La claque. J'étais assis religieusement devant ma télévision, ce soir de septembre 2000, et attendais. Radiohead devait jouer deux nouveaux titres sur le plateau de Nulle Part Ailleurs, quelques jours avant la sortie de Kid A, son nouvel album. Internet était encore balbutiant. Donc pas de leak. Et malgré quelques bootlegs de la tournée d'été - dans des arènes romaines - rien ne me préparait au choc à venir. Ni Optimistic, ni In Limbo, ni même Everything In Its Right Place.
Le groupe débute par Morning Bell, ballade qui ne dépayse guère. Et soudain, c'est la claque. Greenwood troque sa guitare contre une pelote de cables, Yorke quitte son piano pour s'accrocher au micro et l'ambiance vire electro, tendance déconstruction. Tel un farfadet épileptique, Yorke se trémousse, tremble, saute sur place, tout en psalmodiant, le flux langagier luttant contre les nappes et les beats qui se frictionnent.
Je me rappelle avoir décroché mon téléphone juste après - je n'avais pas de mobile à l'époque - et avoir appeler ma copine. Pendant une quinzaine de minutes nous avions échangé nos impressions sur ce moment étrange. Cette claque. Quelques jours plus tard, chez elle, un ami était venu manger et nous avions repris la discussion, en écoutant Kid A. L'album était bon, mais il faudrait encore quelques écoutes pour qu'il s'impose comme classique. Mais Idiotheque restait - et resterait - une claque. Sans doute avons-nous utilisé des mots comme "postmodernité" ou "electro-rock" ce jour-là. Sans doute a-t-on dit n'importe quoi aussi, trop excités par ce nouvel album, ce nouveau Radiohead. Sans doute.
Sans faire le vieux con, j'ai l'impression de ne pas en avoir vécu beaucoup des claques de ce genre par la suite. Trop habitué aux revirements, aux évolutions, aux groupes introduisant dans leur musique de nouveaux éléments. Trop habitué aussi à me jeter sur un disque dès le premier leak, le premier stream, le premier clip. Trop habitué surtout à lire blogs, chroniques et autres forums, à réagir on-line, à distance. A trop vouloir avoir un coup d'avance toujours ou l'ouvrir en premier, peut-être suis-je passé à côté d'autres moments de la sorte. Ou non, peut-être. Toujours est-il que cette séquence télévisuelle d'une dizaine de minutes, ce passage de Morning Bell à Idiotheque, reste dans ma mémoire, me procure toujours une vive émotion. D'un autre temps. La fin du XXe siècle. Ou le début des années 2000.




























En effet, quelle claque...
Rédigé par : Anne-So | 07/08/2009 à 17:38
Carrément, je me revois tout content, avec ma VHS en fin de course ... mythique !
Rédigé par : Le Cowboy | 08/08/2009 à 11:47
Kid A, mon préféré avec l'album solo de thom yorke
Rédigé par : benoit | 08/08/2009 à 12:26
Mince, qu'est-ce que j'ai pu rater comme baffes...Le siècle a commencé sans moi.
(Un peu comme la libération sexuelle est passée à côté de mes parents sans faire aucune vague, en 68...)
C'est dégueulasse cette exclusion involontaire.
:-)
Rédigé par : Alexandra | 08/08/2009 à 12:31
Hello tout le monde!
C'est pas trop le genre de la maison, mais quitte à parler de nostalgie, je crois qu'à ta place, j'aurais cent fois préféré le faire à propos de Willy DeVille...
Mais bon, il n'a sans doute jamais fait comme il aurait fallu pour paraître très tendance!
Quand même, quel bonhomme...
Rédigé par : Bruno | 08/08/2009 à 20:30
@ Bruno:
Pas le genre de la maison, je n'irai pas jusque là. Au moment où j'écrivais ce post - né du hasard d'une errance sur le web - je n'avais pas encore appris le décès de Willy DeVille. Après, comme je connais très mal le personnage et sa musique, je ne sais pas trop quoi dire...
Sinon, en parlant de maison, ça fait longtemps qu'on ne t'avais pas entendu par ici Bruno. Tu vas bien?
Rédigé par : Christophe | 08/08/2009 à 21:28
@ Christophe (et tout le monde en profite)
oui, je vais bien merci... Emploi du temps très chargé...
Et plus assez de temps pour revenir aussi souvent que je l'aimerais en Suisse. Crois-moi, je le regrette!
Pour revenir à Willy DeVille, je connais moi aussi très mal le personnage et sa musique, mais le peux que j'en connais m'a toujours très touché.
Cette espèce de décalage involontaire, cette apparente nonchalance, ce look strictement improbable, cette attitude de dandy-looser, cette voix, ces déclarations à l'emporte-pièce...
Je ne peux que me dire "quel bonhomme!"
"Ce disco pourri qu'on entend partout à nouveau... comment vous appelez ça? Electro...?"
Avoue, tant de mauvaise foi, de provoc à deux balles, il n'y en a plus beaucoup dans ce registre!
PS : à propose de nostalgie et de canal +...
essaie ça!
http://www.dailymotion.com/video/x604hk_blur-girls-boyslive-npa-canal-1994_music
(mais please, branche un casque pour entendre cette basse de folie!!!)
Rédigé par : Bruno | 08/08/2009 à 22:33
je suis très triste pour la mort de willy de ville. un grand gaillard, responsable d'un de mes dix albums cultes de tous les temps; le méconnu "victory mixture" de 1990, hommage à la New Orleans, enregistré avec l'équipe mythique des Meters, including Allen Toussaint.
un album de 30 minutes d'une irrésistible joie de vivre!
Rédigé par : Michael | 09/08/2009 à 19:02
C'est marrant ces souvenirs de Nulle Part Ailleurs ... Pour ce passage de Radiohead, j'en garde le même souvenir que toi. Plus fort même que les concerts du groupe auxquels j'ai pu assister plus tard. Mais d'autres passages à NPA m'ont également fait frissonner : celui de Pj Harvey lors de la sortie de "Is This Desire", de Bjork pour "Homogenic", de Jeff Buckley pour un monumental "Hallelujah" et même Kylie Minogue avec le grand Nick Cave pour "Where The Wild Roses Grow" ... Comme quoi, il peut aussi se passer quelque chose à travers le petit écran ...
Rédigé par : Vincent | 10/08/2009 à 13:49
@ Bruno:
J'ai regardé et j'ai surtout remarqué le maillot du bassiste. C'est pas celui du PSG? Ce qui me rappelle les larmes de Max Cavalera de Sepultura sur plateau de NPA quand on lui avait offert un maillot du PSG dédicacé par Rai. Ahlala, ces rock-stars, quels gros coeurs quand même.
@ Vincent:
Ah oui, Nick Cave et Kylie à NPA, bon souvenir. Mais ma vidéo préférée, introuvable sur le net aujourd'hui, c'est celle où Radiohead joue "Creep". Et juste avant le premier refrain, Greenwood oublie la disto sur le premier coup de gratte. Très drôle.
Rédigé par : Christophe | 10/08/2009 à 14:37