10 Grandaddy - The Sophtware Slump (V2 - 2000)
9 Earth - Hex; Or Printing In The Infernal Method (Southern Lord - 2005)
Artificier en chef des drones saturés, lourds et étirés, Dylan Carlson s'offre le Far West. Et en soulève la poussière à grands coups de six-cordes amplifiée. Le western est lent, écrasant, suffocant. Earth dérive en des territoires décharnés, brodant des thèmes de guitares - slide ou électrique - qui dépouillent rock et country à l'extrême, sans se départir d'un canevas rythmique pesant. marque de son habituel drone doom. Le souffle est cinématographique, esquissant des paysages qu'on imagine sombres, hantés, abandonnés, évoquant aussi bien David Lynch qu'une version démultipliée du score composé par Neil Young pour le Dead Man de Jim Jarmush. Le sous-titre de l'album - Or Printing In The Infernal Method - est d'ailleurs emprunté au poète William Blake, dont le personnage incarné par Johnny Depp usurpait le nom.
8 Antony and the Johnsons - I Am A Bird Now (Secretly Canadian - 2005)
Venue de l'underground, une nouvelle voix soul s'impose, mi-freak, mi-queer. A sa façon, sans concession, Antony Hegarty incarne la diva des années 2000, fêlée, fragile, impudique. Seul, au piano, l'Anglais exilé à New York chante sa peur de mourir - et de mourir seul - entre pathos en suspension et envolée lyrique (Hope There's Someone). Invitant ses frères de peine Boy George et Rufus Wainwright, il revendique sa dualité et ses doutes, dans des élans kitsch qui pourtant touchent au coeur, You Are My Sister en tête. Epaulé par son parrain Lou Reed - guitariste, narrateur - il revisite les canons soul d'un autre temps, sans se faire piéger par la patine vintage, ni l'exercice de style (Fistful Of Love). Comme la photo d'Andy Warhol qui orne sa pochette, I Am A Bird Now insuffle un magnétisme funèbre et suranné à la fois à une confession personnelle jusqu'au bout des notes, manifeste intime et extraterrestre pour une soul moderne.
7 Bon Iver - For Emma, Forever Ago (Jagjaguwar/4AD - 2008)
C'est la classique histoire du musicien au coeur brisé, s'isolant pour panser et conter ses plaies. Sauf que Justin Vernon fait mieux que s'apitoyer. Dans sa cabane perdue dans la forêt, il se réinvente un monde, poussant son songwriting vers des rivages surprenants, ajoutant tant et tant d'instruments qu'en naît une musique quasi-inouïe, hantée et impressionniste. Coupé du monde, perdu dans des pensées qui l'emmènent loin, loin, Bon Iver façonne un folk ouvert, constamment prêt à plonger dans l'intime comme à s'envoler vers ailleurs. Un folk aux arrangements bout de ficelle - Vernon est derrière chaque instrument - capables pourtant de donner corps à une symphonie naturaliste, passant du dénuement le plus complet à des vibrations orchestrales, portée par une voix qui n'en évoque aucune autre et devient porte-parole de nos émotions les plus enfouies.
6 Sigur Rós - Agaetis Byrjun (Fat Cat - 2000)
De l'Islande, on connaissait jusque là l'electro organique de Björk et, surtout, son Jóga sismique évoquant les mouvements de terrain de l'île. Désormais, grâce à Sigur Rós, on découvre son panorama glacial et brûlant à la fois, ses neiges et ses volcans, ses nuits sans fin et ses jours blancs éclatants. Paysagiste sonore, le groupe de Reyjkavik est également artificier, esquissant des territoires aqueux (Staralfur) ou magnétiques (Svefn-G-Englar), puis s'emportant dans des charges guerrières (Ny Batteri), avant d'oser un romantisme d'un autre temps, toutes cordes dehors (Vidrar Vel Til Loftarasa). Onirique, organique et lyrique, Agaetis Byrjun est une oeuvre riche en dédales et en instants de grâce, souvent enchanteresse, parfois courageuse mais jamais frileuse. Un grand disque, tout simplement, inépuisable, aux confins des genres.




























Allez, je me lance pour les 5 premières places :
1- Radiohead "Kid A"
2- Arcade Fire "Funeral"
3- Portishead "Third"
4- Wilco "Yankee Hotel Foxtrot"
5- LCD Soundsystem "Sound Of Silver"
J'ai bon ?
Rédigé par : Vincent | 21/01/2010 à 09:21
Agaetis Byrjun, il est pas plutôt sorti en 1999?
Rédigé par : A. | 21/01/2010 à 09:33
Ouh, moi je dis bravo à Vincent. Pas forcément dans le bonne ordre mais bravo.
OS
Rédigé par : Octave | 21/01/2010 à 10:12
@ Vincent:
coup de sac!
@ A:
la question est compliquée: l'album est bien sorti en 1999, mais en Islande uniquement; il a fallu attendre 2000 pour que Fat Cat le publie hors de l'île. Donc j'ai choisi de prendre cette date de sortie "internationale" comme repère.
@OS:
en même temps, c'était déjà annoncé là: http://www.bonpourlesoreilles.net/musique/2009/08/dernier-inventaire-avant-liquidation-du-stock-double-z%C3%A9ro.html
Rédigé par : Christophe | 21/01/2010 à 10:37
hahaha moi je connais le premier :)
Rédigé par : Sam | 21/01/2010 à 11:43