Volkshaus, 20h05 Ouverture impériale pour un concert qui tutoiera les sommets durant plus de 2 heures. Wilco meilleur groupe de scène du monde? Peut-être bien.
Rendez-vous était pris depuis belle lurette. Pensez donc, Wilco à 2 heures de train de chez moi, ça ne se refuse pas, 2 ans après une prestation superbe mais tronquée - écourtée - en première partie de Tori Amos dans le cadre du Montreux Jazz Festival.
Direction la Volkshaus, donc, vénérable salle zurichoise, boisée, parterre et balcon, capacité de 1100 places. Bien garni mais pas tout à fait plein, l'endroit - entre la salle de kermesse et le théatre de village - est un écrin idéal pour un concert qui promet d'être riche en émotions et en loopings électriques. L'excitation du fan prend le pas au moment de prendre place dans l'une des rangées du balcon. Wilco sera-t-il à la hauteur de mon souvenir ou de Kicking Television? La bande à Jeff Tweedy jouera-t-elle le sismique Via Chicago ou l'impeccable I'll Fight? En une formule, le concert tiendra-t-il ses promesses?
Dès son entrée en scène Wilco balaye les doutes. Démarrant sur un poignant Ashes of American Flags, le groupe de Chicago conquiert la salle, plongée dans un silence religieux, brisé uniquement par des salves d'applaudissements saluant l'une ou l'autre prouesse instrumentale, dès Bull Black Nova, deuxième titre du set. L'ambiance monte ensuite d'un cran avec le labyrinthique I Am Trying To Break Your Heart - le jeu de batterie épileptique de Glenn Kotche - porté par un Jeff Tweedy impassible. Entre les morceaux, pas un mot n'est prononcé, pas même un merci (ou danke, de ce côté de la Sarine).
Pour les premières phrases du leader de Wilco, il faut attendre la demi-heure de jeu. Tweedy évoque son dernier passage à Zurich il y a cinq ans, le public clairsemé - "Non, aucun de vous n'était là" - et une victoire du Portugal en football qui expliquerait cela. Puis enchaîne sur les accords déliés d'Either Way, titre d'ouverture de Sky Blue Sky. Nels Cline laisse parler sa guitare virtuose pour l'occasion, avant d'enchaîner sur Impossible Germany autre extrait du même album. Et de retomber sur ses pattes avec l'atmosphère pop-folk de Handshake Drugs,
Comme attendu, tout le génie de Wilco est là, croisant en un concert des décennies d'histoire musicale, réconciliant Neil Young, les Beatles et Sonic Youth avec un naturel et une générosité qui forcent le respect. Et multiplient les prouesses: duel de soli entre les guitaristes Nels Cline et Pat Sansone, Glenn Kotche debout sur ses fûts, Jeff Tweedy et son vieux complice John Stirrat au centre de la scène, tenant la barraque, à la manière d'une paire Lennon/McCartney restée amis pour la vie.
Acquis à la cause le public en redemande et se plie au volonté d'un Tweedy qui se détend, plaisante sur le carnaval local - "Happy Fasnacht!" - se moque des spectateurs qui lui demande "Freedom" de Lynyrd Skynyrd - "Non, vous ne connaissez pas ça en Suisse. Ou alors vous êtes Américains." - puis demande au public de chanter à sa place les paroles de Jesus, etc. - "Montrez-moi si vous pouvez faire mieux que les Allemands. Et si vous n'y arrivez pas, je chanterai pour vous, vu que vous me payez pour ça.". Exercice réussi 10 sur 10, suivi d'un I'll Fight à l'évidence intacte. Pour le final, le public doit cette fois taper des mains pour suppléer Glenn Kotche lors d'un looping ultime où Nels Cline se cabre devant son ampli, torturant sa guitare à la manière d'un Thurston Moore.
Un numéro de bruitisme virtuose comme une préparation idéale à un premier rappel qui enchaîne Via Chicago - calme, tempête, calme, tempête - Poor Places et un impressionnant Spiders (Kidsmoke), longue dérive aux racines krautrock héritée de A Ghost Is Born qui prend tout son sens en live. Plus direct, le second rappel revisite certaines des mélodies les plus accrocheuses de Wilco - de Heavy Metal Drummer à Monday - avant un formidable I'm A Wheel.
25 chansons, 2 heures 20 au compteur et une générosité de tous les instants au service d'un numéro virtuose, chantre d'une country contemporaine à l'équilibre parfait entre aspirations pop et dérives expérimentales. Wilco a été à la hauteur de sa réputation et même mieux, à la manière de formations comme Radiohead, Sonic Youth ou Arcade Fire, parmi les meilleures machines de scène actuelles. Jusqu'à s'imposer comme la meilleure de toutes? Peut-être bien.


























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Rédigé par : Sam | 13/11/2009 à 13:24
Et pourtant, si méconnus par ici...
Belle chronique pour un groupe d'exception!
Rédigé par : Murielle | 14/11/2009 à 01:04