Si l'histoire du rock a ses héros, ses perdants magnifiques et ses hommes de l'ombre, elle aime aussi se fabriquer des méchants. Une catégorie dans laquelle on a souvent voulu classer Malcolm McLaren. Calculateur, tyrannique, opportuniste, mercantile, trouble, j'en passe et des meilleurs, celui qui fut le manager des New York Dolls et des Sex Pistols - entre autres - est dépeint plus souvent qu'à son tour en grand méchant loup de l'histoire du punk.
Pour rester dans la métaphore animalière, j'y vois étrangement plutôt un renard. Malin et charmeur à la fois, un brin agitateur, mais toujours avec une idée derrière la tête. L'image d'un dandy lettré, penseur et profiteur d'une révolution qui se voulait sans futur, sans lendemain. Situationniste du dimanche, théoricien d'un mouvement mort-né, commerçant dans l'âme et styliste de la post-modernité.
Un saltimbanque, capable de transformer la provocation en prêt-à-porter (avec sa complice Vivienne Westwood) et de se rêver glamour aux côtés de Catherine Deneuve (Paris), de relooker les New York Dolls façon URSS et de virer un bassiste pour avoir osé murmurer son amour des Beatles (Glen Matlock), de faire croire à sa candidature pour la mairie de Londres (en 2000) comme à sa participation à une émission de télé-réalité (I'm A Celebrity... Get Me Out Of Here en 2007).
Un artiste, en somme, avec ses bons et ses mauvais côtés. L'héritier de Warhol et de Debord, le Monsieur Loyal d'un rock'n'roll circus tournant en industrie, un entrepreneur peut-être. Une légende sans doute, de celle qu'on imprime quand elles sont plus belles que l'histoire.
"Voler des choses est une glorieuse occupation, en particulier dans le monde de l'art", avait-il lâché un jour, comme pour couper l'herbe sous le pied de tous ceux qui le qualifiaient d'escrocs. Et sans doute qu'il fut un voyou, à sa façon. Un bandit génial qui changea le rock'n'roll, déteignait dans le décor, choquait parfois par sa carrure de manager, mais n'aurait guère émoustiller Wall Street.
Reste que sans lui, on peut se demander si les Sex Pistols auraient été les Sex Pistols, si le punk aurait été le punk et si l'histoire du rock n'aurait pas finalement pris un autre tour...




























Oui, un beau salopard, mais très malin en effet. Il faut lire ce que Jacno disait des Pistols: selon lui qui les a côtoyé, Rotten était un pauvre pantin timoré qui attendait que Malcolm lui dise ce qu'il devait faire, pas du tout l'âme d'un leader punk. Forcément, à un moment, le cerveau lui a poussé et il s'est sans doute dit qu'il pouvait se venger, ou simplement, qu'il y avait du pognon à se faire.
RIP McLaren. Et ne pas oublier son autre joli coup de producteur-démiurge, bien que moins réputé, l'excellent groupe post-punk-tribal Bow Wow Wow, et ses essais de bateleur hip-hop ("Buffalo Gals") plutôt sympas.
Rédigé par : Fauve | 09/04/2010 à 13:51