Deerhunter Plus belle incarnation du rock2.0 le groupe Bradford Cox mélange malice et érudition, Peer2Peer et Wikipedia.
Etrange paradoxe: si les discothèques personnelles n'ont sans doute jamais été aussi touffues que durant les années 2000, elles n'ont surtout jamais été aussi petites. Ou comment disques dur et autres iPod ont remplacé des rayonnages de disques, pour le meilleur et le pire.
Le meilleur?
C'est bien sûr l'accessibilité quasi-immédiate née avec l'avènement d'internet. Quand j'étais adolescent, je lisais quelques revues musicales - celles qu'on trouvait en kiosque près de chez moi - y découvrais un nombre incroyable de groupes - nouveaux comme anciens - et passait du temps à choisir lequel j'allais explorer sur disque. Un CD coûtait 30 francs et même en entamant une grève de la faim, je ne pouvais jamais en acheter le tiers du quart de la moitié du dixième de ce que je désirais.
La donne est bien différente aujourd'hui. Pourquoi acheter une revue musicale quand blogs, webzines et autres forums parlent de musique à longueur de pages HTML? Pourquoi choisir entre un Nick Drake et un Nico, un Eno et un Bono, quand n'importe quel P2P, BitTorrent ou Rapidshare vous le fournit gratuitement en quelques clics et autant de minutes?
Reste un problème: la digestion.
L'exemple le plus frappant est sans doute celui de la scène post-rock. Alternative au rock calibré durant les années 90, le style s'est forgé grâce à des musiciens fascinés par les travaux de Steve Reich, Neu!, CAN ou encore Talk Talk. Le tout en transposant ces influences dans le langage rock. Dans les années 2000, on a vu fleurir des campistrons, une seconde génération de formations post-rock inspirées par les travaux de GYBE!, Mogwai ou Tortoise. Et ne transposant plus grand chose au final.
Le même constat vaut pour une brouette de groupes revendiquant leurs racines post-punk, shoegaze, krautrock ou new-wave. Ou comment oublier toute approche post-moderne pour s'enferrer dans un exercice imitatif totalement dans l'ère du temps. Pour les années 10, préparez-vous à voir débarquer une cohorte de combo rêvant d'afro-pop mais citant Vampire Weekend dans le texte plutôt que Paul Simon, David Byrne ou Fela Kuti.
Heureusement, d'autres groupes ont su démontrer une capacité de digestion hors du commun, façonnant un rock érudit et ouvert, bavard et brouillon, passionné et passionnant. Et couvant dans leur coin un grand disque à venir, à la manière de Deerhunter, sans doute l'une de plus flamboyantes incarnations de ce rock2.0, biberonné au Peer2Peer et à Wikipedia.
Quant au pire dont je parlais au début, ils concernent bien sûr la lente et inexorable chute de l'industrie discographique, tirant la langue sous les coups d'internet, tandis que le vinyle renaît à l'heure du iPod.


























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