5 Portishead - Third (Go Beat! - 2008)
4 Arcade Fire - Funeral (Merge - 2004)
Pour saisir les vertus alchimiques de cet album, il suffit peut-être de lorgner vers ses admirateurs déclarés, Bono, Bowie, Byrne. Du premier, Arcade Fire retient un souffle héroïque jamais boursoufflé, capable d'enfanter un hymne fédérateur (Wake Up) comme un lyrisme éclatant (Rebellion (Lies)). Avec le deuxième, les Canadiens partagent un incroyable don pour les cocktails post-modernes, mélangeant les époques et les univers sonores avec brio, de l'indie-rock de Neutral Milk Hotel à la pop eighties de New Order (Neighborhood #3 (Power Out)). Du troisième, enfin, Win Butler et ses sbires héritent le refus de la facilité, la volonté de parfaire la mixture, l'art de saisir le monde en une chanson, bancal et bouillonnant (Neighborhood #2 (Laika)), sombre et révolté (Neighborhood #1 (Tunnels)). Et de réussir un disque atemporel, reflet d'une époque et de son passé, à cheval entre les genres et déjà tourné vers demain.
3 LCD Soundsystem - Sound Of Silver (DFA - 2007)
Post-punk synthétique ou post-funk synthétique ? On ne tranchera pas et c’est tant mieux. Pour son second album, James Murphy revisite à sa façon les musiques qu’il préfère, en DJ érudit qu’il est, passionné et passionnant. Les lignes de basse suintent un swing numérique, les rythmiques impriment des variations évolutives et quelques chœurs font pulser l’ensemble. Surtout, une production d’orfèvre permet à l’ensemble de tenir et de gagner en ampleur à mesure que l’album se délite, à mesure des écoutes également. De la longue ouverture Get Innocuous! à l’imparable North American Scum, du sommet All My Friends (petit frère contemporain du Ceremony de New Order, entre la cave et le dancefloor) à une déclaration d’amour enflammée mais critique à sa ville (New York I Love You But You’re Bringing Me Down), LCD Soundsystem condense 50 ans de musique dans ses cartes-son, de Sinatra à Joy Division, de Bowie à Blondie, de PIL à ESG.
2 Radiohead - Kid A (Parlophone - 2000)
Après avoir rallumé la flamme rock durant la décennie précédente, le groupe d’Oxford met en pratique son "Ok computer!" Les circuits intégrés et autres cartes-mère remplacent les guitares le temps d’une plongée dans des mondes numériques. Kid A, l’enfant clone, sanglote de façon robotique sur des plaines digitales, tandis que Thom Yorke invente le blues énervé des années internet (Idioteque) et le psychédélisme des ères virtuelles (Everything In Its Right Place). Reste que si la révolution électronique et la portée de cet album ont marqué les esprits, on aurait tort de n’y voir qu’une rupture, un saut dans un univers parallèle. Radiohead ne renie ni le rock - malgré ses cuivres, qu’est-ce que The National Anthem sinon morceau rock? - ni les guitares. Moins présentent, la six-cordes porte ainsi l’une des plus belles ballades du groupe, secondée par un déluge discret d’ondes martenot (How To Disappear Completely). Vécu comme une révolution à sa sortie, Kid A est avant tout un grand album, fruit d’un groupe alors au-dessus du lot, capable comme aucun autre de prendre le pouls d’une époque.
1 Wilco - Yankee Hotel Foxtrot (Nonesuch - 2002)
Et dire que cet album a failli ne pas voir le jour, refusé par Reprise avant d'être sauvé par Nonesuch! Rien que pour cette histoire - être viré par un sous-label de Warner avant d'être signé par un autre sous-label de Warner - Yankee Hotel Foxtrot mérite sa place tout en haut d'une décennie musicale où l'industrie a implosé, grenouille devenue boeuf. Mais ce serait faire injure à Wilco de ne retenir que l'anecdote. Cet album vaut bien mieux. Epaulé par les virtuoses-dynamiteurs Jim O'Rourke et Glenn Kotche, Jeff Tweedy y donne libre court à son inspiration et emmène son songwriting dans un grand huit aussi sinueux que direct. A l'image du sismique I'm Trying To Break Your Heart où malgré les multiples textures à l'oeuvre survit toujours cette ligne de fuite qui fait les chansons, les morceaux de Wilco trouvent ici l'équilibre entre production travaillée, dérapages surprenants et limpidité mélodique. Le tout sans se départir d'un canevas country-rock, traversé d'inflexions étrangères, de cuivres rutilants (I Am The Man Who Loves You) en tempo pop (Heavy Metal Drummer), d'une électricité légère (Ashes Of American Flags) à un violon bavard (Jesus etc.). Sans esbroufe ni forfanterie, Wilco réussit un disque plein, riche et accessible à la fois, inventif mais surtout généreux, évoquant un classique contemporain à la manière d'un grand disque des Beatles.




























