Tiens, j'ai loupé les Victoires de la musique cette année. Pourtant, aux débuts de ce blog, j'aimais bien y aller de mon petit commentaire sur le sujet, après comme avant. Mais là, je n'y ai même pas pensé. Heureusement, d'autres s'en chargent pour moi. En tête Les Inrockuptibles, décidément prêts à tout pour avoir des réactions sur leur site (note pour plus tard, mettre Hot Chip et Massive Attack dans mon top 3 de l'année en décembre, histoire de faire le plein de commentaires).
Reste à saisir l'occasion pour vous proposer cette vidéo dont j'ai souvent parlé ici, mais que je n'avais jamais pu vous montrer. Ou comment Dominique A change en direct les paroles de son Twenty-Two Bar histoire de fustiger une institution ronflante, au point que personne ne réagit. La qualité est ce qu'elle est, mais au moins cela fait une archive digne du meilleur de l'INA.
Ensemble, c'est tout Fort d'un nombre digne d'une équipe de foot, le collectif norvégien trempe toujours plus son electro-jazz dans des eaux post-rock.
Jaga Jazzist - Music! Dance! Drama!
Le troisième album du groupe norvégien Jaga Jazzist s'intitule One Armed Bandit - "bandit manchot" en français - et emprunte son visuel aux divers fruits des machines à trois rouleaux. Pour autant, aucun risque de se retrouver face au jazz feutré propre aux casinos enfumés des films de gangsters. Même si certaines sonorités zébrant l'album pourraient évoquer les tilts électroniques des machines à sous, voire le bruit des piécettes crachées après un jackpot. Mais rassurez-vous, on est loin de l'indigeste Money de Pink Floyd...
Poursuivant le sillon creusé sur le très bon What We Must, le collectif scandinave - une bonne dizaine de membres tout de même, bon an, mal an - se pose en héritier du Tortoise des premières années, la note jazz plus prononcée. Et pousse le vice jusqu'à confier le mixage de ce nouvel album à John McEntire himself. Sans surprise, le menu de ce One Armed Bandit propose ainsi des structures hypnotiques plutôt que sismiques, des thèmes répétitifs mais qui ne bégaient pas, des mélodies flirtant avec l'easy-listening et des sonorités surannées sans jamais sonner kitsch. Un beau programme qui réserve encore ses surprises.
Car une fois passé le morceau éponyme et sa brève intro, Jaga Jazzist parvient à s'écarter de l'influence de McEntire & co. Par petites touches d'abord, puis de manière plus débridée. Une pedal-steel-guitar surnage quelques mesures sur Bananfluer Overalt, un sax étouffé et des incises électroniques assumées dialoguent sur 220 V/Spektral, un tempo presque dansable muscle le bien nommé Music! Dance! Drama!, avant qu'un coup de harpe n'ouvre sur une seconde partie plus rugueuse et hachée, cuivres et guitares en avant. Une manière d'amener à la rythmique primitive et entêtante de Touch Of Evil, final cahotique plus que chaotique.
Toujours aussi libéré des tics et du classicisme de la plupart des formations electro-jazz actuelles - en tête leurs compagnons de labels The Cinematic Orchestra - Jaga Jazzist parvient à poursuivre sa mue, se frottant à ses modèles sans pour autant se laisser piéger par le mimétisme. Le champ d'action est le même, mais la manière de l'occuper diffère à son rythme, dévoilant ses richesses au fil des écoutes. Car si One Armed Bandit peut avoir l'air trop entendu à la première écoute, il n'en est rien: il cache juste bien son jeu (normal, pour une machine de casino). Surtout, Jaga Jazzist n'oublie jamais ses racines premières, du free-jazz aux musiques expérimentales, défrichant des aires de jeux que finiront par visiter un jour nombre de formations jazz héritières.
Jaga Jazzist One Armed Bandit Ninja Tune/Musikvertrieb
Son ultime album, Mark Linkous ne l'aura jamais vu publié. Même si des millions de personnes l'auront écouté. Cruelle ironie.
Songwriter d'exception, leader de Sparklehorse et habitué des collaborations atypiques (Fennesz, Thom Yorke, Daniel Johnston, Nina Persson), le musicien originaire de Virginie a mis fin à ses jours samedi 6 mars. Et terminé sa carrière sur l'ambitieux Dark Night Of The Soul, projet collectif imaginé avec le producteur Danger Mouse et le cinéaste David Lynch, condamné à ne jamais sortir officiellement par EMI.
