La postérité retiendra sans doute de Solomon Burke l'image d'un roi de la soul. Et il l'avait bien cherché. Prêcheur, ami de Martin Luther King, le chanteur popularisé dans les années 60 avec le tube Everybody Needs Somebody, avait depuis longtemps troqué son physique de boxeur contre celui d'un monarque de contes de fées, sorte de Jabba le Hutt à paillettes. Encastré dans son trône d'or et de velours, le crâne luisant, essuyé par des nymphettes qui auraient pu être ses petites filles, il incarnait un spectacle unique, presque démesuré.
La postérité aurait pourtant tort de ne garder de Solomon Burke que le phénomène de foire, aussi à l'aise dans l'écrin feutré du Casino de Montreux que sur les scènes titanesques des plus grands open air. Revenu d'une discographie en dents de scie au début des années 2000, il nous avait gratifié d'un très beau Don't Give Up On Me, produit par le discret mais fantastique Joe Henry, épaulé par une armada de songwriter parmi lesquels Bob Dylan, Tom Waits ou encore Elvis Costello.
Pour ma part, je retiendrai une performance magistrale lors d'un concert au Montreux Jazz Festival en 2006. Succédant à un Donovan anachronique, Solomon Burke donna une leçon de show, bouillonnant au sens propre comme figuré sur son fauteuil, la voix toujours aussi puissante, le swing affûté malgré l'immobilisme. Et parvint l'espace d'un concert à concilier racines gospel et devanture bling bling, magnétisme soul et spectacle millimétré. Un géant soul à sa manière, kitsch et génial à la fois, maître d'un cirque aussi atemporel que mélomane. C'est à ce titre-là qu'on pouvait faire de Solomon Burke un roi de la soul.




























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