Wilco Martyr d'un début de décennie, le groupe de Jeff Tweedy annonçait la lente agonie d'une industrie devenue trop grosse, capable d'envier le Radiohead du voisin et de virer le sien. Avant de le réengager en catastrophe.
Années 2000, années maudites pour l'industrie du disque. La généralisation du haut débit sur l'internet - qui vous croira dans dix ans quand vous raconterez que vous pouviez compter les carrés dans la barre de téléchargement? - a rendu le téléchargement pirate accessible à n'importe quel enfant de 5 ans (ou adulte de 55 ans). Et le grand vaisseau des Majors de se transformer en Titanic.
Téléchargement légal, guerre ouverte contre les pirates, (petite) baisse du prix des CD, tous les moyens furent bons pour tenter d'enrayer cette lente agonie. Mais rien n'y a fait. Au terme de la décennie, l'industrie continue à faire pleurer ses violons, à la manière du quatuor du Titanic.
Surtout, la corrélation entre cette crise et le téléchargement pirate peine à être démontré.
Pire, à l'image de la mésaventure vécue par le Yankee Hotel Foxtrot de Wilco - refusé par Reprise, repêché par Nonesuch, alors que les deux labels appartenaient au même groupe, AOL Time Warner - la grande industrie du disque paraît presque responsable de son malheur, trop pachydermique pour réagir à temps, trop tentaculaire pour s'y retrouver. Jusqu'à imaginer le patron de Sony passer un savon à son responsable de la division disques avant le déjeuner, avant de féliciter son responsable de la division lecteurs MP3 à l'heure des desserts. Quand on vend des périphériques à la capacité monstre, on a beau jeu de s'étonner de voir fleurir le partage des fichiers musicaux.
Reste que ce naufrage programmé n'aura pas eu que des mauvais côtés. Non seulement l'album n'est pas mort, mais en plus il s'est débarrassé de ses mauvaises habitudes. L'édition bonus précède désormais l'édition simple (rappelez-vous les rééditions des années 90), les mauvaises chansons se font rares (rappelez-vous le remplissage des années 90) et les coffrets collectors ingénieux se sont multipliés. Mieux, le CD single, pâle ersatz consumériste du 45 tours, a presque disparu, tandis que le petit 7 pouces a connu un beau retour en grâce, jusqu'à renouer avec l'art équilibriste du split (des labels spécialisés jusqu'à Sonic Youth, Arcade Fire ou Calexico).
Au milieu des années 2000, un collègue imaginait le monde dans une vingtaine d'années. Et me taillait un costume d'artisan-producteur de vinyles. Je ne m'y suis pas encore mis. Mais certains amis ont déjà passé le pas. Et n'en ont que faire de l'internet haut-débit et du spectre du téléchargement.


























Commentaires