l'attente avant la résurrection I'm New Here. Ou ce parcours à trous, de l'emblématique The Revolution Will Not Be Televised et son influence sur toute une scène hip-hop, aux romans noirs et autres tournées avec Stevie Wonder, en passant par la drogue, la prison et les combats politiques.
Pour peu, on regrettera presque que l'ultime oeuvre de l'Américain soit sa relecture anecdotique de I'm New Here aux côtés de Jamie XX, récréation moins marquante que les plus sommets de sa discographie. Mais on ne remerciera jamais assez XL, Kanye West et plusieurs autres encore d'avoir permis à Gil Scott-Heron de s'offrir une dernière esclandre auparavant, un album touchant et boîteux à la fois, loin des modes comme des revivals, petit précis de "spoken word" crépusculaire, sans pessimisme inutile ni la moindre aigreur. Car à sa manière, Gil Scott-Heron ne mentait pas lorsqu'il reprenait les mots de Bill Callahan. Et était toujours nouveau ici.
Gil Scott-Heron - I'm New Here





























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