Avant cela, Linkous s'était principalement illustré au sein de Sparklehorse, projet à cheval entre folk fragile et rock lo-fi, porté par une voix rauque et tendre à la fois, fêlée à sa manière. De l'inaugural Vivadixiesubmarinetransmissionplot (1995) au plus pop Dreamt For Light Years In The Belly Of A Mountain (2006), Linkous aura exploré différents recoins de sa mélancolie comme de sa curiosité musicale, réunissant dans son sillage les amateurs d'un songwriting sensible et sur le fil, en marquant beaucoup, en inspirant certains.
Sur le fil, Mark Linkous l'aura toujours été. Comme en 1996, où il réchappait de peu d'une tentative de suicide. Jusqu'à rester prisonnier d'un fauteuil roulant plusieurs mois durant, laissant une image indélébile à ceux qui le virent sur scène à cette période. Avec le temps et les multiples marques de reconnaissance concrétisées par des collaborations, des tournées partagées ou des productions, on avait presque oublié cette détresse. On l'imaginait heureux, ou apaisé du moins. On avait tort. Malheureusement.
Certains jours, je me dis que les choses ne tournent plus très rond. Tim Burton embauche Tokio Hotel pour la musique de son Alice au pays des merveilles, tandis que les producteurs de Twillight s'offrent Thom Yorke et Bon Iver. A quand Brad Mehldau à Rock Oz'Arènes et Mark Knopfler au Montreux Jazz (ah non, on me dit que ça c'est déjà fait, pour cet été...).
Reste qu'en repensant aux multiples adaptations et variations sur l'Alice de Lewis Caroll, je me suis rendu compte d'un fâcheux oubli dans mon top 50 des chansons de la décennie. Faute avouée à moitié pardonnée, dit-on. Voici donc un vendredi Gwen Stefani (notez que je vous mets même la version longue, histoire de se rappeler du temps où il y avait encore beaucoup d'argent pour faire des clips). Et pour ceux qui viendraient m'écouter passer des disques à l'Ancienne Gare ce soir, peut-être que je passerai la version de Franz Ferdinand. Tic-tac, tic-tac, tic-tac...
Gaëtan Roussel est un drôle de personnage au sein de la chanson française. Avec Louise Attaque, il a vendu des brouettes comme peu avant lui au pays de Johnny, en citant Violent Femmes dans le texte. Avec Tarmac, il s'est offert une parenthèse à la mélancolie ensoleillée couronnée de succès. Pour Alain Bashung, il s'est fendu d'une collection de chansons minimalistes aux racines terreuses et au charme enfantin, banco à nouveau.
En solo aujourd'hui, il n'est pas en solitaire pour autant et convoque en une dizaine de chansons ses héros et amis, de Gordon Gano (Violent Femmes) à Joseph Dahan (Mano Negra), en passant par Renee Scroggings (ESG), le tout produit par Tim Goldsworthy (DFA, ex-Mo Wax) et Julien Delfaud (Phoenix). Une véritable auberge espagnole qui part dans tous les sens tout en trouvant sa cohérence propre. Et sans surprise, le succès devrait à nouveau être au rendez-vous. Ce qui n'arrangera pas les affaires d'un musicien souvent décrié dans les rangs des rockeux AOC - chevelus comme bigleux - qui l'accusant de faire de la chanson à texte, qui de ne faire que plagier Violent Femmes.
Mouais. C'est oublier un peu vite quelques très belles chansons du bonhomme (au hasard, La ballade de basse). Ou l'avant - la variété, les chanteuses à voix - et l'après - la nouvelle scène, les chanteurs sans voix - Louise Attaque et ses belles références. Ou ne pas avoir eu 15 ans à cette époque-là. Surtout, c'est ne pas vouloir voir que ni plagieur, ni voleur, Gaëtan Roussel est avant tout un fan de musique qui exprime sa passion avec plus de classe et de modestie que l'affreux Pascal Obispo (remember, "Etre faaaaaaaaaaaaaaaaaaaaan"). Sans doute parce qu'il a meilleur goût. Sans doute parce qu'il préfère faire profil bas. Comme dans ce premier clip qui le voit disparaître parmi la foule des coureurs. Comme sur ce premier album solo qui le voit s'effacer derrière des musiciens aimés ou admirés.
Oui, je sais J'ai déjà utilisé cette vidéo sur ce blog, mais bon, non seulement elle colle parfaitement au propos du jour, mais en plus elle est irrésistible.
