Arcade Fire Fer de lance du succès étendu et inattendu de la scène indépendante, le groupe canadien doit sa rampe de lancement aux internautes plus qu'à internet.
Même si les années 2000 n'ont pas accouché d'un phénomène comme Nirvana - Radiohead a refusé le rôle, Coldplay a préféré se prendre pour U2 et Muse à viré Queen - la scène indépendante a triomphé comme rarement.
Certes, pas de nouveau Mute ou 4AD comme écuries royales. Certes, des labels comme Touch n Go ont levé le pied et de nombreux autres mis la clef sous la porte. Certes, difficile de considérer le géant XL comme un label indépendant. Mais dans le même temps, comment ne pas se réjouir de la santé retrouvée de Domino et Matador ou du succès fulgurant d'Arcade Fire et Franz Ferdinand. Et comment ne pas rester estomaqué face à l'engouement sucité par les tournées de reformation des Pixies ou de Pavement, les relectures scéniques de Daydream Nation ou Spiderland.
Derrière ce succès aussi inattendu qu'étendu, internet, bien sûr. Ou pas sûr?
Car si la toile a pu - et peut encore - faire d'un nouveau groupe le triomphe de demain, c'est surtout grâce à ses internautes. Le danger serait d'avoir la mémoire courte et que la légende MySpace (l'histoire du groupe inconnu qui devint connu grâce à MySpace) éclipse les plus modestes blogs, webzines et autres forums.
Le succès d'Arcade Fire tient ainsi moins au "miracle d'internet" qu'aux scribouillards passionnés qui l'auront défendu, partagé (parfois illégalement, of course) et finalement répandu comme la bonne parole. De même, le sacre posthume de Pavement et de Spiderland s'est d'abord bâti sur les innombrables forums de discussion apparus sur la toile à la vitesse haut-débit.
Reste le paradoxe en zig-zag de ces drôles d'années erratiques. Comme ceux qui ont vendu leurs guitares pour acheter des platines ont finalement récupéré leurs six-cordes, l'industrie si prompte à vilipender internet finira bien par reprendre la main et changer son discours. On conspue le téléchargement pirate tout en faisant exploser les disques durs des lecteurs MP3. On lance des pics à Pitchfork et aux blogueurs, tout en reprenant leurs méthodes pour espérer retrouver des lecteurs. On nourrit la légende MySpace, tandis que Rupert Murdoch cherche encore comme en faire un outil rentable.
Heureusement, restent les internautes. Puissent-ils - puissions-nous, plutôt - profiter des années 10 pour sacrer de nouveaux Arcade Fire et donner une gloire posthume au Sophtware Slump de Grandaddy. Et prouver que les années 2000 n'avaient finalement rien d'erratiques, mais inauguraient une mélomanie2.0.


























merci Christophe, (...)
Rédigé par : Sylvain | 30/01/2010 à 09:14