Effet d'optique Quand le Maximonstre regarde vers l'enfance, le critique regarde le Maximonstre...
La semaine dernière, je vous parlais de l'incroyable complaisance d'une certaine critique devant Gainsbourg vie héroïque de Joan Sfar. Histoire de compléter l'affaire, parlons cette semaine de l'incroyable dédain d'une certaine critique face à Where The Wild Things Are de Spike Jonze.
"Encore plus que les précédents films de Jonze, celui-ci s'essouffle vite, entre une action qui tourne en rond, sa bande-son «rock indé» lassante (Karen O) et un flagrant manque d'inspiration visuelle", amorce un confrère du Temps. "Spike Jonze, le clipman favori de Björk fait une sérieuse crise de régression infantile", poursuit mon collègue de L'Hebdo. Et le critique de La Liberté de conclure: "Las, l'Américain livre un film aussi abscons pour les enfants qu'ennuyeux pour les parents."
Selon toute vraisemblance, la critique romande n'a guère goûté à cette adaptation signée Spike Jonze. Mais reprenons.
Que reproche-t-on à Where The Wild Things Are? En gros, de s'adresser aux enfants et peu aux parents. Et sa B.O. "rock indé" lassante. Certes...
Commençons par ce second point, d'une inanité rare. Tout d'abord, parce que cette B.O. n'est pas rock. Plutôt folk, lo-fi, certes. Ensuite, parce qu'il ne s'agit pas vraiment d'une B.O., mais plutôt d'un score. Ou même d'un album, signé Karen O & The Kids. Enfin, parce que ce disque est tout sauf lassant. La chanteuse des Yeah Yeah Yeahs, épaulée par la fine fleur de la scène indie actuelle (de Deerhunter à Liars en passant par Dead Weather), y poursuit certaines expérimentations vocales entendues sur le dernier Flaming Lips, tout en torchant quelques belles ballades (en tête le magnifique Hidaway). Et invente une musique pour enfants brinqueballante et pas crétine, ce qui est assez rare pour être souligné.
Quant au film lui-même, j'oserai dire qu'il est du même tonneau. Soit un film pour enfants brinqueballant et pas crétin. Le message est simple, la poésie enfantine et la narration limpide. Ainsi, quand Max s'embarque pour le pays des Maximonstres, point de big bang ou de filtres colorés pour souligner le passage dans le fantastique. Jonze préfère l'invraisemblable lunaire d'un Buzzati ou l'ambigüité troublante d'un Lynch aux ficelles habituelles du genre. Surtout, tout le long de ce rêve éveillé, le réalisateur fait l'impasse sur les clins d'oeil aux parents, devenus norme dans les films Pixar ou Dreamworks. Ici, aucun Maximonstres ne parodie une scène de Casablanca ou de Terminator. A la place, on se roule, on se jette et on crie dans un défoulement libérateur et vain à la fois, qui tient moins de la "régression infantile" que de l'enfance elle-même.
Mais peut-être la critique est-elle trop coupée de l'enfance pour n'y voir autre chose qu'une crasse régression...




























Entièrement d'accord avec toi. J'ajouterai qu'ayant entre-aperçu l'autre jour un récent Star Wars, j'applaudis des 2 mains les effets spéciaux sur "Where The Wild Things Are?" qui ont, pour une fois, l'air réalistes (le fait que se sont, à part les visages, de vraies peluches y est pour beaucoup). Ca devient rare.
Rédigé par : Sam | 11/02/2010 à 09:25