A force d'écouter le dernier Beach House, j'ai repensé à Broadcast. Et ressorti de ma discothèque le seul disque que je possède du groupe, soit une copie en CD-R de Work And Non Work. Sans bien savoir pourquoi, je n'ai jamais été plus loin dans mon exploration de la discographie du groupe, même si j'aime plutôt bien cet album.
Par contre, je sais très bien pourquoi je possède ce disque plutôt que Haha Sound ou Tender Buttons. C'est à cause de Alternative Nation. Mais oui, rappelez-vous (même si je vous parle d'un temps que le moins de vingt ans ne peuvent pas connaître). C'était l'époque où MTV avait encore une raison de faire partie de notre horizon. L'époque de Toby Amies et de ses coupes de cheveux d'avant le gel effet décoiffant (sans parler de sa désinvolture stupéfiante, éthylique ou jetlaguée). Surtout, c'était l'époque où la musique alternative avait encore voix au chapitre sur le petit écran. Avant son exil forcé sur YouTube.
Pendant 2 heures chaque semaine - timing hérité d'une autre émission mythique, 120 Minutes - on pouvait découvrir en clips une armada de groupes rares sur les ondes hertziennes, d'Aphex Twin à Super Furry Animals, de Radiohead aux Pixies (parce qu'on ne reniait pas le passé non plus). Et c'est dans cette émission qu'un soir j'ai découvert cette chanson.
(Je dis "cette chanson", car à ce moment-là, elle n'avait pas encore de nom.)
Un enregistrement live, sur un plateau MTV, mais auquel manquait un carton annonçant le nom du groupe et du morceau. Il y avait quelque chose de vaporeux, de brumeux dans cette chanson. Quelque chose d'hypnotique aussi. Habitué à enregistrer Alternative Nation, je me repassais la VHS plusieurs fois, rageant de ne pas savoir de quel groupe il s'agissait (pour la petite histoire, j'avais le même problème avec Once In Lifetime des Talking Heads, également diffusé sans la moindre information).
Quand j'y repense, je me dis qu'aujourd'hui ça ne serait pas un problème. Une question sur un forum, quelques téléchargements intuitifs et hop, je saurais. Mais dans les années 90, on ne pouvait se fier qu'à l'instinct, vérifiant selon les opportunités si celui-ci avait du flair. Ainsi, j'ai longtemps pensé qu'il s'agissait d'un titre des Cocteau Twins. La voix pouvait correspondre à celle d'Elizabeth Fraser - entendue chez Massive Attack - mais quelques années plus tôt. A chaque nouveau magasin de disques que je découvrais, je me précipitais donc au rayon Cocteau Twins - quand il y en avait un - et embarquais les disques pour les écouter en mode zapping au comptoir. Mais rien n'y fit, je ne retrouvai jamais cette chanson.
La solution est venu quelques années plus tard, un peu par hasard. Les Peer2Peer existaient mais les connexions étaient en 56k (je vous parle d'un temps que les moins de vingt ans etc.). Plutôt que de télécharger à outrance, nous nous retrouvions sur des forums et échangions parfois nos listes de disques, lorsqu'une proximité géographique permettait une rencontre IRL. Dans la liste d'une internaute amie, je piochais ainsi quelques disques catalogués electro, dont le Work And Non Work de Broadcast. Rentré chez moi après l'échange de CD, je reconnaissais soudain la mélodie de la deuxième piste. The Book Lovers. C'était "cette chanson".
Pour être franc, je ne me souviens plus de ma réaction ensuite. Je crois juste que j'ai moins aimé cette version studio. Mais peut-être que je magnifiais le souvenir du live entrevu dans Alternative Nation. J'ai copié le disque, l'ai rangé et ne l'ai quasiment jamais ressorti. La quête aura été plus marquante que le but. Reste une nostalgie plaisante en réécoutant aujourd'hui cette très jolie chanson, ritournelle surannée, un brin sépia, toujours hypnotique grâce au poids des souvenirs.


























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