- Alors, ce programme 2010, t'en penses quoi?
Heureusement que j'avais un iPad dans mon sac mardi matin, lors de la conférence de presse du 35e Paléo Festival. Pour peu, j'ai même trouvé l'utilité du nouveau joujou d'Apple: un bon moyen de détourner l'attention et d'éluder les questions pièges. Mais pas sûr que ça dure plus de quelques semaines.
Reste que cette question, je suis bien obligé de me la poser moi-même. Et suis bien emprunté au moment de répondre. Mon côté mélomane fait bien sûr la grimace, obligé de slalomer entre M et Olivia Ruiz pour goûter aux élucubrations afro-beat-math-rock de Foals. Mon statut de journaliste pourvu d'une accréditation réveille quant à lui ma curiosité: que vaut NTM aujourd'hui? Et The Stooges sans Ron Asheton? Et Indochine 25 ans plus tard? (Non, là, je déconne). Enfin, ma position d'observateur m'oblige à reconnaître qu'une fois de plus Paléo devrait faire le plein et contenter ses 150'000 spectateurs, pour un prix d'entrée défiant toujours toute concurrence (essayez de trouver beaucoup moins cher dans le circuit des grands festivals romands). Normal, finalement, pour un festival dont le slogan moteur pourrait être "faire plaisir à son public".
Le hic? Pas sûr que je fasse encore partie de ce public. Même si le charme sympathique de ce grand événement populaire - le seul en Suisse romande, tandis que nos voisins alémaniques ont les Schlager - me contente bien certains soirs d'été. Artistiquement parlant, je suis plutôt client de l'ATP, du South By Southwest, de Primavera ou encore du Kilbi. Et assez mal servi en Suisse.
Ces dernières années pourtant, quelques soirées avaient réussi à donner le change. Oh, bien sûr, ce n'était ni Minehead, ni Barcelone - ni Düdingen - mais on pouvait y trouver son compte. Arcade Fire après Björk, un soir de juillet à Paléo. Radiohead dans les Arènes d'Avenches. The National, Interpol et The Kissaway Trail en tir groupé à Montreux. Mais on sentait venir la crise et la hausse des cachets, grignotant son lot de petits plaisirs à mesure que défilait les saisons.
Aujourd'hui, Montreux court derrière son glorieux passé, son prestige ne pouvant plus grand-chose face à la gourmandise des grands agents. Rock Oz'Arènes a choisi de rendre les armes et de pactiser avec la variété. Et Paléo, finalement, mène sa barque paisible, fidèle à son éclectisme, traversant des creux, comme cette année, avant de rebondir, comme à l'habitude.
Cet été, nous serons donc plusieurs à faire ceinture. La faute à la frilosité de certains programmateurs comme à des prétentions toujours plus élevées de la part des artistes en vue de tous bords - on peut pleurer l'absence d'Arcade Fire sur les scènes suisses, mais on n'ose à peine imaginer leur cachet. La faute surtout à l'absence d'une culture rock digne de ce nom par ici, capable de fédérer un large public derrière un festival identitaire, aux goûts orientés et assurés. A la place, les plus courageux - et les plus riches - recomposeront leur festival idéal en slalomant d'une scène à l'autre, Strokes et LCD Soundsystem à Saint-Gall, Foals et Fanfarlo à Paléo, Queens Of The Stone Age à Gampel, The Kooks à Gurten. Les autres, piocheront un morceau par ci, un autre par là, où feront des barbecues au bord du lac.
- Alors ce programme 2010! T'en penses quoi?
- Que la musique ça s'écoute dans les clubs et toute l'année, d'abord...
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