Radiohead overdub Parce que quand elle se passe de tambour et de trompette, la parodie peut avoir du bon aussi.
Gainsbourg aurait pu en faire une variation. Genre:
"Je sens des boums et des bangs
Cogner sur mon disque blessé
La hype comme un boomerang
Me revient des jours passés
A pleurer des larmes dingues
D'un succès que je croyais acquis."
Après la tyrannie de la hype, le retour de hype. Ou comment brûler ceux qu'on a aimés. Ou mieux encore, ceux que les autres ont aimés, histoire de s'ériger en pourfendeur d'un politiquement correct rock. La police du rock en son temps n'aurait pas fait mieux.
Victime de saison, Arcade Fire et son tout frais The Suburbs se voient soudain accusés d'avoir jusqu'ici joui d'un blanc-seing de la part d'une certaine critique dominante (Les Inrocks, Pitchfork, le blog de votre petit cousin, le statut Facebook de votre voisin de bureau). Mieux, il serait de bon ton de dénoncer l'aveuglement de naïfs journalistes et mélomanes, trop prompts à encenser Funeral et Neon Bible pour que ce ne soit pas suspect. Remplacez le nom d'Arcade Fire par ceux de Björk, Radiohead ou Animal Collective et vous aurez la rassurante impression de lire un roman connu.
Inévitable, le retour de bâton a ceci de fascinant qu'il est à double-tranchant. Essayez de critiquer les derniers Muse ou Coldplay. On vous accusera d'élitisme, de cracher sur un groupe dès que le succès public est au rendez-vous. Défendez Arcade Fire, on vous renverra l'argument de l'élitisme... ou pas. Car il serait difficle de parler d'élitisme aujourd'hui que le groupe est en passe de devenir la nouvelle méga-star du rock. On optera donc pour le spectre de la pensée unique, se drapant dans la défroque de pourfendeur du politiquement correct, à la manière d'un Eric Zémour qui tiendrait une chronique dans Magic (ou dans Tsugi, remarquez). Et on trempera sa plume dans la même tambouille qui a servi par le passé à dégommer Björk ou Radiohead.
Enfin, je dis par le passé... Depuis quelques semaines, Les Inrockuptibles semblent avoir érigé cette verve courageusement dénonciatrice en dogme contemporain pour site en mal de commentaires. Sous le titre ça casse, une chronique épisodique permet aux rédacteurs du news-magazine culturel de Matthieu Pigasse de faire tomber de leur trône les héros de la pop moderne. Ceux-là même qu'ils ont porté aux nues ces dernières années. Sigur Rós, Antony and the Johnsons, Björk ou encore Radiohead (parce que bon, c'est dans les vieilles marmittes qu'on fait...), tout le monde y passe, preuve du courage et de la gouaille de l'équipe rédactionnelle.
Ne vous méprenez pas, je n'ai rien d'un gardien du temple. Et j'aime même bien la gaudriole parfois, à la façon de la petite vidéo choisie pour illustrer cette chronique. Mais pour le coup, je ne vois dans l'exercice qu'une occasion à bas prix de redorer sa plume, quand on n'a plus grand-chose à partager et surtout plus aucune liberté pour descendre ceux qui le mériteraient dans des colonnes plus sérieuses (au hasard The Killers, Archive, Charlotte Gainsbourg ou encore Vampire Weekend, caressés dans le sens du poil par Les Inrockuptibles ces derniers mois).
De là à dire qu'à trop brasser de l'air en dénonçant les nantis de l'indie-rock, on en oublierait presque de défendre ceux que tout le monde oublie... En attendant le numéro spécial "100 disques surestimés" ou le blog parallèle "le corbeau du rock", on conseillera juste aux redresseurs de tort de tous bords de se méfier à leur tour du retour de boomerang. Parce qu'à force de faire boum et bang dans le vide, on risque fort de trouver les ventilateurs inutiles quand l'hiver sera de retour.




























"Groupes intouchables" pourquoi ? Parce qu'ils ont sortis quelques grands disques et que depuis tout ce qu'ils sortent c'est de l'or ? Si je me souviens bien Christophe lors de la sortie de In Rainbows, le très/trop bon accueil de cet album par le quasi ensemble de la critique t'avais gonflé aussi.
Rédigé par : Le Mik | 06/08/2010 à 10:28
Tu te souviens à moitié bien. J'avais été gonflé par "In Rainbows". Mais pas par l'accueil. J'avais donc essayé de faire une critique plus ou moins argumentée.
Je ne crois pas en ce statut de "groupes intouchables", note. Mais je trouve intéressant d'observer comment certains y croient, histoire de se donner l'air de preux chevalier au moment de les dégommer...
Rédigé par : Christophe | 06/08/2010 à 10:57
Mais peut-être ne t'aurai-t-il pas autant gonflé si il n'avais pas été aussi bien accueilli !
Rédigé par : Le Mik | 06/08/2010 à 11:07
C'est un étrange petit monde.
Vu de l'extérieur, une bonne partie de la critique rock semble constamment et désespérément en quête de crédibilité, craignant plus que tout le faux pas, l'impardonnable faute de goût qui fait perdre la face et frappe instantanément de discrédit et de déshonneur celui qui s'en rend coupable. Ai-je aimé trop longtemps les artistes hier célébrés? Suis-je suffisamment féroce avec ceux qui sont à l'index? Est-ce que je suis en train de rater un artiste génial?
Ce numéro de précieuses ridicules est stérile et désolant, et le ton invariablement sérieux et professoral d'une certaine critique, qui parle de musique comme d'autres parlent de la guerre, l'est tout autant. En tant que lecteur et en tant qu'amateur de musique, je souhaite sentir davantage de plaisir, d'humour et de subjectivité sous la plume de ceux qui ont choisi de parler de musique. Si ce n'est pas une joie, à quoi bon?
Rédigé par : Julien | 07/08/2010 à 09:40
Plaisir, subjectivité, humour... Je suis plutôt d'accord. Même si je trouve intéressant de varier les tons, quitte à être parfois plus "professorale". Reste que dans mes critiques ou mes articles plus longs, l'important pour moi est toujours de partager quelque chose et d'essayer de donner envie au lecteur d'aller y goûter. Le ton vient ensuite. Ou avec.
Rédigé par : Christophe | 07/08/2010 à 23:09
Oh Christophe!
La chronique de Gonzaï est salement juste et rigolote cf. "8. Le chanteur s’époumone à chanter des banalités sans intérêt, l’autre possède un look à vendre des livres de cuisine, au milieu, des violons pour s’empiffrer de Burger King. On tient là l’image d’Epinal d’une bande de clowns tristes parachutés dans le big business pour les mauvaises raisons."
Je trouve que traiter Gonzaï de merde est assez minable, de plus.
Mais en même temps, ne pas aimer Arcade Fire quand on parle de musique à Lausanne semble punissable.
Rédigé par : FGDR | 08/08/2010 à 20:23
Je ne parle pas de Gonzai en général - même si je ne suis pas fan du site - mais de cette chronique que je mets en lien. Mais j'ai peut-être mal tourné ma phrase.
Je trouve vraiment facile ce genre de chroniques qui au final ne dit pas grand-chose du disque et ressemble à un lynchage gratuit, avec un humour mezzo. Mais bon, chacun ces goûts...
Quant à ta dernière remarque, ça ne m'a pas frappé plus que temps. Mais bon, je ne vis pas à Lausanne depuis longtemps, remarque.
Rédigé par : Christophe | 08/08/2010 à 22:00