Rien contre Wilco, soyons clairs, et la comparaison avec les Eagles n'a rien d'insultant à mon sens, au contraire. Par contre, les comparer aux Beatles, c'est un peu fort tout de même. Certes, tout est fait avec une minutie exceptionnelle, mais le génie des Beatles, c'était de faire ça ET des tubes. Je ne trouve pas que les mélodies de Wilco soient très mémorables, et il me semble justement, puisque tu parles de Will Oldham, qu'ils appartiennent plutôt à un courant issu des années 90, alors que les années 2000 me semblaient bien plus éclatées, éclectiques et iconoclastes que ça. Mais chacun sa vision, c'est bien pour ça qu'on prend la peine de s'énerver, merci en tous cas d'avoir dégoupillé la grenade!
Rédigé par : Fauve | 22/01/2010 à 15:10
@ Vincent:
Des affaires de goûts et de couleurs, même si je ne suis pas du tout d'accord pour CYHSY et Vampire Weekend, groupes (et albums) clairement surrestimés à mon avis.
Par curiosité, tu aurais mis quel album de Grandaddy?
@ Fauve:
Les mélodies mémorables, c'est une chose. Mais toutes les mélodies des Beatles ne le sont pas.
Par contre, je ne rattache pas Wilco à Will Oldham. Il y a quand même un monde entre le country-rock finalement grand public des premiers et le folk lo-fi du second. Non?
Quant à ces années 2000, constatons tout de même que parmi les meilleurs disques de la décennie on en trouve quand même pas mal signés de groupes déjà en activité plus tôt. Et même déjà tout en haut pour certains (Radiohead, Portishead, Flaming Lips).
Rédigé par : Christophe | 22/01/2010 à 15:14
J'aurais plutôt mis "Sumday" pour Grandaddy : plus pop, plus mélodique, plus évident, même si j'aime aussi beaucoup "The Sophtware Slump". Mais je ne suis peut-être pas objectif là-dessus ...
Rédigé par : Vincent | 22/01/2010 à 15:47
"Toutes les mélodies des Beatles ne le sont pas"!??!?!? SACRILEGE!!! Je veux des noms!!!
Rédigé par : Fauve | 22/01/2010 à 17:08
Merci Christophe pour tes tops et surtout de n'avoir pas mis ni Funeral ni Kid A en 1er ça fait plaisir. Mais cela dit une decade en 50 albums c'est courageux et peut être un peu réducteur. Raison pour laquelle j'ai préféré ton top chanson à ton top album. j'aurai ajouté Flotation Toy Warning, Modest Mouse, Deus, The Kills, etc, etc...Mais pour moi le truc de la décennie, c'est mon ipod, qui m'a permis d'avoir passé 1000 albums dans la poche et ça ce fut le top.
Rédigé par : Le Mik | 22/01/2010 à 21:24
Salut, pas évident effectivement de faire un top... en tout cas bravo pour la démarche.
Pour ma part, outre les classiques (Radiohead, Portishead, LCD Soundsystem), j'aurai mis "And then nothing turned itself inside-out" de Yo La Tengo. Album contemplatif à écouter en hiver qui m'a poursuivi tout au long de la décennie. J'ai par contre toujours eu de la peine avec Arcade Fire et leur côté pompeux et grandiloquent. Pis, bon, dans la légèreté pas prise de tête, le premier des Kings of Convenience aurait mérité une petite place...
Rédigé par : Mathias | 24/01/2010 à 12:30