Personal Butterfly Entre le journal intime et l'exégèse de Puccini, "Pinkerton" révèle un groupe nerd dans une période pas très geek. Et sera suivi d'un long silence.
Souvenez-vous ou imaginez. C'était le milieu des années 90 et on ne parlait pas encore de geeks. A la place, on disait nerds et en plus de ne pas être cools, ils n'intéressaient personne. Internet n'était qu'un mot technique et aucun fils de pub n'imaginait que ces binoclards passionnés deviendraient un jour un public cible au pouvoir d'achat confortable.
C'était en 1996 et j'étais un nerd, je crois, comme quelques uns de mes amis. L'un d'eux enregistrait chaque soir C'est Lenoir sur Mini-Disc et je venais à mon tour de m'acheter une platine pour lire ces drôles de disquettes. Chaque mois ou presque, j'avais droit à un best of de l'émission, car là où habitaient mes parents, on ne captait pas France Inter.
C'est sur un de ces Mini-Discs que j'ai entendu pour la première fois The Good Life. Et tout de suite j'ai su que j'aimerai le nouvel album de Weezer. Comme j'avais aimé le premier album. (Pour la comparaison, sur le même Mini-Disc il y avait Is That All There Is? de John Parish & PJ Harvey et je n'ai pas vraiment su quoi en penser alors que j'avais adoré To Bring You My Love.) En un peu plus de 4 minutes, Rivers Cuomo et sa bande refaisaient le coup de Buddy Holly. Soit un cocktail accrocheur de power-pop, de college-rock et de sweet sixties. Des Beach Boys à lunettes fascinés par les saturations mielleuses de guitares.
Quelques semaines plus tard, Pinkerton étaient là, à la hauteur de mes attentes. Bien sûr, je mentirais si je disais que j'aimais tous les titres de l'album. Mais je n'en détestais aucun. Reste que comme sur le disque précédent, quelques chansons peinaient à passer la rampe ((Undone) The Sweater Song et Say It Ain't So pour "l'album bleu"). Je trouvais No Other One un peu facile, Across The Sea un poil longuet et le début de El Scorcho quelque peu ronflant. Mais pour le reste, j'étais conquis.
Des tensions intimes et électriques de Tired Of Sex et Getchoo à la mise à nue touchante de Butterfly, en passant par la frénésie de Why Bother?, le sprint de la seconde partie d'El Scorcho et les marottes saturées de Pink Triangle, Weezer trouvait une place dans mon coeur de nerd adolescent comme peu de groupes indie-rock avant lui. Et je ne comprenais pas bien le dédain de mes lectures rock de l'époque, pourtant fort enclines à encenser Buddy Holy en son temps.
Aujourd'hui, je lis que Pinkerton a obtenu un statut culte grâce à internet, mais que Rivers Cuomo l'aurait renié, s'en voulant de s'être trop mis à nu dans ses textes. Je lis aussi que le binoclard étudiant en musique classique a truffé Pinkerton de références au Mme Butterfly de Puccini. Et qu'à l'époque, ça avait refroidi une certaine critique. Surtout, dans une période où la presse n'aime rien tant qu'à caresser le geek dans le sens du poil, je lis souvent que Rivers Cuomo fut une sorte de premier Messie mal aimé, enfant des Feelies et précurseur d'une génération à venir. Super...
Tout ce que je sais pour ma part, c'est que Pinkerton reste un disque où j'aime à revenir, ni nerd, ni geek, juste pop. Et que je ne peux malheureusement pas en dire autant de ceux qui ont suivi. Tombé dans l'oubli, Weezer a eu droit à son repêchage grâce au joli-gentil Island In The Sun et un "album vert" bien en deçà du "bleu". Ont suivi une kyrielle de disques ratés, parfois touchants, souvent ennuyeux. Après le "bleu", le "vert" et le "rouge", j'essaie encore de croire que Rivers Cuomo pourrait réussir son "album blanc" un jour. Et me rappeler pourquoi j'aime tant les deux premiers disques de Weezer.




























Dans le même esprit, L'album éponyme des Rentals, reste un album culte je trouve et beaucoup plus intéressant que les albums de Weezer de ces dernières années.
Rédigé par : benoit | 12/02/2010 à 09:46
J'en garde un souvenir un peu moins enthousiaste que toi. Mais je ne l'ai plus écouté depuis des années.
J'ai surtout en mémoire un concert sautillant de The Rentals en première partie de Blur, sur la tournée de "The Great Escape".
Rédigé par : Christophe | 12/02/2010 à 11:55