Faire le DJ, c'est pas si facile. Bien sûr, aujourd'hui, plus besoin de savoir manier les platines, ni même de posséder des CD pour dicter sa loi. Un iPod suffit pour se rêver chef d'orchestre des ambiances musicales d'une soirée. Et si on peut le faire chez soi, pourquoi se priver de le faire chez les autres ou même en public. Oui, mais voilà, encore faut-il se trouver un nom, si on veut s'en faire un (de nom).
Surtout que la plupart des bons noms sont déjà pris. Et que par ici, le plus célèbre DJ, en plus d'avoir un nom idiot (DJ Bobo) a depuis longtemps troqué les platines contre des costumes dignes d'un patineur (rappelez-vous du vampire de l'Eurovision). Reste qu'on aurait tort de ne pas s'inspirer de la scène locale. DJ Cuche, par exemple, ça fait populaire. Même si DJ des fagots, ça fait mieux, olympiquement parlant.
Car oui, le calembour est peut-être l'ultime salut du DJ en herbe en ces temps de DJ partout. Les 2 Many DJs en savent quelque chose. Mais auraient-ils osé s'appeler DJ Had? Difficile pour les tournées mondiales, en ces temps de guerre contre le terrorisme. Tout comme DJ Ranium. Ou même DJ Golo, vu le puritanisme ambiant.
Mieux vaut donc opter pour des valeurs sûres et tolérées. Comme DJ Deschamps, synonyme de sécurité et d'abnégation en 1998. Ou DJ Rémy Kisling, histoire de séduire la ménagère mélancolique. Mais au risque de se transformer en DJ Rémiades. Et ne plus faire danser grand monde. A ce rythme là, on choisira directement de se rebaptiser DJ Rideaux et de marier ainsi ambiances exotiques et fin de carrière. A moins qu'on ne se propulse dans l'ère contemporaine, de DJ Tale à DJ Pack, en passant par l'inusable DJ Code.
Tout ça pour dire qu'au final, je n'ai pas osé me renommer DJ Poney et me contenterai de DJ Bon pour les oreilles, ce vendredi dès 22h, au Café de l'Ancienne Gare à Fribourg.
Un héros très discret Loin de l'OPA Hot Chip sur la dance et du come-back bien orchestré de Massive Attack, Four Tet livre un très joli disque electro pour bien terminer l'hiver.
Four Tet - She Just Likes To Fight
Il y a quelque chose de la fuite dans la carrière de Four Tet. Electronicien prodige, Kieran Hebden n'a jamais cessé de brouiller les pistes, multipliant les directions dans un processus créatif aussi curieux que productif. A un peu plus de 30 ans, on l'a déjà connu au sein de Fridge, aux côtés de Steve Reid ou de Burial, aux manettes chez James Yorkston, ou encore en remixeurs de luxe pour Radiohead, Beth Orton ou Bloc Party. On n'a cessé de l'entendre et pourtant on l'avait presque perdu de vue à force. Comme si les additions successives avaient permis une disparition tacite.
There Is Love In You, son quatrième album sous le nom de Four Tet, le ramène en pleine lumière cet hiver. Alors qu'on nous bassine avec les affreux Hot Chip et les paresseux Massive Attack, Kieran Hebden livre un petit bijou d'electronica, simple en apparences, fort d'une précision et d'une délicatesse rares dans ses contours. Ni somme, ni laboratoire, ce recueil de neuf titres se délite comme un voyage à travers les nombreux genre touchés par Hebden - folktronica, ambient, pop, IDM, post-rock - sans jamais donner l'impression de slalomer ni de perdre son cap pour autant.
Dès l'introductif Angel Echoes, le ton est donné. Four Tet joue de répétitions et de dégradés dans les structures, renoue avec une certaine limpidité dans les mélodies. Ludique, hypnotique et fragile, ce sas d'entrée s'avère idéal, avant le plus étiré Love Cry qui voit Hebden renouer avec des rythmiques plus dansantes, avant qu'une outro en suspension n'ouvre sur les accords déliés de Circling, madeleine pop aux airs de marotte, troquant les sonorités acoustiques initiales contre des synthés surannés, mais jamais kitsch.
A la manière de cette première triplette, la suite de l'album poursuit ces oscillations légères entre les styles, jusqu'au parfait final She Just Likes To Fight, dont la mélancolie aérienne évoque aussi bien Notwist que Radiohead, ou encore le Múm touchant des débuts. Songwriter de l'ère des machines, Kieran Hebden fascine une fois encore par sa virtuosité dénuée d'esbroufe et son sens du détail, façonnant un panorama électronique aussi fin que varié, riche en émotions diluées.
Four Tet There Is Love In You Domino/Musikvertrieb
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