De belles funérailles En racontant l'histoire d'amour funèbre d'un homme et d'une femme atteinte d'un cancer des os, The Antlers livre un des albums majeurs de 2009.
The Antlers - Two
En ce jour d'anniversaire de la chute du mur de Berlin, on conviendra que le rock a mieux su tirer parti des enterrements que les Etats du Vieux continent. Alors que la fin du bloc communiste n'aura permis que l'avènement du néo-libéralisme, les morts en vrac auront donné naissance à quelques grands album, de Back in Black d'AC/DC à Funeral d'Arcade Fire, en passant par Songs for Drella de Lou Reed et John Cale ou Electro Shock Blues de Eels.
Conscient de cette tradition, l'Américain Peter Silberman s'est inventé un décès tragique pour signer avec son groupe The Antlers un des disques qui devraient rester parmi les plus marquants de 2009. Mais rassurez-vous: comme pour les albums cités plus haut, il s'agit avant tout de raisons musicales et non d'une poussée de nécrophilie.
Concept album assumé, Hospice raconte l'histoire d'amour tragique entre un homme et une femme atteinte d'un cancer des os, alternant couloirs d'hôpital et solitude d'appartement. Passé la gênante interrogation de savoir comment on invente ce genre d'histoire, ce second album de The Antlers - mais premier à débarquer dans nos bac - fascine par sa puissance mélodique, la variété de ses influences et des directions empruntées, sa fragilité bricolée, inhabituelle dans une oeuvre fermée de la sorte.
Dès le premier titre, on passe le sas d'entrée d'un univers singulier. Un long silence, un bourdon lointain qui croît, jusqu'à l'oppression. La suite alternera chansons et bruits inquiétants du genre, n'atténuant la claustrophobie de cette construction que par des blancs étranges entre certaines pistes - démarche volontaire ou pressage approximatif, la question reste ouverte. Surtout, plutôt que de se perdre dans les méandres du concept album, The Antlers se laisse une réelle liberté, jouant des diverses inflexions d'un songwriting sensible, passant de passages obligés (un prologue, un épilogue, notamment) à des petites perles d'indépendance, chansons parmi les meilleures entendues cet automne (en tête Two et Bear).
A cette architecture fragile s'ajoute une palette musicale large, comme à contre-courant de l'année écoulée. Si The Antlers emprunte parfois au bruitisme d'un certain shoegazing ou au lyrisme d'un certain rock indé (en tête Arcade Fire),il ne sombre jamais dans le mimétisme, mais préfère picorer puis accomoder ses graines selon ses propres règles. Sans vraiment innover, mais sans copier non plus, Hospice s'impose à mesure des écoutes comme un album pop équilibré, fatalement poignant, incroyablement persistant et étonnamment riche. De quoi récolter quelques lauriers mérités.


























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